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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201663

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201663

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201663
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFIDAL DIRECTION PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Easydis, représentée par Me du Pasquier et Me Maheust, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, pour un montant total de 1 363 243 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'administration fiscale a commis une erreur de droit en retenant une définition de la notion d'établissement industriel contraire à celle issue des dispositions de l'instruction du 1er octobre 1941.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la SASU Easydis n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'acte dit loi n° 371 du 15 mars 1942 relative à la contribution foncière des propriétés bâties et des propriétés non bâties, ainsi que l'instruction du 1er octobre 1941 ;

- l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental, notamment ses articles 2 et 7 ;

- l'ordonnance n° 2020-1402 et le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- la loi n° 68-1968 du 2 février 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Easydis, dont le siège est à Saint-Etienne, exploite des locaux sis avenue de l'Europe à Castelnau d'Estrefonds (Haute-Garonne) à raison desquels elle a été assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017 et 2018, pour des montants respectifs de 678 917 euros et 684 326 euros. Par sa requête, elle demande la décharge totale de ces cotisations.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. ()". Aux termes de l'article 1467 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. () ". Compte tenu de leur caractère dérogatoire, les dispositions précitées du 2° de l'article 1460 du code général des impôts doivent être strictement interprétées. L'article 1473 du même code énonce : " La cotisation foncière des entreprises est établie dans chaque commune où le redevable dispose de locaux ou de terrains, en raison de la valeur locative des biens qui y sont situés () ". Enfin, aux termes de l'article 1499 dudit code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat./ Avant application éventuelle de ces coefficients, le prix de revient des sols et terrains est majoré de 3 % pour chaque année écoulée depuis l'entrée du bien dans le patrimoine du propriétaire. /Un décret en Conseil d'Etat fixe les taux d'abattement applicables à la valeur locative des constructions et installations afin de tenir compte de la date de leur entrée dans l'actif de l'entreprise./Une déduction complémentaire est, en outre, accordée à certaines catégories d'établissements en raison de leur caractère exceptionnel, apprécié d'après la nature des opérations qui y sont faites ; ces catégories d'établissements sont déterminées par un décret en Conseil d'Etat qui fixe également les limites et conditions d'application de la déduction. "

3. Revêtent un caractère industriel, au sens de cette dernière disposition, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.

4. Aux termes de l'article 1er de l'acte dit loi du 15 mars 1942 relatif à la contribution foncière des propriétés bâties et des propriétés non bâties, maintenu en vigueur par l'ordonnance ci-dessus visée du 9 août 1944 : " A partir du 1er janvier 1943, la contribution foncière des propriétés bâties sera réglée en ce qui concerne les propriétés autres que les établissements industriels, à raison de la valeur locative cadastrale de ces propriétés, telle qu'elle résultera de la révision exceptionnelle effectuée en exécution de la loi du 12 avril 1941 et conformément aux règles et principes tracés dans l'instruction du 1er octobre 1941 ".

5. D'une part, si l'acte dit loi du 15 mars 1942 relatif à la contribution foncière des propriétés bâties et non bâties, maintenu en vigueur en 1945, a donné valeur législative aux prescriptions d'une instruction du 1er octobre 1941 qui contenait une définition restrictive de la notion d'établissement industriel, cette définition ne valait que pour l'application de la majoration de la valeur locative des établissements industriels que cette instruction instituait, qui a été maintenue par l'article 4 de l'acte dit loi du 15 mars 1942, mais qui a disparu par l'effet de l'abrogation, par la loi du 2 février 1968 relative aux évaluations servant de base à certains impôts directs locaux, du 2 de l'article 1386 du code général des impôts qui reprenait les termes de cet article 4. Par suite, la SASU Easydis n'est pas fondée à se prévaloir de la définition des établissements industriels figurant à l'article 21 de l'instruction du 1er octobre 1941.

6. Il résulte au surplus de l'instruction et il n'est pas contesté par la société requérante qu'elle exploite une activité de réception et de stockage de marchandises en vue de leur distribution au profit des supermarchés appartenant à son réseau au sein du local qu'elle loue à Castelnau d'Estrefonds. Ce bâtiment accueille des engins de portage et de levage électriques indispensables à la manipulation des palettes eu égard à la hauteur des rayonnages ainsi qu'un système d'information permettant d'une part de contrôler, à l'arrivée des produits stockés, leur origine, leur quantité et la date limite de vente et, d'autre part, de préparer les commandes effectuées par les supermarchés en constituant les colis selon les informations figurant sur ces commandes. Le personnel chargé de la préparation des commandes utilise des chariots équipés d'un terminal vocal leur délivrant des instructions durant toute la durée de l'opération. Compte tenu tant de la nature de l'activité exercée par la SASU Easydis que du caractère prépondérant des équipements présents dans le local pour la réalisation de cette activité, le bien doit être regardé comme un établissement industriel au sens de 1499 du code général des impôts.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU Easydis n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par la société requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Easydis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Easydis et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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