jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201818 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLAMENS CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mars 2022 et le 15 février 2023, M. et Mme C, représentés par Me Lacombe-Bouviale, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le syndicat intercommunal des eaux des vallées du Girou, de l'Hers, de la Save et des coteaux de Cadours (SIE) a rejeté leur réclamation préalable ;
2°) de condamner le SIE à leur verser une somme totale de 47 528,77 euros en réparation des préjudices que leur a causé une importante fuite d'eau du réseau public eau potable le 21 décembre 2015 ;
3°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal des eaux des vallées du Girou, de l'Hers, de la Save et des coteaux de Cadour une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- un important écoulement d'eau s'est produit sur leur propriété le 21 décembre 2015 ; ils n'ont jamais été informés qu'une canalisation d'eau potable était positionnée sous leur mur de clôture ; le SIE a reconnu sa responsabilité par un courrier du 29 mai 2020 ;
- le montant total des préjudices subis résultant de cette fuite d'eau s'élève à un montant total de 47 528,77 euros, lequel se décompose comme suit :
* 42 198,77 euros au titre des travaux de réparation de la clôture dégradée ;
* 5 000,00 euros au titre du préjudice de jouissance et du préjudice moral ;
* 330,00 euros au titre des frais d'assistance par un expert conseil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le SIE, représentée par Me Laneelle, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de M. et Mme C et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à leur charge au titre des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, à la minoration du montant des demandes indemnitaires de M. et Mme C à hauteur de 21 970,33 euros et au rejet du surplus de leurs demandes.
Il fait valoir que :
- le lien de causalité entre le dommage subi et l'ouvrage public que constitue la canalisation d'eau n'est pas établi ; le mur de clôture est ancien et les époux C n'établissent pas que la déformation de ce mur a été causée par la fuite d'eau survenue sur le réseau public d'eau potable le 21 décembre 2015 ; cette fuite d'eau a été immédiatement réparée ; l'expert désigné par la compagnie d'assurance des requérants a classé le dossier sans suite faute de lien de causalité entre la déformation du mur et la fuite d'eau ;
- l'action des époux C est prescrite dès lors que la réalité et l'étendue des préjudices subis étaient connues depuis le 3 février 2016 ;
- la somme réclamée au titre des réparations est disproportionnée.
Par une ordonnance du 22 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lacombe-Bouviale, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C sont propriétaires d'une maison d'habitation située 68 avenue de Bouconne à Lévignac (31530). Le 21 décembre 2015, ils ont remarqué un écoulement d'eau sur leur propriété. Le même jour, les agents du Syndicat Mixte de l'eau et de l'Assainissement de Haute-Garonne (SMEA 31) ont constaté l'existence d'une fuite sur le réseau d'eau potable et l'ont réparée. Par une lettre du 8 décembre 2021, M. et Mme C ont formulé une demande préalable auprès du SIE en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices subis à la suite de cette fuite sur le réseau d'eau potable. En l'absence de réponse, ils demandent au tribunal de condamner le SIE à leur verser une somme totale de 47 528,77 euros en réparation de ces préjudices.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet sa demande préalable :
2. La décision implicite par laquelle le SIE a rejeté la demande préalable de M. et Mme C a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de leurs demandes, les intéressés, en formulant des conclusions tendant à la réparation de leurs préjudices, ayant donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel. En cas de dommage accidentel causé à des tiers par un ouvrage public, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, aussi bien au maître de l'ouvrage, au maître de l'ouvrage délégué, à l'entrepreneur ou au maître d'œuvre.
4. Il résulte de l'instruction que la rupture d'une canalisation d'eau potable située pour partie sous le mur de clôture de M. et Mme C, survenue le 21 décembre 2015, a entrainé un écoulement d'eau sur leur terrain. Les requérants soutiennent que cette rupture de canalisation est à l'origine des désordres affectant ledit mur de clôture. Toutefois, et outre qu'ils ne produisent pas les conclusions de la réunion d'expertise amiable qui s'est tenue le 3 février 2016, à l'initiative de leur assureur, l'expert du SIE, présent à cette réunion, a relevé que la déformation du mur de clôture en litige était principalement due à l'action du temps et au fait qu'il était construit sur un sol argileux, de nombreuses réparations de fissures ayant par ailleurs été effectuées sur ledit mur, antérieurement à l'évènement du 21 décembre 2015, selon les déclarations de M. C. La seule circonstance que, dans un courrier du 29 mai 2020, le SIE a indiqué qu'à la suite du sinistre survenu en 2015 et de l'expertise alors réalisée, qui " conclut au fait que notre Syndicat devrait endosser la responsabilité des dégradations et dommages ", il allait déplacer la conduite d'eau située sur la propriété des requérants, ne suffit pas à établir l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre ce sinistre et les désordres affectant le mur des requérants, dont ceux-ci demandent réparation. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité sans faute du SIE.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale soulevée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIE, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. et Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C la somme demandée par le SIE sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du SIE tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C, et au syndicat intercommunal des eaux des vallées du Girou, de l'Hers, de la Save et des coteaux de Cadours.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
S. CHERRIER
Le greffier,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026