mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201571 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - RAVAUT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. I D, représentée par Me Arheix, demande au juge des référés en sa qualité d'ayant droit :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise qui sera confiée à un collège de médecins experts spécialisés en médecine d'urgence et en neurochirurgie pédiatrique exerçant hors du ressort de la cour d'appel de Toulouse, aux fins de déterminer les causes du décès de sa fille, B D, survenu le 18 décembre 2019 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de communiquer, sous astreinte de 10 euros par jour de retard, des éléments complémentaires du dossier médical d'Alice D (monitorings et sonnerie) ;
3°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir leurs observations ;
4°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix.
Il soutient que :
- l'enfant Alice D ayant perdu connaissance le 5 décembre 2019 vers 20h50 alors qu'elle se trouvait dans son bain, a été prise en charge ce jour-là aux alentours de 21h30 au service des urgences pédiatriques de l'hôpital Purpan à Toulouse où elle a fait l'objet d'analyses sanguines, d'une ponction lombaire et d'un scanner cérébral qui a mis en évidence une lésion intra crânienne temporale droite, étant précisé que selon l'équipe soignante, il convenait de compléter cet examen par une IRM mais sans urgence et que le lendemain, elle a été transférée dans le service de neurologie pédiatrique où des examens ont été réalisés, dont un électroencéphalogramme qui a retrouvé un foyer épileptique pouvant concorder avec la localisation de calcifications ou de la lésion temporale ;
- si, le 9 décembre suivant, le docteur H, neurologue a jugé qu'elle pouvait rentrer chez elle, contrairement aux affirmations du professeur C, neuropédiatre, elle a été de nouveau admise le 15 décembre suivant aux urgences pédiatriques de l'hôpital Purpan en raison de nouvelles crises convulsives à répétition, de nouveaux examens effectués permettant de diagnostiquer un autre état de mal épileptique, sachant que le lendemain ses parents ont été avisés d'une dégradation importante de son état par le docteur E, pédiatre réanimateur, qui a constaté une rupture d'anévrisme et procédé à une dérivation ventriculaire externe convertie en craniectomie, étant précisé que de nouvelles analyses effectuées le 17 décembre 2019 ont été accompagnées d'un nouvel examen électroencéphalographique qui a mis en évidence la mort encéphalique de l'enfant Alice D qui est décédée le 18 décembre 2019 à 09h15 ;
- alors que lors d'une réunion de médiation médicale le 5 mars 2020, le professeur C a donné ses explications sur les conditions de prise en charge de l'enfant Alice D et les raisons pour lesquelles son diagnostic s'est orienté vers une hypothèse épileptogène, une expertise médicale unilatérale a été mise en place par l'intermédiaire de sa compagnie d'assurance, confiée au docteur G, neurologue, qui a conclu à l'existence d'une faute ayant eu pour conséquence une perte de chance, sachant que, par suite, il a sollicité l'organisation d'une expertise médicale amiable auprès de la Sham qui a missionné le docteur F qui, dans son rapport du 18 juin 2021, n'a pas retenu d'erreur médicale, ni de perte de chance au niveau médicolégal ;
- dans ces conditions et alors que le dossier médical de l'enfant Alice D est manifestement incomplet, il est donc bien fondé à solliciter une expertise afin de déterminer les causes du décès de sa fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, représentée par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, aux écritures de Me Noy, déclare s'en remettre à justice sur la demande d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par la Selarl Montazeau et Cara, aux écritures de Me Cara, conclut :
1°) à ce qu'il soit donné acte qu'il conteste sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et qui sera confiée à un expert spécialiste en neurologie pédiatrique exerçant en dehors des départements limitrophes de la Haute-Garonne, demande, enfin, que l'expert missionné décrive l'état de santé de l'enfant Alice D avant son hospitalisation au centre hospitalier universitaire de Toulouse et dépose un pré-rapport ;
2°) à ce qu'il soit donné acte qu'il s'engage à communiquer, si cela agrée au requérant, dans les jours suivant la notification de la requête, le dossier médical de l'enfant Alice D sous pli confidentiel par l'intermédiaire de son avocat qui l'adressera officiellement à Me Arheix par la voie Palais ;
3°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance aux experts afin que ceux-ci puissent en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire et éviter toute contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la Selarl Birot-Ravaut et Associés, aux écritures de Me Ravaut, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée et demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".
2. La demande d'expertise présentée par M. I D entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.
Sur les conclusions du requérant à fin de communication de pièces :
3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que le juge des référés enjoigne au centre hospitalier universitaire de Toulouse de communiquer sous astreinte des éléments complémentaires du dossier médical de l'enfant Alice D ne pourront, en l'état, qu'être écartées, étant précisé que la production des pièces nécessaires à l'expertise pourra être demandée en cas de besoin par l'expert, en application de l'article 2 de la présente ordonnance, sachant, en tout état de cause, que le centre hospitalier s'est engagé à les produire.
Sur les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse à fin d'injonction :
4. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale du requérant de produire sa créance doivent être rejetées.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du requérant, du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'Oniam tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'avance des frais d'expertise :
6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".
7. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le concours d'un sapiteur :
8. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. I D, d'une part, et le centre hospitalier universitaire de Toulouse et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), d'autre part, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.
Article 2 : L'expert aura pour mission :
- de prendre connaissance de l'entier dossier médical de l'enfant Alice D, décédée le 18 décembre 2019 ;
- de décrire l'état de santé de l'enfant Alice D avant sa prise en charge le 5 décembre 2019 par le centre hospitalier universitaire de Toulouse ;
- de décrire les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Toulouse entre le 5 décembre 2019 jusqu'à son décès le 18 décembre 2019 ;
- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs de toute nature ont été commises à l'occasion des actes dont elle a fait l'objet en ces occasions pendant cette période jusqu'à son décès ;
- de faire connaître, en particulier, si le diagnostic de son état a été correctement et complètement posé lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Toulouse à compter du 5 décembre 2019 ;
- de faire connaître les lésions, affections et séquelles imputables à d'éventuels manquements dans l'établissement du diagnostic de son état ;
- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ont fait perdre à l'enfant Alice D une chance sérieuse de se soustraire à l'aggravation de son état de santé et à l'issue fatale finalement survenue. Dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue et évaluer les souffrances endurées par celle-ci qui auraient dû être évitées ;
- de se prononcer sur la ou les cause(s) du décès de l'enfant Alice D. Dans le cas d'une pluralité de causes, préciser dans quelle proportion chacune d'entre elles a contribué au décès de la patiente ;
- de déterminer et d'évaluer les préjudices de toute nature subis par le requérant en rapport avec le décès de l'enfant Alice D ;
- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige ;
Article 3 : Le docteur J K, domicilié hôpital femme mère enfant centre hospitalier Est 59 boulevard Pinel 69 677 Bron Cedex, est désigné pour procéder à l'expertise.
Article 4 : L'expert qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I D, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne et au docteur J K, expert.
Fait à Toulouse, le 24 janvier 2023
Le vice-président, juge des référés,
David A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
Le greffier,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026