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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201090

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201090

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201090
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantCABINET QUATORZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février 2022 et 4 janvier 2023, la SCI du Grand Parc, représentée par AARPI Quatorze, agissant par Me Saint Geniest, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à raison du bien immobilier situé 15 rue du Midi à Toulouse (31400), à hauteur de 41 860 euros au titre de l'année 2020, et de 43 752 euros au titre de l'année 2021, sans déduction des dégrèvements déjà obtenus par décision du 23 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le coefficient d'entretien de 1,2 appliqué par l'administration fiscale à son bien correspond à une construction n'ayant besoin d'aucune réparation et n'est ainsi pas adapté à la réalité au regard d'une part de l'état extérieur de l'immeuble, et d'autre part de l'état de nombreux appartements de l'immeuble ;

- le refus de lui appliquer un coefficient d'entretien inférieur à 1,20 ne peut être fondé sur le motif tiré de la circonstance que l'état actuel de l'immeuble et des appartements n'est que le résultat d'un défaut d'entretien ;

- le montant de la valeur locative retenue en cours d'instance par l'administration sur la base des nouveaux coefficients d'entretien sollicités aurait dû conduire, au titre de l'année 2020, à une estimation de valeur locative inférieure de plus de 20 % à ce qu'elle était auparavant ;

- l'administration a déduit à tort du dégrèvement final les dégrèvements issus de la décision du 23 décembre 2021, dès lors que ces derniers ne sont pas intervenus sur le même fondement juridique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 octobre, 21 décembre 2022 et 12 février 2024, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que par décision du 21 décembre 2022, il a procédé à un dégrèvement de 19 579 euros pour les cotisations de taxe foncière au titre des années 2020 et 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Sarraute, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI du Grand Parc est propriétaire d'un ensemble immobilier situé 15 rue du Midi à Toulouse, constitué d'appartements, de locaux professionnels et de garages répartis sur 5 bâtiments. Par voie de rôles mis en recouvrement les 31 août 2020 et 31 août 2021, elle a été assujettie à des cotisations primitives à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2020 et 2021 à raison de cet ensemble immobilier, pour les montants respectifs de 209 300 euros et de 209 352 euros. En réponse à la réclamation préalable présentée par la SCI du Grand Parc le 14 octobre 2021, l'administration fiscale, par une décision du 23 décembre 2021, a procédé à un dégrèvement partiel de 18 568 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2020 et de 34 698 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. Suite au rejet, le 7 février 2022, de sa seconde réclamation préalable présentée le 12 janvier 2022, par la présente requête, la SCI du Grand Parc demande la réduction des cotisations de taxe foncière auxquelles elle demeure assujettie au titre des années 2020 et 2021, par application, en lieu et place du coefficient de 1,20 retenu par l'administration, d'un coefficient d'entretien de 1 aux appartements situés dans les bâtiments A1, A2, B, C1 et C2, et de 0,90 pour les locaux situés dans le bâtiment E.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que suite à la prise en compte par l'administration fiscale des coefficients d'ensemble de 0,95 pour les locaux des bâtiments A, B, C et D situés au rez-de chaussée et au 1er étage, de 1 pour les locaux des bâtiments A, B et C situés au 2ème étage et plus, et de 0,85 pour les locaux du bâtiment E, coefficients qui comprennent le coefficient d'entretien (ramené à 1 pour les locaux des bâtiments A, B, C et D situés au rez-de chaussée et au 1er étage, 1 pour les locaux des bâtiments A, B et C situés au 2ème étage et plus et 0,9 pour les locaux du bâtiment E, faisant ainsi droit aux demandes de la société requérante), le coefficient de situation générale et le coefficient d'ascenseur, l'administration fiscale a ramené la valeur locative 1970 des locaux d'habitation en litige, qui est établie pour l'ensemble des locaux, en ceux compris les locaux occupés illégalement, à 120 319 euros en lieu et place de 137 723 euros. Tirant les conséquences de cette nouvelle valeur locative 1970, par une décision du 21 décembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne a prononcé le dégrèvement à hauteur respectivement de 29 093 euros et de 43 752 euros des cotisations primitives de taxe foncière auxquelles la SCI du Grand Parc a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à raison de l'immeuble situé 15 rue du Midi à Toulouse. Toutefois, la SCI du Grand Parc ayant, par décision du 23 décembre 2021, déjà bénéficié de dégrèvements à hauteur de 18 568 euros au titre de l'année 2020 et de 34 698 euros au titre de l'année 2021, les montants des dégrèvements prononcés ont été portés respectivement aux sommes de 10 525 euros et 9 054 euros. Ainsi, les conclusions à fin de réduction présentées par la SCI du Grand Parc sont devenues sans objet à hauteur de la somme de 10 525 euros au titre de l'année 2020 et de la somme de 9 054 euros au titre de l'année 2021. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin de réduction :

3. En premier lieu, si la société requérante soutient que le montant de la valeur locative retenu sur la base du nouveau coefficient d'entretien appliqué pour les locaux du bâtiment E aurait dû conduire à une estimation de valeur locative inférieure de plus de 20 % à ce qu'elle était auparavant et ainsi à un dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 d'un montant de 41 860 euros, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, alors même que l'administration a fait droit à ses demandes de diminution des coefficients d'entretien des locaux en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de l'administration des impôts ou de l'administration des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. " Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 200-2 du même livre : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration. " Il résulte de ces dispositions que le demandeur ne peut ni contester devant le tribunal administratif des impôts autres que ceux qu'il a contestés dans sa réclamation préalable, ni solliciter une décharge ou une réduction d'impôt d'un montant supérieur à celui qui a été sollicité par cette réclamation. Il s'ensuit que les prétentions d'un contribuable ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées le cas échéant aux dégrèvements prononcés par l'administration ou aux réductions accordées par le juge, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé dans la réclamation.

5. La société requérante soutient que c'est à tort que l'administration a déduit des dégrèvements qu'elle a opérés le 21 décembre 2022 les montants des dégrèvements qu'elle avait opérés par décision du 23 décembre 2021, dès lors que ces dégrèvements ont des fondements juridiques différents et obéissent ainsi à des règles de calcul différentes.

6. Il résulte toutefois de l'instruction, d'abord, que l'administration soutient, sans être contredite par la société requérante, que cette dernière a, dans sa réclamation préalable, sollicité la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 sans toutefois chiffrer les dégrèvements correspondants.

7. Il résulte ensuite de l'instruction, d'une part, que si, par une décision du 23 décembre 2021, elle a rejeté la demande de la SCI du Grand Parc tendant à l'application d'un coefficient d'entretien de 1 pour les locaux correspondant aux bâtiments A, B, C et D et de 0,90 pour les locaux correspondant au bâtiment E, au lieu de celui retenu de 1,2, l'administration fiscale, après avoir révisé la valeur locative des locaux en cause initialement retenue en appliquant un coefficient de situation générale de - 0,05 " médiocre " au lieu de 0 " ordinaire ", aboutissant à une valeur locative révisée de 137 723 euros correspondant à un coefficient d'ensemble de 115 ou 1,15 jusqu'au 1er étage et de 120 ou 1,2 compter du second étage, et déduit la valeur locative des appartements regardés comme vacants en application du I de l'article 1389 du code général des impôts, a prononcé le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2020 et 2021 à concurrence respectivement de 18 568 euros et 34 968 euros. D'autre part, par une décision du 21 décembre 2022, après avoir révisé la valeur locative des locaux en cause retenue le 23 décembre 2021 en appliquant un coefficient d'entretien de 1 aux locaux du rez-de-chaussée et du 1er étage des bâtiments A, B, C et D, aboutissant à un coefficient d'ensemble de 95 ou 0,95, et aux locaux du second étage des mêmes bâtiments, aboutissant à un coefficient d'ensemble de 1, et un coefficient d'entretien de 90 ou 0,90 aux locaux du bâtiment E, et déduit la valeur locative des appartements regardés comme vacants en application du I de l'article 1389 du code général des impôts, de sorte que la société, dont les demandes étaient ainsi partiellement admises, était fondée à demander le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2020 et 2021 à hauteur respectivement de 29 093 euros et 43 752 euros, dont 24 825 euros et 25 022 euros au titre de la seule modification du coefficient d'entretien, l'administration a prononcé le dégrèvement desdites impositions à concurrence respectivement de 10 525 euros et de 9 054 euros, après déduction du montant des dégrèvements prononcés le 23 décembre 2011. Dans ces conditions, la SCI du Grand Parc n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait limiter les dégrèvements accordés le 21 décembre 2022 aux sommes de 10 525 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2020, et de 9 054 euros pour la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. Par suite, quand bien même les dégrèvements prononcés le 21 décembre 2022 n'auraient pas le même fondement juridique, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction présentées par la SCI du Grand Parc doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la SCI du Grand Parc présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes demandées par la SCI du Grand Parc sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par la SCI du Grand Parc à concurrence de la somme de 10 525 euros au titre de l'année 2020 et de la somme de 9 054 euros au titre de l'année 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Grand Parc et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

La magistrate désignée,

N. SARRAUTELa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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