jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202196 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, la société à responsabilité limité (SARL) Bourgeois, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande tendant à l'abrogation de la " mise en demeure " en date du 10 octobre 2019 qui lui a été adressée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'abroger la " mise en demeure " qui lui a été adressée le 10 octobre 2019, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable dès lors qu'elle a été formée dans les délais de recours contentieux et qu'elle dispose d'un intérêt à agir contre la décision en litige ;
- la mise en demeure du 10 octobre 2019, qui s'inscrit dans l'exercice des pouvoirs de police confiés au préfet en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, constitue un acte faisant grief ; en l'invitant à se conformer aux exigences fixées par l'article L. 214-17 du code de l'environnement, dans un délai de 8 mois, la mise en demeure énonce des prescriptions dont la méconnaissance pourrait être censurée ultérieurement par le préfet ;
- en refusant de procéder à son abrogation, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit, la mise en demeure reposant sur une interprétation erronée des articles L. 214-7 et L. 214-18-1 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable et, à titre subsidiaire, comme non fondée.
Il fait valoir que :
- la requête, qui est dirigée contre un acte qui ne présente pas de caractère décisoire, est irrecevable ;
- pour le surplus, le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Carotenuto,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Bourgeois exploite une centrale hydraulique en dérivation du cours d'eau de la Garonne, sur le territoire de la commune de Saint-Béat, classé en liste 1 et 2 par un arrêté du 7 octobre 2013 au titre de l'article L. 214-7 du code de l'environnement. Par une lettre du 10 octobre 2019, constatant qu'aucun dispositif permettant d'assurer la continuité écologique n'existait au barrage et au droit de la centrale, le préfet de la Haute-Garonne a demandé à la SARL Bourgeois de présenter, dans un délai de 8 mois, un dossier de mise en conformité de ses installations, conformément à l'article L. 214-17 du code de l'environnement. Cette demande n'a pas été suivie d'effet et la société requérante a, le 7 mars 2022, demandé au préfet de la Haute-Garonne d'abroger la " décision du 10 octobre 2019 " la mettant " en demeure de se conformer aux obligations réglementaires qui découlent de l'article L. 214-17 " du code de l'environnement. Le 5 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande au motif que la lettre du 10 octobre 2019 était dépourvue de tout " caractère normatif ". La SARL Bourgeois demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 216-1 du code de l'environnement : " Pour l'application du présent titre, la mise en demeure effectuée en application des articles L. 171-7 et L. 171-8 peut prescrire tous contrôles, expertises ou analyses, les dépenses étant à la charge de l'exploitant ou du propriétaire. / Pour l'application du présent titre, les mesures d'exécution d'office prises en application du 2° du II de l'article L. 171-8 peuvent être confiées, avec leur accord, aux personnes mentionnées à l'article L. 211-7-1.". Aux termes de l'article L. 171-7 du même code : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. / L'autorité administrative peut, à tout moment, afin de garantir la complète exécution des mesures prises en application des deuxième et troisième alinéas du présent I : / 1° Ordonner le paiement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de ces mesures. L'astreinte est proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. Les deuxième et dernier alinéas du 1° du II de l'article L. 171-8 s'appliquent à l'astreinte ; / 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. / II.-S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code./ Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision. / III.-Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. "
3. Par une lettre du 10 octobre 2019, le préfet de la Haute-Garonne a invité la SARL Bourgeois à déposer, dans un délai de 8 mois, un dossier de demande de mise en conformité de ses ouvrages prévoyant la création d'un dispositif de montaison et de dévalaison, au titre de l'article L. 214-17 du code de l'environnement. Une telle demande qui se borne à solliciter le dépôt d'un dossier est dénuée de caractère impératif, alors même qu'elle est assortie d'un délai, et ne constitue pas, contrairement à ce que soutient la société requérante, une mise en demeure prise sur le fondement des dispositions des articles L. 171-7 et suivants du code de l'environnement. En outre, cette lettre ne prévoit l'édiction d'aucune sanction administrative définie par les dispositions précitées du II de l'article L. 171-7 en l'absence de dépôt à l'expiration du délai imparti. Au demeurant, en l'absence de toute démarche de mise en conformité de ses installations et en raison de l'inertie persistante de la SARL Bourgeois, le préfet de la Haute-Garonne a réitéré sa demande de dépôt d'un dossier, les 9 octobre 2020 et 5 juillet 2022, cette dernière lettre précisant qu'en l'absence de transmission du dossier avant le délai imparti, l'administration serait dans l'obligation d'adresser à l'intéressée un rapport de manquement administratif, étape préalable à une mise en demeure administrative. Par ailleurs, la circonstance que le tribunal judiciaire de Toulouse, dans son jugement du 9 décembre 2021, a considéré que, par le courrier du 10 octobre 2019, la SARL Bourgeois avait été mise en demeure de " mettre en conformité son ouvrage " par la mise en place de dispositifs permettant d'assurer la continuité écologique, est sans incidence sur l'appréciation par le juge administratif du caractère décisoire dudit courrier. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne est fondé à soutenir que la lettre du 10 octobre 2019 ne présente pas un caractère décisoire et ne fait pas grief et que, partant, la décision refusant d'abroger cette lettre ne fait pas davantage grief, de sorte qu'elle est insusceptible de recours et que la requête de la SARL Bourgeois est irrecevable.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête de la SARL Bourgeois, que celle-ci doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Bourgeois est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Bourgeois et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHTLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026