mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201131 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février 2022 et 12 mai 2023, M. E H, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler les deux titres de perception émis le 26 octobre 2021, respectivement, d'un montant de 3 999 euros au titre de la taxe d'aménagement et d'un montant de 333 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, ensemble la décision de rejet de sa réclamation du 23 décembre 2021 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer de la taxe d'aménagement d'un montant de 3 999 euros et de la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 333 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :
- les titres de perception, à défaut de justifier que l'état revêtu de la forme exécutoire est signé, ainsi que la décision rejetant sa réclamation, qui ne comporte pas la mention lisible de la qualité et son signataire, sont entachés d'un vice de forme ;
- le signataire de la décision du 23 décembre 2021 rejetant la réclamation préalable ne justifie pas de sa compétence ;
- le titre de perception relatif à la taxe d'aménagement n'est pas fondé, dès lors que les travaux en cause ne sont pas achevés et que la construction contestée peut bénéficier de l'exonération prévues au 3° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme ;
- le titre de perception relatif à la redevance d'archéologie préventive n'est pas fondé, dès lors que les travaux n'affectent pas le sous-sol et que la construction contestée peut bénéficier de l'exonération prévues au 3° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme ;
- la pénalité de 80 % dont ont été assorties la taxe d'aménagement et la redevance d'archéologie préventive n'est pas fondée, dès lors que la construction était autorisée ;
Par un mémoire, enregistré le 31 mai 2022 et non communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Tarn conclut à sa mise hors de cause, le titre de perception étant émis par l'ordonnateur, la direction départementale des territoires du Tarn, il n'est pas compétent pour connaître de la contestation soulevée par le requérant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable et, à titre subsidiaire, comme infondée et à ce qu'il soit enjoint à M. H de procéder au paiement des taxes d'urbanisme en litige.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- et les autres moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.
Par un courrier en date du 15 octobre 2024, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions du préfet du Tarn tendant à ce qu'il soit enjoint au requérant de procéder au paiement des taxes d'urbanisme en litige, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de prononcer une mesure que l'administration a le pouvoir de prendre elle-même.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du patrimoine ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu ;
- les conclusions de Mme Nègre-Le-Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Thalamas, représentant M. H et de M. B, représentant la préfecture du Tarn.
Considérant ce qui suit :
1. M. E H a déposé, le 6 avril 2020, un permis de construire pour la création d'un chalet en bois d'une surface de plancher de 70 m2 situé 27 route de Gachal sur la commune de Mazamet (81 200). Par une décision du 4 septembre 2020, le maire de la commune de Mazamet a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité, faute de transmission des pièces complémentaires demandées. Le 22 juin 2021, M. H a sollicité un permis de construire afin de régulariser sa situation, tacitement accordé faute de réponse de l'administration. Par un arrêté du 12 novembre 2021, le maire de la commune de Mazamet a retiré le permis de construire tacitement accordé et refusé de lui délivrer la régularisation de la construction du chalet demandée. Le 22 juin 2020, la direction départementale des territoires du Tarn a dressé un procès-verbal d'infraction concernant ce bâtiment. Le procès-verbal a été transmis au procureur de la République. Par un courrier 4 juin 2021, le directeur départemental des territoires du Tarn a informé le requérant de l'engagement d'une procédure de taxation d'office en application des dispositions du code de l'urbanisme et l'a invité à formuler ses observations dans un délai de trente jours. Par une réclamation du 7 juillet 2021, le requérant a contesté la procédure de taxation d'office engagée à son encontre. Par un courrier du 26 juillet 2021 le préfet du Tarn a modifié la surface taxable du chalet et admis que la cabane de travail était exonérée. Deux titres de perception ont été émis par la direction départementale des finances publiques du Tarn le 26 octobre 2021, respectivement d'un montant, de 3 999 euros au titre de la taxe d'aménagement et de 333 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive. La réclamation présentée par le requérant le 27 novembre 2021 a été rejetée par le préfet du Tarn le 23 décembre 2021. Par sa requête, M. H demande au tribunal d'annuler, les deux titres de perception émis le 26 octobre 2021, respectivement, d'un montant de 3 999 euros au titre de la taxe d'aménagement et d'un montant de 333 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, la décision de rejet de sa réclamation du 23 décembre 2021 et de le décharger du paiement de ces sommes.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : / 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; / 2° En cas d'opposition à poursuites, dans les deux mois qui suivent la notification de l'acte de poursuite. / L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu au 1° et dans un délai de deux mois dans le cas prévu au 2°. A défaut d'une décision notifiée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée ". Aux termes de l'article 119 du même décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118 ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421 5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il résulte de l'instruction, que les titres de perception attaqués ont été émis le 26 octobre 2021, que le requérant a adressé une réclamation préalable le 27 octobre 2021, rejetée par le préfet du Tarn par une décision datée du 23 décembre 2021, régulièrement notifiée au requérant, le 30 décembre 2021, et qu'il a saisi le tribunal administratif le 28 février 2021. Dans ces conditions, le préfet du Tarn n'est pas fondé à soutenir que la requête du requérant est tardive, dès lors que le requérant a saisi le tribunal administratif dans le délai du recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet du Tarn doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 23 décembre 2021 portant rejet de la réclamation préalable :
5. Les vices propres qui pourraient entacher la décision prise par l'administration sur la réclamation d'un contribuable sont dépourvus de toute influence sur la régularité de la procédure ou le bien-fondé de l'imposition. Par suite, M. H ne peut utilement soutenir que la décision rejetant sa réclamation a été signée par une autorité incompétente et est entachée d'un vice de forme.
En ce qui concerne les titres de perception :
6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions : " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
8. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.
9. Il résulte de l'instruction que les titres de perception attaqués mentionnent en caractères lisibles le nom, le prénom et la qualité de l'ordonnateur, M. G F, directeur départemental des territoires du Tarn, et n'est revêtu d'aucune signature. L'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement produit en défense est signé par M. D A, en sa qualité de chef du pôle urbanisme, qui dispose d'une délégation de signature par un arrêté du 22 novembre 2021 à l'effet de signer, notamment les actes nécessaires à la liquidation des recettes. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, dès lors que ce bordereau a été signé par M. A, les titres de perception attaqués devaient mentionner le nom, le prénom et la qualité de ce dernier, et non ceux de M. F. Par suite, M. H est fondé à soutenir que les titres de perception attaqués n'ont pas été émis conformément aux dispositions précitées.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que les titres de perception émis à l'encontre de M. H le 26 octobre 2021, doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
11. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
12. L'annulation des titres de perception émis le 26 octobre 2021 résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptible de la fonder, que M. H soit déchargé de l'obligation de payer les sommes dont les titres l'ont constitué débiteur. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction présentées par le préfet du Tarn :
13. Les conclusions du préfet du Tarn tendant à ce qu'il soit enjoint au requérant de procéder au paiement des taxes d'urbanisme en litige sont irrecevables. En effet, il n'appartient pas au juge administratif de prononcer une mesure que l'administration a le pouvoir de prendre elle-même. Par suite, les conclusions présentées par le préfet du Tarn sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. H et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les deux titres de perception émis le 26 octobre 2021 sont annulés.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. H, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions à fin d'injonction du préfet du Tarn sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E H et au et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Tarn, à la commune de Mazamet et à la direction départementale des finances publiques du Tarn.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026