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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202054

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202054

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202054
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 5
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. C A représenté par Me Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'habitation sur les locaux vacants à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021 à raison d'un logement d'habitation situé au 574 chemin de la Monge à Saint-Sulpice-sur-Tarn (Tarn) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le bien acquis devait faire l'objet d'une importante réhabilitation par ses soins et ceux de son épouse ; il n'a pas fait appel à des entreprises par souci d'économies ; les travaux entrepris prennent plus de temps que s'ils avaient été réalisés par des entreprises du bâtiment ;

- il a fourni une facture du 3 juillet 2020 pour des tuiles d'un montant de 3 357,24 euros TTC ; deux factures datées du 21 janvier 2022 relatives à l'achat de fenêtres pour des montants respectifs de 9 213 euros et 2 812 euros ;

- la vacance du logement a été constaté par un procès-verbal d'un agent de la police municipale le 28 février 2022 ;

- l'administration fiscale ne peut se prévaloir de la doctrine administrative BOI-AUT-60 pour exiger la cotisation de taxe d'habitation sur les logements vacants ; dès lors que le montant des travaux n'excède pas 25% de la valeur vénale du bien mais que le bien est inhabitable, la cotisation de taxe d'habitation sur les logements vacants n'est pas exigible ; l'administration fiscale commet une erreur en considérant que la valeur vénale du bien comprend la valeur d'acquisition et le montant des travaux de remise en état ;

- l'administration fiscale ne peut se prévaloir de l'absence de dépôt d'une déclaration préalable de travaux dès lors que les travaux entrepris et ceux envisagés ne le nécessitent pas ;

- le bien ne peut être considéré comme en très bon état d'entretien dès lors que d'une part, la réfection du toit a été nécessaire ainsi que la pose de nouvelles fenêtres et, d'autre part, le constat de vacance mentionne l'absence de fluide, d'électricité et de sanitaires ;

- il est impossible de produire un constat de vacance au 1er janvier 2021 alors que l'administration fiscale en a fait la demande seulement le 18 novembre 2021 ;

- la doctrine administrative BOI-IF-TH-60 prévoit qu'un logement inhabitable réhabilité ne peut être soumis à la taxe que si la vacance est effective durant deux années consécutives après la réhabilitation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Biscarel, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Biscarel, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A et Mme B D ont fait l'acquisition, le 21 septembre 2018, d'une maison située au 574 chemin de la Monge à Saint-Sulpice-sur-Tarn (Tarn). M. A a été assujetti à la taxe d'habitation sur les locaux vacants au titre de l'année 2021 à raison de ce logement. Par la présente requête, il demande la décharge de cette imposition pour un montant de 502 euros.

2. D'une part, aux termes de l'article 1407 bis du code général des impôts : " Les communes autres que celles visées à l'article 232 peuvent, par une délibération prise dans les conditions prévues à l'article 1639 A bis, assujettir à la taxe d'habitation, pour la part communale et celle revenant aux établissements publics de coopération intercommunale sans fiscalité propre, les logements vacants depuis plus de deux années au 1er janvier de l'année d'imposition. La vacance s'apprécie au sens des V et VI de l'article 232. ". Aux termes de l'article 232 du même code : " () VI. - La taxe n'est pas due en cas de vacance indépendante de la volonté du contribuable. ".

3. D'autre part, aux termes de l'instruction référencée BOI-IF-AUT-60 et publiée le 12 septembre 2012 : " () / Ne sauraient être assujettis à la taxe sur les logements vacants des logements qui ne pourraient être rendus habitables qu'au prix de travaux importants et dont la charge incomberait nécessairement à leur détenteur / Les travaux nécessaires pour rendre habitable un logement, qui ne l'était pas auparavant, s'entendent de ceux qui remplissent au moins l'une des conditions suivantes : / - avoir pour objet d'assurer la stabilité des murs, charpentes et toitures, planchers ou circulations intérieures (notamment les escaliers) / - avoir pour objet l'installation, dans un logement qui en est dépourvu ou, dans le cas contraire, la réfection complète de l'un ou l'autre des éléments suivants : équipement sanitaire élémentaire, chauffage, électricité, eau courante, ensemble des fenêtres et portes extérieures / Par ailleurs, les travaux doivent être d'importance. La production de devis devrait permettre, la plupart du temps, d'apprécier cette situation. A titre de règle pratique, il peut être admis que cette condition est remplie lorsque le montant des travaux nécessaires pour rendre le logement habitable excède 25 % de la valeur vénale réelle du logement au 1er janvier de l'année d'imposition / () ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1407 du code général des impôts que seuls les logements habitables, c'est-à-dire clos, couverts et pourvus des éléments de confort minimum sont passibles de la taxe qu'elles instituent. Ne sauraient donc être assujettis des logements qui ne pourraient être rendus habitables qu'au prix de travaux importants et dont la charge incomberait nécessairement à leur détenteur. Selon la doctrine administrative précitée au point 3, ces travaux visant à rendre des logements habitables doivent être d'importance. À titre de règle pratique, il peut être admis que cette condition est remplie lorsque le montant des travaux nécessaires excède 25 % de la valeur vénale réelle du logement au 1er janvier de l'année d'imposition.

5. Il appartient au contribuable d'établir que la vacance de son logement au cours des années en litige aurait été indépendante de sa volonté, eu égard notamment à la nécessité de travaux pour rendre le logement habitable ou à l'impossibilité de le louer ou de le vendre malgré des démarches engagées en ce sens.

6. Pour solliciter la décharge de la taxe d'habitation sur les logements vacants à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021, M. A fait valoir que le bien est inhabitable et qu'il effectue lui-même les travaux sur son temps libre. A cet égard s'il produit, un procès-verbal établi par un agent de la police municipale de Saint-Sulpice-sur-Tarn daté du 28 février 2022 dont il ressort que " les fluides sont coupés et l'électricité n'y est pas raccordée " et que " aucune pièce d'eau n'y est constatée ", ce constat de vacance ne peut être retenu pour établir le caractère inhabitable du logement au titre de l'année 2021. En outre, les quatre photographies de pièces non identifiables de l'intérieur de la maison, la réfection du toit ainsi que la pose de nouvelles fenêtres ne sont pas davantage de nature à établir le caractère inhabitable du logement. Enfin, si M. A soutient que l'administration fiscale ne peut retenir la valeur réelle du bien en y incluant le prix d'acquisition et le prix des travaux pour calculer le seuil des 25%, cette circonstance est sans influence dès lors que l'achat des tuiles pour un montant de 3 357,24 euros TTC et l'achat de fenêtres pour des montants respectifs de 9 213 euros et 2 812 euros représentent un montant total 15 382,24 euros, soit 7,30% du prix d'acquisition. Dès lors, la vacance du logement en cause ne saurait être regardée comme indépendante, au sens de l'article 232 du code général des impôts, de la volonté de M. A, sur qui repose la charge de la preuve, et c'est donc à bon droit que l'administration l'a assujetti à la taxe d'habitation sur les logements vacants au titre de l'année 2021.

7. Si M. A se prévaut de la doctrine BOI-IF-TH-60, cette dernière ne contient toutefois aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle rappelée au point 2.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge de la cotisation de taxe sur les logements vacants à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DÉCIDE:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrat désignée,

B. BISCARELLa greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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