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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201038

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201038

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201038
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOSSU & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires successivement enregistrés le 23 février 2022, les 14 février et 1er mars 2023 et le 6 mai 2024, M. E et Mme D, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fille, Mme F, représentés par Me André, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Rodez à verser à Mme F la somme de 2 776 318,77 euros au titre de ses préjudices, une rente viagère annuelle d'un montant de 171 954,68 euros au titre de l'assistance à tierce personne et une rente annuelle d'un montant de 31 560 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs et d'assortir ces sommes des intérêts à taux légal et à leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rodez les dépens ainsi que la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme G A a été victime d'un accident thérapeutique dont l'entière responsabilité incombe au centre hospitalier de Rodez ;

- ils sont fondés à demander des indemnités complémentaires à celles qui leur ont déjà été versées ;

- le taux horaire du besoin en aide humaine doit être fixé à 16 euros et il convient de tenir compte de la circonstance selon laquelle la victime réside en région parisienne ;

- les préjudices résultant directement de la faute doivent être réparés comme suit :

Pour les préjudices patrimoniaux :

*100 598,33 euros pour les frais pharmaceutiques,

*2 727,20 euros pour les frais divers,

*270 955,62 euros pour le matériel spécialisé,

*230 949,43 euros pour l'assistance à tierce personne temporaire,

*réserver les frais de logement adapté,

*427 350,13 euros pour les frais de véhicule adapté,

*683 581,32 euros pour l'assistance à tierce personne permanente,

*171 954,68 euros pour la rente d'assistance à tierce personne,

*71 380,74 euros pour la perte de gains professionnels futurs,

*31 560 euros pour la rente de perte de gains professionnels futurs,

*50 000 euros pour l'incidence scolaire,

Pour les préjudices extra-patrimoniaux :

*20 826 euros pour le déficit fonctionnel temporaire,

*10 000 euros pour les souffrances endurées,

*20 000 euros pour le préjudice esthétique temporaire,

*717 950 euros pour le déficit fonctionnel permanent,

*40 000 euros pour le préjudice d'agrément,

*40 000 euros pour le préjudice esthétique permanent,

*40 000 euros pour le préjudice sexuel,

*50 000 euros pour le préjudice d'établissement.

Par des mémoires enregistrés le 6 mai 2022, le 4 avril 2023 et le 15 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne, représentée par Me Nemer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Rodez à lui verser la somme de 2 437 130,71 euros au titre des prestations déjà versées dans l'intérêt de la victime et la somme de 1 224 722,01 euros au titre des dépenses de santé futures ;

2°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal et à leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rodez la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ainsi que la somme de 3 000 euros au titre des frais d'instance en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les attestations d'imputabilité établies par les médecins conseils reportent les prestations effectivement prises en charge et constituent à elles seules des justificatifs ;

- l'attestation d'imputabilité et le relevé des débours justifient à eux seuls du bien-fondé de ses créances ;

- elle a été contrainte de faire appel à un avocat pour la représenter.

Par un mémoire en défense et des mémoires récapitulatifs, respectivement enregistrés le 29 août 2022, les 14 février et 3 mars 2023 et le 4 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier de Rodez "Jacques Puel", représenté par Me Boizard, conclut à ce que les demandes des consorts A et de la CPAM du Val-de-Marne soient ramenées à de plus justes proportions et que le surplus des conclusions de la CPAM soit rejeté.

Il fait valoir que :

- les frais divers liés à l'assistance par un médecin conseil doivent être pris en charge à concurrence de 2 400 euros ;

- le temps de transport de l'enfant pour aller au centre de soins doit être déduit du besoin en aide humaine ;

- le taux horaire du besoin en aide humaine doit être fixé à 14 euros ;

- pour la période comprise entre le 26 septembre 2000 et le 2 mars 2006, le temps des soins infirmiers doit également être déduit du besoin en aide humaine ;

- le préjudice scolaire doit être limité à 30 000 euros ;

- pour les préjudices patrimoniaux, un paiement par voie de rente est sollicité :

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 juin 2024 par une ordonnance du 17 mai précédent.

Vu :

- le jugement n°0402806 du 15 juin 2007 ;

- l'ordonnance de référé n° 1004676 du 14 mars 2011 ;

- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 18 juin 2012 ;

- l'ordonnance de référé n°1204369 du 26 novembre 2012 ;

- l'ordonnance de référé en appel n°12BX03064 du 18 avril 2013 ;

- le jugement n°1403053 du 23 juin 2016 ;

- l'ordonnance de référé n°1804251 du 10 janvier 2019

- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 29 mai 2021 ;

- l'ordonnance de référé n°2304628 du 23 janvier 2024 ;

- et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me De Pauli substituant Me Andre, représentants les consorts A, ainsi que celles de Me Boizard, représentant le centre hospitalier de Rodez "Jacques Puel".

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 0402806 en date du 15 juin 2007, devenu définitif, le tribunal administratif de Toulouse a engagé la responsabilité du centre hospitalier (CH) de Rodez en raison du retard fautif et du défaut de prise en charge adaptée de Mme G A lors de sa naissance le 23 juin 2000, à l'origine d'une perte de chance pour elle d'échapper aux séquelles dont elle demeure atteinte et constitutive de son préjudice, en lien avec des souffrances fœtales aiguës anaxo-ischémiques associées à une lésion du tronc cérébral. Il a condamné le CH de Rodez à verser une somme de 100 000 euros à Mme G A, une somme de 15 000 euros à chacun de ses parents au titre de leurs préjudices respectifs ainsi qu'une somme de 660 688,34 euros à la CPAM du Val-de-Marne. Par une ordonnance du 14 mars 2011, le président du tribunal, statuant en référé, a désigné le docteur B comme expert aux fins de déterminer les préjudices résultant de cet accident thérapeutique. L'expert a rendu son rapport le 18 juin 2012 en indiquant notamment que Mme A devait faire l'objet d'une évaluation définitive de ses préjudices à l'âge de 19-20 ans. Le 26 novembre 2012, le juge des référés a fixé le montant de la provision complémentaire à verser aux parents à hauteur de 2 500 euros chacun et à Mme A à hauteur de 45 000 euros et le 18 avril 2013, le juge d'appel des référés a porté le montant de la provision complémentaire de Mme A à 100 000 euros. Par un jugement n°1403053 du 23 juin 2016, après avoir déduit les sommes déjà versées, le tribunal a condamné le CH de Rodez à verser à Mme G A une somme de 312 922,26 euros, à chacun de ses parents une somme de 2 500 euros et à la CPAM du Val-de-Marne une somme de 111 250,41 euros. Le 6 août 2020, le juge des référés a missionné un nouvel expert qui a établi son rapport le 23 avril 2021. Au vu de ce rapport, les consorts A ont adressé une demande indemnitaire préalable complémentaire au CH de Rodez le 17 décembre 2021, reçue le 20 décembre suivant. En l'absence de réponse, ils demandent au tribunal de condamner le CH de Rodez à verser à Mme G A la somme de de 2 776 318,77 euros en réparation de ses préjudices, une rente viagère annuelle d'un montant de 171 954,68 euros au titre de l'assistance à tierce personne et une rente annuelle d'un montant de 31 560 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs et d'assortir ces sommes des intérêts à taux légal et à leur capitalisation. La CPAM du Val-de-Marne demande au tribunal de condamner le CH de Rodez à lui verser la somme de 3 661 852,72 euros au titre des prestations déjà versées ou à venir et d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal et à leur capitalisation.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Rodez

2. Par le jugement susmentionné n° 0402806 du 15 juin 2007, le tribunal a jugé que la responsabilité du centre hospitalier de Rodez était engagée à raison du retard fautif et du défaut de prise en charge adaptée de l'enfant F lors de sa naissance.

Sur les préjudices de Mme G A :

En ce qui concerne les préjudices à caractère patrimonial

S'agissant des frais de santé

3. Les requérants, qui se prévalent d'une attestation de leur pharmacie datée du 1er avril 2021, soutiennent que le montant des besoins en produits pharmaceutiques d'hygiène mensuels non pris en charge par la sécurité sociale s'élève à la somme de 119,12 euros par mois actualisée à la somme de 133,23 euros. Toutefois, d'une part, dès lors que, dans son rapport du 23 avril 2021, l'expert retient que l'état de santé de Mme G A résultant de son accident nécessite de pouvoir disposer de protections nocturne, d'alèses, de crèmes et de produits désinfectants, il convient d'exclure les autres produits figurant sur cette attestation, à savoir le gel douche, les protections diurnes et le shampoing, de sorte que les requérants sont fondés à se prévaloir d'un montant de dépenses de 87,22 euros par mois, qui en l'absence de toute facture n'a pas à être actualisé. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment de l'attestation de la direction de l'autonomie du département de Seine-et-Marne du 6 février 2023, que les consorts A percevaient, au titre de la prestation de compensation du handicap (PCH) allouée par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Seine-et-Marne un " forfait hygiène " d'un montant mensuel de 100 euros, à tout le moins sur la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2022. A défaut, pour les consorts A, d'avoir produit, comme ils y étaient invités par le tribunal, les plans de compensation du handicap adoptés par la CDAPH pour leur fille, Mme G A, ils n'établissent pas l'existence d'un reste à charge au titre des frais en produits pharmaceutiques d'hygiène. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.

S'agissant des frais divers

4. Il résulte de l'instruction et notamment de la facture du 12 mars 2021 que les requérants ont exposé des frais pour un montant total de 2 400 euros, correspondant aux honoraires du médecin-conseil qui les a assistés lors de la dernière expertise. Par conséquent, au regard des justificatifs fournis, les requérants ont droit au versement de cette somme qu'il n'y a pas lieu d'actualiser s'agissant d'une somme déjà versée.

S'agissant du matériel spécialisé

5. Dans son rapport du 23 avril 2021, l'expert s'est prononcé sur le matériel médical et les appareillages dont devait bénéficier Mme G A au vu des seules déclarations faites par M. et Mme A. Dans le dernier état de leurs écritures, les requérants, qui ne produisent que des devis, sollicitent au titre de ce chef de préjudice le versement, sous forme de rente viagère, de la somme de 270 955,62 euros. Toutefois, alors même qu'ils y ont été invités, ils n'ont produit aucune facture du matériel ou des appareillages qu'ils auraient acquis à ce titre pour leur fille, âgée aujourd'hui de 24 ans, au moyen notamment de l'indemnisation d'un montant de 512 922,26 euros qui leur a d'ores et déjà été accordée. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la CPAM du Val-de-Marne a acquitté des frais d'appareillage à hauteur de 141 069,11 euros, pour la période du 31 mai 2001 au 18 juin 2018 et de 49 256,57 euros, pour la période du 25 juin 2018 au 21 février 2022, et qu'elle sollicite par ailleurs, au titre de la période postérieure, une allocation annuelle de 17 777,70 euros couvrant notamment la location d'un lit médicalisé, l'achat d'un fauteuil roulant tous les cinq ans, y compris le forfait annuel d'entretien et de réparation, l'achat d'un coussin anti-escarre sur mesure tous les ans. Enfin, il ressort du rapport d'expertise que Mme G A a marché seule à l'âge de quatre ans et trois mois, que l'expert a constaté qu'elle faisait du vélo et marchait de mieux en mieux à l'âge de cinq ans et un mois, que le médecin du centre La Loupière, où elle a été accueillie en semaine jusqu'à ses 21 ans, a noté qu'à l'âge de 14 ans la marche était autonome, ataxique, avec le tronc en avant et que le fauteuil roulant était utilisé " pour les longues distances ". Enfin, l'expert fait état de la " synthèse du 26 mars 2019 " établie par l'équipe éducative de La Loupière, dans laquelle il est indiqué que " chaque matin () elle se déshabille seule et range ses affaires dans son placard ", qu'" elle " est très ritualisée et connaît ses capacités ", que " de nombreuses tâches simples peuvent lui être confiées comme par exemple () aller mettre la table ou se rendre seule à un rendez-vous médical ", qu'elle " va aux toilettes quand elle le désire mais prévient toujours l'adulte " et qu'elle " peut avoir besoin d'aide dans le déshabillage ou l'habillage (bouton du pantalon par exemple) ". Cette note de synthèse et la précédente expertise du Dr B, en date du 15 juin 2012, dont il ressort que Mme G A dispose d'une certaine autonomie, s'agissant notamment de l'habillage, du déshabillage, de son hygiène corporelle, de sa propreté diurne et de ses déplacements, qu'elle est en mesure de communiquer, au moyen notamment de la langue des signes, de pictogrammes, d'un classeur de communication et d'une tablette, et qu'elle sait parfaitement se faire comprendre de son entourage, contredisent les déclarations de M. et Mme A faites le 12 mars 2023 à l'expert, auquel ils ont en effet indiqué qu'elle " ne pouvait faire que quelques pas à l'intérieur de la maison en s'appuyant sur les murs ", qu'" elle est en fauteuil roulant et qu'elle ne peut se déplacer elle-même ", et qu'" elle n'a aucune autonomie pour les actes de la vie quotidienne ". Au vu de l'ensemble de ces éléments, et à défaut pour les requérants de produire des factures permettant d'établir qu'ils auraient dû par le passé, et devraient continuer à l'avenir, d'assumer un reste à charge concernant le matériel médical et les appareillages dont Mme G A a besoin dans sa vie quotidienne, leur demande présentée à ce titre ne peut être accueillie.

S'agissant des frais de véhicule adapté

6. Il résulte du rapport d'expertise que Mme G A, qui n'est pas en capacité de conduire elle-même, peut être transportée dans le véhicule de son père dans lequel son fauteuil roulant, dont elle a besoin notamment pour parcourir de longues distances, peut être plié et rangé. Si les requérants souhaitent acquérir un nouveau véhicule, ils ne justifient pas de travaux d'adaptation sur ledit véhicule en lien avec le handicap de leur fille, dont il résulte de l'instruction qu'elle peut se déplacer seule et dispose d'une autonomie dans ses mouvements et ses déplacements. Compte toutefois tenu de la nécessité d'acquérir un véhicule d'une taille suffisante pour y mettre le fauteuil roulant pliable qu'elle utilise, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à Mme G A une rente d'un montant de 5 000 euros payable à terme échu tous les sept ans à compter de la date de sa majorité, qu'il y a lieu d'indexer aux coefficients de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, sous réserve de présentation de la facture d'achat du véhicule et de l'attestation de non-perception d'une aide technique allouée par la maison départementale pour les personnes handicapées.

S'agissant de l'assistance par une tierce personne

7. Lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Pour les préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations, il appartient au juge de décider si leur réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable. De même, si le juge n'est pas en mesure de déterminer, lorsqu'il se prononce, si la personne handicapée sera placée dans une institution spécialisée ou hébergée au domicile de sa famille, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en précisant le mode de calcul de cette rente dont le montant doit dépendre du temps passé au domicile familial au cours du trimestre.

8. Par ailleurs, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. Ainsi, en vertu de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles, la prestation de compensation du handicap est destinée à compenser les frais de toute nature lié au handicap. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la récupération de cette allocation en cas de retour de son bénéficiaire à meilleure fortune. Il suit de là que le montant de la prestation de compensation du handicap peut être déduit d'une rente ou indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne.

9. D'une part, il résulte du rapport d'expertise que l'expert a retenu un besoin en aide humaine de 24 heures par jour, dont 10 heures par jour au titre d'une " aide humaine par personne active non médicalisée " et 14h par jour sous la forme d'une " présence de proximité nécessaire ". Au regard de ce qui a été dit au point 5, et dès lors que l'expert a pris en compte les seules déclarations de M. et Mme A, à l'exclusion du précédent rapport d'expertise établi par le Dr B et du rapport de synthèse établi par l'équipe éducative de l'établissement La Loupière, il sera fait une juste appréciation de " l'aide humaine active non médicalisée " dont a besoin Mme G A en l'évaluant à 6 heures par jour, " la présence de proximité nécessaire " devant dès lors être évaluée à 18 heures par jour. Il convient par ailleurs de déduire les heures de PCH allouées par la CDAPH, les heures passées au centre d'études, d'éducation et de soins (CESAP), puis en foyer d'accueil médicalisé (FAM), ainsi que les heures passées en transport pour rejoindre ces établissements, dont il résulte de l'instruction qu'ils sont assumés par un organisme tiers, et facturés à la CPAM, qui en sollicite la prise en charge par le CH de Rodez dans le cadre de la présente instance.

10. D'autre part, les heures d'assistance par tierce personne doivent être indemnisées sur la base d'un taux horaire de rémunération, tenant compte des charges patronales, des majorations de rémunération pour travail du dimanche et des congés payés, fixé, pour une année civile de 365 jours, à 16 euros pour les heures d'" aide humaine active non médicalisée ", une heure de " présence de proximité nécessaire " équivalant aux deux tiers d'une heure d'" aide humaine active non médicalisée ", conformément aux stipulations de l'article 137.1 de la convention collective nationale des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile du 15 mars 2021, anciennement l'article 3 de la convention collective des salariés du particulier employeur. Il en résulte que le besoin d'assistance par tierce personne de Mme G A s'établit à un équivalent de 18 heures d'" aide humaine active non médicalisée " par 24 heures.

11. Enfin, à défaut, pour les consorts A, d'avoir produit, comme ils y ont été invités, les plans de compensation du handicap adoptés par la CDAPH pour leur fille, Mme G A, il convient de reconstituer la PCH-aide humaine accordée dans ce cadre au vu des éléments versés à l'instruction. Pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2021, il résulte de l'attestation établie le 25 mai 2022 par la direction générale adjointe de la solidarité du département de Seine-et-Marne, que M. A a perçu, au titre de la PCH-aide humaine allouée par la CDAPH, une somme de 9 292,95 euros et Mme A une somme de 12 409,80 euros. Le tarif publié de la PCH-aidant familial au 1er janvier 2021 s'établissant à 5,98 euros de l'heure, M. A a donc perçu 1554 heures au titre de la PCH aide-humaine sur la période, soit 129 heures par mois et Mme A, 2075 heures, soit 172 heures par mois. Pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2022, il résulte des attestations établies les 25 mai 2022 et 6 février 2023 par la direction générale adjointe de la solidarité du département de Seine-et-Marne, que M. A a perçu, au titre de la PCH-aide humaine allouée par la CDAPH, une somme de 9 748,43 euros et Mme A une somme de 13 013,78 euros. Compte tenu des tarifs publiés de la PCH-aidant familial au cours des trois périodes de l'année 2022 retenues dans ces attestations, M. A a continué de percevoir, au cours de l'année 2022, 129 heures de PCH-aide humaine par mois et Mme A, 172 heures par mois. A défaut d'autres éléments, il convient de retenir, à compter du 23 juin 2016, date du dernier jugement, cette même allocation de PCH-aide humaine pour chacun des parents de Mme G A.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne du 23 juin 2016 à la date de consolidation, le 23 juin 2018 :

12. Pour la période comprise entre le 23 juin 2016, date du dernier jugement, et le 23 juin 2018, date de la consolidation, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation établie le 23 janvier 2023 par la directrice du CESAP de la Loupière, que Mme G A y a passé 71 jours sur la période du 23 juin au 31 décembre 2016, 170 jours sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et 97 jours sur la période du 1er janvier au 23 juin 2018, soit un total de 338 jours. Compte tenu du temps passé dans cet établissement et des temps de transport il convient de déduire, pour les 273 jours du lundi au jeudi, 3 heures d'" aide humaine active non médicalisée " des 6 heures allouées et 6 heures de " présence de proximité nécessaire " des 18 heures allouées, équivalent à 4 heures d'" aide humaine active non médicalisée ", et pour les 65 vendredis passés au CESAP, 2 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et 6 heures de " présence de proximité nécessaire ", équivalent là encore à 4 heures d'" aide humaine active non médicalisée ". Pour les 392 jours passés à domicile (2x365-338), ce besoin est de 6 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et de 18 heures de " présence de proximité nécessaire " par jour, équivalent à 12 heures d'" aide humaine active non médicalisée ". Le besoin doit par conséquent être évalué à 10 839 heures sur les vingt-quatre mois de la période, dont il faut déduire les 7 224 heures de PCH versées sur la même période ((129 + 172) x 24). Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 57 840 euros à ce titre ((10 839 - 7 224) x 16).

Quant aux frais d'assistance par tierce personne de la consolidation jusqu'au 20 septembre 2021 :

13. Pour la période comprise entre le 24 juin 2018 et le 20 septembre 2021, date à laquelle Mme G A a quitté le CESAP de la Loupière, il résulte de l'instruction et notamment de l'attestation établie le 23 janvier 2023 par la directrice de ce centre, que la jeune fille y a passé 78 jours sur la période du 24 juin au 31 décembre 2018, 197 jours en 2019, 143 jours en 2020 et 125 jours en 2021, soit un total de 543 jours. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, il convient de déduire, pour les 435 jours du lundi au jeudi, 3 heures d'" aide humaine active non médicalisée " des 6 heures allouées et 6 heures de " présence de proximité nécessaire " des 18 heures allouées, et pour les 108 vendredis, 2 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et 6 heures de " présence de proximité nécessaire ". Pour les 641 jours passés à domicile, le besoin est, comme il a été dit, de 6 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et de 18 heures de " présence de proximité nécessaire " par jour. Le besoin doit par conséquent être évalué à 17 619 heures sur toute la période, dont il faut déduire les 11 739 heures de PCH versées sur la même période ((129 + 172) x 39). Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 94 080 euros à ce titre ((17 619 - 11 739) x 16).

Quant aux frais d'assistance par tierce personne du 21 septembre 2021 jusqu'à la date du présent jugement :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment des échanges de courriels entre le centre de vie Passeraile et la MDPH de Seine-et-Marne, que le dernier plan de compensation décidé par la CDPAH concernant la PCH allouée pour Mme G A a expiré le 30 juin 2023 et qu'un nouveau plan de compensation est actuellement en cours d'instruction par la CDAPH, étant entendu qu'à la date à laquelle il sera adopté, il s'appliquera rétroactivement à compter du 1er juillet 2023. Il convient par conséquent de distinguer la période du 21 septembre 2021 au 30 juin 2023 et celle du 1er juillet 2023 au 4 juillet 2024, date du présent jugement. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation du centre de vie Passeraile, que Mme G A y a été accueillie les mardis et jeudis hors jours fériés, soit durant 181 jours, de 9 heures à 17 heures, entre le 21 septembre 2021 et le 30 juin 2023. Compte tenu du temps passé dans cet établissement et des temps de transport il convient de déduire, pour ces 181 jours, 4 heures d'" aide humaine active non médicalisée " des 6 heures allouées, et 5 heures de " présence de proximité nécessaire " des 18 heures allouées. Pour les 466 jours passés à domicile, ce besoin est de 6 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et de 18 heures de " présence de proximité nécessaire " par jour. Le besoin doit par conséquent être évalué à 10 319 heures sur la période, dont il faut déduire les 6 411 heures de PCH versées sur la même période ((129 + 172) x 21,3). Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 62 528 euros à ce titre concernant la période du 21 septembre 2021 au 30 juin 2023 ((10 319 - 6 411) x 16). Pour la période du 1er juillet 2023 au 4 juillet 2024, date du présent jugement, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation du centre de vie Passeraile, que Mme G A y a été accueillie les mardis et jeudis hors jours fériés, soit durant 103 jours, de 9 heures à 17 heures. Compte tenu du temps passé dans cet établissement et des temps de transport il convient de déduire, pour ces 103 jours, 4 heures d'" aide humaine active non médicalisée " des 6 heures allouées, et 5 heures de " présence de proximité nécessaire " des 18 heures allouées. Pour les 266 jours passés à domicile, ce besoin est de 6 heures d'" aide humaine active non médicalisée " et de 18 heures de " présence de proximité nécessaire " par jour. Le besoin doit par conséquent être évalué à 5 887 heures sur la période, dont il conviendra de déduire les heures de PCH allouées sur la même période.

Quant aux frais futurs d'assistance par une tierce personne :

15. Pour l'avenir, c'est-à-dire postérieurement à la date du présent jugement, les requérants demandent la capitalisation du préjudice consistant en une aide par une tierce personne. Pour les préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations, il appartient au juge de décider si leur réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer lorsqu'il se prononce si la victime sera placée dans une institution spécialisée ou si elle sera hébergée au domicile familial, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en fixant un taux quotidien et en précisant que la rente sera versée au prorata du nombre de nuits ou d'heures qu'elle aura passées à ce domicile au cours du trimestre considéré.

16. Dans les circonstances de l'espèce, les frais afférents au besoin d'assistance de Mme G A par une tierce personne doivent être réparés par une rente annuelle viagère versée trimestriellement, et non par le versement d'un capital représentatif de ces frais futurs.

17. Eu égard à ce qui a été dit précédemment aux points 5, 9 et 10, le besoin d'assistance doit être fixé à 6 heures par jour s'agissant de " l'aide humaine active non médicalisée " et à 18 heures par jour concernant " la présence de proximité nécessaire ", qui équivalent à 12 heures d'" aide humaine active non médicalisée ". La rente sera donc calculée sur une base de 540 heures par mois, de laquelle il conviendra de déduire les aides perçues au titre de la prestation de compensation du handicap ou de toutes autres aides ayant le même objet, s'agissant notamment des temps d'accueil en établissement spécialisé et des heures de PCH-aide humaine accordées dans le cadre du plan de compensation établi par la CDAPH. Cette rente sera versée trimestriellement, sur justificatifs, à un taux horaire initial d'un montant qu'il y a lieu de fixer à 16 euros, qui sera revalorisé annuellement par application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, ou, le cas échéant, en cas de recours à un service prestataire ou mandataire, ou d'emploi d'un salarié, au tarif horaire réellement engagé pour la prise en charge de Mme G A, dont il devra être justifié. Enfin, il appartiendra à M. et Mme A, dans l'hypothèse où Mme G A serait placée, de manière temporaire ou définitive, dans une institution spécialisée ou hospitalisée, de fournir trimestriellement les justificatifs de ses jours d'hébergement ou d'hospitalisation.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence scolaire

18. Lorsque la victime se trouve, du fait d'un accident corporel survenu dans son jeune âge, privée de toute possibilité d'exercer un jour une activité professionnelle, la seule circonstance qu'il soit impossible de déterminer le parcours professionnel qu'elle aurait suivi ne fait pas obstacle à ce que soit réparé le préjudice, qui doit être regardé comme présentant un caractère certain, résultant pour elle de la perte des revenus qu'une activité professionnelle lui aurait procurés et de la pension de retraite consécutive ainsi que ses préjudices d'incidence scolaire et professionnelle. Dans un tel cas, il y a lieu de réparer tant le préjudice professionnel que la part patrimoniale des préjudices d'incidence scolaire et professionnelle par l'octroi à la victime d'une rente de nature à lui procurer, à compter de sa majorité et sa vie durant, un revenu équivalent au salaire médian net mensuel de l'année de sa majorité et revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Doivent être déduites de cette rente les sommes éventuellement perçues par la victime au titre de l'allocation aux adultes handicapé.

19. Le salaire médian pour l'année 2018, année de majorité de Mme G A, s'élevait selon l'étude de l'INSEE produite au cours de l'instance à 1 871 euros net par mois. Il convient de déduire de ce montant l'allocation adulte handicapé (AAH) que Mme G A perçoit depuis l'âge de ses 20 ans soit depuis le 23 juin 2020. Ainsi, pour la période du 23 juin 2018 au 23 juin 2024, soit 72 mois, en réparation de sa perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de ses droits à pension, préjudice incluant la part patrimoniale de son préjudice scolaire, il y a lieu d'allouer à Mme G A la somme de 134 712 euros de laquelle il convient de déduire le montant de l'allocation adulte handicapée perçue depuis le 23 juin 2020, soit la somme de 45 043 euros. Dès lors, le CH de Rodez lui versera la somme de 89 669 euros à ce titre.

20. Pour l'avenir, il y a lieu d'allouer à Mme G A, une rente trimestrielle dont le montant doit être calculé sur la base du salaire médian net, revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale, duquel il conviendra de déduire le montant de l'allocation adulte handicapé perçue, laquelle lui a été attribuée de manière définitive par une décision de la CDAPH de la PDAPH de Seine-et-Marne du 18 mars 2024.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme G A a subi un déficit fonctionnel temporaire total de 14 jours du fait de ses hospitalisations en mars et septembre 2017, intervenues postérieurement au jugement n°1403053 du 26 juin 2016, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 90 % du 23 juin 2016 au 23 juin 2018, soit 24 mois, date de sa consolidation et pour lesquels elle n'a pas encore été indemnisée. Pour l'ensemble de ces chefs de préjudice, il sera fait une juste appréciation de sa situation en lui allouant la somme de 12 500 euros.

22. En deuxième lieu, compte tenu des soins, des hospitalisations, des prises en charge nécessaires en établissement spécifique, des hospitalisations répétées, des accès de détresse respiratoire, des troubles de la déglutition, des troubles urinaires et du retentissement moral, les souffrances endurées sont évaluées à 6 sur une échelle de 7 pour une période de 18 ans qui a déjà été indemnisée avec l'allocation de la somme de 20 000 euros.

23. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire, qui n'a pas encore fait l'objet d'indemnisation, a été évalué à 6 sur une échelle de 7 jusqu'au 26 mai 2014 en raison du handicap moteur et psychomoteur, de la trachéotomie, des troubles de la déglutition et de la gastrostomie puis après ablation de la gastrotomie il a été fixé à 5,5 sur une échelle de 7. Il en sera fait une juste appréciation, en l'espèce, en retenant un montant de 20 000 euros.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux permanents

24. En premier lieu, en raison de l'ensemble des séquelles retenues, Mme G A a subi un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 90%. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de l'âge de l'intéressée à la date de consolidation, soit 18 ans, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en l'évaluant à la somme de 500 000 euros que le CH de Rodez versera à Mme G A.

25. En deuxième lieu, compte tenu de ses séquelles, Mme G A est limitée dans la pratique de toute activité de loisirs ou sportive notamment en raison de troubles de l'attention, de la concentration et de la motricité fine. Dans ces conditions, le préjudice d'agrément peut être évalué à la somme de 20 000 euros.

26. En troisième lieu, le préjudice esthétique permanent a été évalué à 5,5 sur une échelle de 7. Il en sera fait une juste appréciation, en l'espèce, en retenant un montant de 30 000 euros.

27. En quatrième lieu, l'expert a relevé un préjudice majeur, compte tenu de l'ampleur du handicap qui ne lui permet pas de construire une vie relationnelle de couple, d'avoir des relations interpersonnelles affectives et sexuelles. Il sera fait en l'espèce une juste appréciation du préjudice correspondant en l'évaluant à la somme de 30 000 euros.

28. En cinquième lieu, l'expert a relevé que le préjudice d'établissement est total, complet et définitif. Il sera fait en l'espèce une juste appréciation du préjudice correspondant en l'évaluant à hauteur d'un montant de 80 000 euros.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne

29. D'une part, s'agissant des dépenses de santé exposées entre le 23 juin 2000 et le 22 juin 2018, veille de la date de la consolidation, contrairement à ce que soutient le CH de Rodez, en produisant le décompte des débours exposés et l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne justifie des débours qu'elle a engagés au titre des frais hospitaliers, des frais médicaux, des frais d'appareillages, des frais pharmaceutiques et des frais de transport d'un montant de 2 437 130,71 euros. Toutefois, il résulte du jugement du 23 juin 2016 cité au point 1 que le CH de Rodez a déjà versé à la CPAM du Val-de-Marne à titre de provision la somme de 586 379,60 euros et qu'il a déjà été condamné à lui verser la somme de 111 250,41 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH de Rodez à verser à la CPAM du Val-de-Marne la somme 1 739 500,70 euros de laquelle il convient de déduire, le cas échant, les provisions qui auraient été versées depuis le 23 juin 2016.

30. D'autre part, s'agissant des dépenses de santé exposées du 23 juin 2018, date de la consolidation au jour du présent jugement, en produisant le décompte des débours et l'attestation d'imputabilité du médecin conseil, pour des dépenses comprises entre le 25 juin 2018 et le 21 février 2022, la CPAM du Val-de-Marne justifie des débours qu'elle a engagés au titre des frais médicaux, des frais pharmaceutiques, des frais d'appareillages, des frais de rééducation, et des frais de transport, pour cette période, pour un montant total de 60 269,72 euros. Dans ces conditions, la CPAM est fondée à demander le versement d'une telle somme qui sera mise à la charge du CH de Rodez.

31. Enfin, pour les dépenses de santé à échoir, le remboursement à la caisse par le tiers responsable des prestations qu'elle sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente. Il ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord. En l'espèce, la CPAM du Val-de-Marne demande le versement de la somme de 1 224 722,01 euros au titre des frais futurs viagers postérieurs à la date de notification du présent jugement et qui correspondent à la prise en charge des frais de santé nécessités par l'état de santé de Mme A en raison des séquelles liées à son accident. Toutefois, il résulte de l'instruction que le CH de Rodez s'opposant au paiement d'une telle somme n'a pas donné son accord exprès à la capitalisation de tels frais. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du CH de Rodez les frais de suivi médical à compter du présent jugement sur justificatifs et à mesure de leur engagement.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

32. D'une part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

33. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

34. En premier lieu, les requérants demandent que les indemnités qui leur sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal, à compter de la date d'enregistrement de la requête, le 23 février 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande. La capitalisation des intérêts pourra leur être accordée à compter du 23 février 2023.

35. En second lieu, la CPAM du Val-de-Marne demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter, comme elle le demande, du 6 mai 2022, date à laquelle les conclusions de la caisse ont été enregistrées au greffe du tribunal.

36. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Rodez devra verser à Mme F en réparation des préjudices de toute nature qu'elle a subis la somme de 999 017 euros, assortie des intérêts au taux légal, à compter du 23 février 2022 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 23 février 2023 ainsi que les rentes définies aux points 6, 17 et 20 et la somme calculée dans les conditions mentionnées au point 14 correspondant aux frais d'assistance par tierce personne pour la période du 1er juillet 2023 au 4 juillet 2024.

37. Le centre hospitalier de Rodez devra également verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 1 739 500,70 euros, assortie des intérêts à taux légal à compter du 6 mai 2022 ainsi que, sur présentation des justificatifs, les débours correspondant aux dépenses de santé futures de Mme G A selon les modalités précisées au point 31 du présent jugement.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

38. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe le montant et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à 1 191 euros.

39. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM du Val-de-Marne, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Rodez à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

40. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise du Dr C, qui ont été liquidés et taxés à la somme totale de 3 000 euros par ordonnance du 1er juillet 2021 à la charge définitive du centre hospitalier de Rodez.

Sur les frais liés au litige :

41. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Rodez la somme de 1 500 euros à verser aux consorts A ainsi que la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Val-de-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Rodez versera à Mme F, en réparation des préjudices de toute nature qu'elle a subis, la somme de 999 017 euros, assortie des intérêts au taux légal, à compter du 23 février 2022 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 23 février 2023 ainsi que la somme calculée dans les conditions mentionnées au point 14, correspondant aux frais d'assistance par tierce personne pour la période du 1er juillet 2023 au 4 juillet 2024. Il lui versera également les rentes viagères à terme échu selon les modalités fixées aux points 6, 17 et 20 du présent jugement.

Article 2 : Le centre hospitalier de Rodez versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 1 739 500,70 euros, assortie des intérêts à taux légal à compter du 6 mai 2022 ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Il est également condamné à lui rembourser, sur présentation des justificatifs, selon les modalités précisées au point 31 du présent jugement, les débours correspondant aux dépenses de santé futures de Mme G A.

Article 3 : Les frais de l'expertise du Dr C, qui ont été liquidés et taxés à la somme totale de 3 000 euros par ordonnance du 1er juillet 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Rodez.

Article 4 : Le centre hospitalier de Rodez versera aux consorts A la somme de 1 500 euros ainsi que la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Val-de-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à Mme D, à M. E, au centre hospitalier de Rodez "Jacques Puel" et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Péan, conseillère,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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