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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201246

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201246

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201246
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en régularisation, enregistrés le 2 juillet 2021 et le 24 septembre 2021, M. D J, représenté par Me Langlois, demande au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier de Carcassonne, du centre hospitalier Larrey de Toulouse et de l'Oniam, en présence de la Mutualité sociale agricole Grand Sud et de sa complémentaire santé Crédit Agricole Assurances, aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour lui des interventions chirurgicales qu'il a subies dans ces divers établissements hospitaliers.

Il soutient que :

- ayant subi au mois de mai 2012 une ablation de l'épiglotte à la suite de la détection d'un cancer des voies aériennes, réalisée par le docteur I, chirurgien Orl à la clinique de Narbonne, une radiothérapie préventive ayant été mise en place mais sans qu'aucun suivi rééducatif de la déglutition ne soit préconisé, il a été hospitalisé à la suite d'un syndrome infectieux le 13 septembre 2019 au centre hospitalier de Carcassonne où a été diagnostiqué un cancer du lobe inférieur du poumon droit, confirmé par l'hôpital Purpan de Toulouse, sachant qu'il a été pris en charge le 5 novembre 2019 par le docteur E à la clinique Montréal de Carcassonne pour l'ablation du lobe inférieur de son poumon droit et qu'à la suite d'un important épisode fiévreux, il a consulté à nouveau le 21 novembre 2019 le docteur F du service de pneumologie du centre hospitalier de Carcassonne où les examens médicaux effectués ont mis en exergue une fistule et un abcès vraisemblablement consécutifs à la lobectomie venant d'être réalisée ;

- son état n'ayant cessé de se dégrader et après être resté plus de trois semaines en réanimation puis au service de pneumologie du centre hospitalier de Carcassonne où un drain a été posé avant son admission le 17 décembre 2019 au service de chirurgie thoracique de l'hôpital Larrey de Toulouse afin de prendre en charge son abcès et son infection pulmonaire, sachant que lors de la pose du nouveau drain, les médecins ayant constaté que le drain déjà mis en place était mal positionné, ont décidé d'une nouvelle pleurostomie réalisée avec résection costale ;

- pour autant, son état s'aggravant, il a finalement été pris en charge en vue d'une gastrostomie réalisée avec difficulté le 18 mai 2020 au centre hospitalier de Rangueil, étant précisé que dans la nuit du 20 au 21 mai, ne supportant plus les douleurs abdominales et subissant de grandes difficultés respiratoires, il s'est rendu aux urgences du centre hospitalier de Carcassonne où a été constaté une désaturation à 72 % et où l'angioscanner thoracique a décelé un volumineux pneumopéritoine compressif et des séquelles post-opératoires, sachant que le 23 mai suivant, les examens médicaux ont révélé une aggravation des lésions pulmonaires et une augmentation de son infection du péritoine ;

- une nouvelle intervention a été réalisée le 24 mai 2020 pour la mise en place d'une nouvelle sonde au cours de laquelle a été constatée une petite perforation gastrique distincte de l'orifice de gastrotomie probablement due à un échec premier de pose, sachant que la perforation a été alors suturée et qu'il a quitté le centre hospitalier de Carcassonne le 2 juin 2020, sous traitement important des suites de ses différentes infections et qu'il a ensuite été suivi pour la rééducation de ses problèmes de déglutition ;

- alors qu'au mois de septembre 2020 intervenait la pose d'une nouvelle gastrotomie endoscopique percutanée (GEP), et que son état s'est dégradé pendant cette nouvelle période d'hospitalisation tant sur le plan respiratoire qu'infectieux, il est fondé dans ces conditions, en l'état des nombreuses complications consécutives aux diverses interventions médicales dont il a fait l'objet, à solliciter la mise en œuvre d'une expertise aux fins de déterminer les éléments de préjudice en lien avec les manquements éventuels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le centre hospitalier de Carcassonne, représenté par la Selarl Abeille et Associés, aux écritures de Me Zandotti, sollicite qu'il soit donné acte de ce qu'il conteste sa responsabilité mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée en souhaitant qu'elle soit confiée à un expert spécialisé en matière de pneumologie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par la Selarl Montazeau et Cara, aux écritures de Me Cara, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il entend faire toutes réserves d'usage quant à la mise en jeu de sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et qui sera confiée à un collège d'experts médecins spécialistes en chirurgie thoracique et en oncologie exerçant en dehors de la Haute-Garonne et des départements limitrophes ;

2°) à ce que la mission de l'expert qui déposera un pré-rapport soit complétée selon les termes de son mémoire et que l'expert missionné décrive l'état de santé de M. J avant et après sa prise en charge dans ses services ;

3°) à ce que les opérations d'expertise soient rendues communes et opposables au docteur I, chirurgien exerçant au sein de la clinique de Narbonne, à la clinique de Narbonne, au docteur E exerçant au sein de la clinique de Narbonne et à la polyclinique Montréal ;

4°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance à l'expert afin que celui-ci puisse en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire et éviter toute contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la Scp Saidiji et Moreau, aux écritures de Me Saidji, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée, demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, la Mutualité Sociale Agricole Grand Sud, déclare intervenir à la procédure et n'être pas opposée à la désignation d'un médecin expert dès lors que le rapport d'expertise lui sera indispensable pour déterminer le montant de ses débours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2021, l'hôpital privé du Grand Narbonne, venant aux droits de la polyclinique Le Languedoc et de la clinique de Narbonne, représenté par la Scp G. Daumas, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il conteste toute responsabilité dans l'état actuel de M. J, aucun manquement n'étant établi à son encontre, mais qu'il ne s'oppose pas, sous les plus expresses protestations et réserves, à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et propose de compléter la mission à confier à l'expert qui déposera un pré-rapport ;

2°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise un relevé détaillé de ses débours afin de permettre l'ouverture des opérations d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, la polyclinique Montréal, représentée par Me Drujeon, tout en formulant les plus expresses protestations et réserves d'usage, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée qui sera confiée à un expert spécialisé en chirurgie thoracique et vasculaire qui déposera un pré-rapport et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge du requérant, sollicite, en outre, que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire et précise, enfin, que le docteur E exerce dans ses services à titre libéral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance en date du 25 février 2022 par laquelle le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué le jugement de la requête n° 2104002 au tribunal administratif de Toulouse.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. La demande d'expertise présentée par M. J entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

3. Par ailleurs, il y a lieu de déclarer, pour une bonne administration de la justice, l'expertise contradictoire à la polyclinique Montréal et à l'hôpital privé du Grand Narbonne venant aux droits de la polyclinique Le Languedoc et de la clinique de Narbonne ainsi qu'au docteur C I et au docteur K E, quand bien même les litiges opposant des patients à cet établissement et à ces praticiens relèvent du droit privé et de la compétence exclusive du juge judiciaire.

Sur les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'hôpital privé du Grand Narbonne à fin d'injonction :

4. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'hôpital privé du Grand Narbonne tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale du requérant de produire sa créance doivent être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), de l'hôpital privé du Grand Narbonne et de la polyclinique Montréal tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

7. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse, de l'hôpital privé du Grand Narbonne et de la polyclinique Montréal relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent en l'état qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. D J, d'une part, et le centre hospitalier de Carcassonne, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), l'hôpital privé du Grand Narbonne, la polyclinique Montréal, le docteur K E et le docteur C I, d'autre part, en présence de la Mutualité Sociale Agricole Grand Sud et de la mutuelle Pacifica.

Article 2 : Un collège d'experts aura pour mission :

- d'examiner M. D J et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire l'état de santé de M. D J antérieurement à l'intervention chirurgicale qu'il a subie au mois de mai 2012 à la clinique de Narbonne et antérieurement aux interventions chirurgicales qu'il a subies le 5 novembre 2019 à la polyclinique Montréal, le 17 décembre 2019 à l'hôpital Larrey de Toulouse, le 18 mai 2020 au centre hospitalier universitaire de Toulouse-Rangueil et le 24 mai 2020 au centre hospitalier de Carcassonne ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge, d'une part, lors de l'intervention chirurgicale qu'il a subie au mois de mai 2012 à la clinique de Narbonne et lors des interventions chirurgicales qu'il a subies le 5 novembre 2019 à la polyclinique Montréal, le 17 décembre 2019 à l'hôpital Larrey de Toulouse, le 18 mai 2020 au centre hospitalier universitaire de Toulouse-Rangueil et le 24 mai 2020 au centre hospitalier de Carcassonne et lors des soins ultérieurs dans ces établissements ;

- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises à l'occasion des investigations, diagnostics, interventions et soins divers dont il a fait l'objet en ces occasions ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;

- en cas d'infection relevée, d'indiquer si, à son avis, cette infection a présenté ou non le caractère d'une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l'origine, la nature, les conditions de sa survenue et dans lesquelles elle a été contractée puis prise en charge, en indiquant la part qui lui est imputable dans ce préjudice ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. D J d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. D J et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. D J en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : Le docteur L H, domicilié centre hospitalier d'Avignon service de chirurgie thoracique et vasculaire 84902 Avignon Cedex 9 et le professeur G B service d'hépato gastroentérologie B hôpital Saint Eloi 80 avenue Auguste Fliche 34295 Montpellier Cedex 5, sont désignés pour procéder à l'expertise.

Article 4 : Les experts, qui pourront déposer un pré-rapport s'ils le jugent utile, accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts notifieront leur rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposeront leur rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D J, au centre hospitalier de Carcassonne, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à l'hôpital privé du Grand Narbonne, à la polyclinique Montréal , au docteur K E, au docteur C I, à la Mutualité Sociale Agricole Grand Sud, à la mutuelle Pacifica et au docteur L H et au professeur G B, experts.

Fait à Toulouse, le 23 février 2023

Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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