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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202204

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202204

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202204
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCARCY-GILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, le département de l'Aveyron demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise, au contradictoire de M. D E, aux fins de déterminer les causes de l'affaissement de la plateforme de la route départementale n° 993 au PR 54+700 ainsi que les dommages subis par les ouvrages de voirie et les ouvrages de réseaux présents sur l'emprise du domaine public routier départemental ainsi que les atteintes portées aux propriétés riveraines ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix.

Il soutient que :

- alors que M. E, en sa qualité de propriétaire de la parcelle cadastrée section BR n° 275 située en contrebas de la RD 933 au PR 54+700 dans l'agglomération de Saint Affrique, a fait procéder à des terrassements du 8 au 15 février 2022 dans le cadre d'un projet de construction de maison individuelle, un affaissement de la plateforme de la RD n° 993 a été constaté le 21 février 2022 dont le département a été victime au même titre que le riverain amont et les divers concessionnaires de réseaux, étant précisé que cet affaissement, qui s'étend au mur de soutènement et à la propriété privée en surplomb de la route départementale, a nécessité, par mesure de sécurité, l'interruption de la circulation pendant une semaine et que depuis le 28 février 2022, la circulation des seuls véhicules légers a été rétablie par alternat, le trafic poids lourd ayant été dévié sur la RD n° 99, laquelle va faire l'objet très prochainement de travaux de réfection de chaussée qui nécessiteront la mise en place de restrictions de circulation, sachant, en outre, que le Tour de l'Avenir doit emprunter dans les semaines à venir la RD n° 993 ;

- s'il a pris l'attache du bureau d'études géotechniques Sage pour déterminer les risques d'évolution du sinistre et formuler des préconisations à titre conservatoire et que des matériaux ont été remis en place permettant de reconstituer la buttée de pied et d'assurer la circulation alternée des véhicules légers, les deux événements précités nécessitent l'engagement de travaux de remise en état de la chaussée de la RD n° 933 à très court terme pour permettre de rétablir des conditions normales de circulation à double sens ;

- il est dès lors fondé à solliciter l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire afin de rechercher la cause de l'affaissement de la plateforme de la RD n° 993.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, M. D E, représenté par la Scpi Bonnecarrère-Servières-Gil-Meyer-Genest, sollicite qu'il soit donné acte, d'une part, qu'il ne s'oppose pas, sous les plus expresses protestations et réserves d'usage, à la mesure d'expertise sollicitée et, d'autre part, qu'il aura vocation à régulariser un ou des appels en cause en fonction des investigations à venir de l'expert judiciaire dès lors que les travaux mise en cause ont été confiés à des professionnels réputés maîtres de leur art.

Par un nouveau mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2022, M. D E, représenté par la Scp Carcy Gillet, aux écritures de Me Gillet, conclut :

1°) à ce que la mesure d'expertise qui viendrait à être ordonnée soit rendue commune et opposable à la Sas I Terre qui a rédigé l'étude de sols, à la Sas d'architecture Rouquette Vidal, chargée de la maîtrise d'œuvre de la construction de la maison de M. E, à la Maf assureur de la Sas d'architecture Rouquette Vidal, à la société Entreprise Jacques Arles qui a réalisé les travaux de terrassement, à la compagnie Mma Iard et à la compagnie SA Mma Iard, assureurs de la Sas Entreprise Jacques Arles et à la société Saint Aff'o chargée de la gestion de la conduite d'eau fuyarde passant sous la voirie et desservant la commune de Saint Affrique, susceptible d'être à l'origine du glissement de terrain ;

2°) à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 12 juin 2022, la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif), représentée par la Scp Carcy Gillet, aux écritures de Me Gillet, demande au juge des référés d'admettre son intervention volontaire à l'instance dès lors qu'elle est l'assureur " multirisques habitation " de M. E et formule les protestations et réserves d'usage sur la demande d'expertise du département de l'Aveyron.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, la SA Mma Iard, la compagnie Mma Iard Assurances Mutuelles et l'entreprise Jacques Arles, représentées par la Selarl Clf, aux écritures de Me Furet, déclarent ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous les plus expresses réserves de recevabilité et de responsabilité, proposent de compléter la mission à confier à l'expert selon les termes de leur mémoire et demandent qu'il soit enjoint au département de l'Aveyron de communiquer le rapport du bureau d'études techniques Sage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, la Sas I Terre, représentée par la Selas Clamens Conseil, aux écritures de Me Lanéelle, formule les plus expresses protestations et réserves sur la mesure d'instruction sollicitée à son encontre et précise qu'elle avait indiqué dans son étude en qualité de géotechnicien (mission G1Pgc) la nécessité de réaliser des soutènements provisoires lors des travaux de terrassement dont l'étude devrait être effectuée selon les missions géotechniques G2 Avp ou G2 Pro.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande en intervention volontaire de la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif) :

1. Il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif) qui justifie d'un intérêt suffisant en sa qualité d'assureur " multirisques habitation " de M. D E pour participer aux opérations d'expertise.

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. ()".

3. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge de référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un litige relatif à l'exécution de travaux publics, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

4. La demande d'expertise présentée par le département de l'Aveyron entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et apparaît utile pour déterminer l'origine de l'affaissement de la plateforme de la RD n° 993. Il y a lieu, par suite, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la demande de communication de pièces :

5. Il n'appartient pas au juge des référés d'enjoindre au département de l'Aveyron de produire le rapport du bureau d'études techniques Sage qui, en application de l'article 2 de la présente ordonnance, pourra être demandé par l'expert.

Sur le concours d'un sapiteur :

6. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions du département de l'Aveyron tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention volontaire de la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif) est admise.

Article 2 : M. B C, demeurant 5 chemin des Faissos Ferals à Salles d'Aude (11110), est désigné comme expert avec pour mission :

- de se rendre sur les lieux : plateforme de la RD n° 993 au PR 54+700 à Saint Affrique (12400) ;

- de se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

- de décrire l'état de la plateforme de la RD n° 993 au PR 54+700 sur le territoire de la commune de Saint Affrique ;

- de dresser un état des travaux effectués sur la parcelle en aval de la route départementale n° 993 appartenant à M. D E à Saint Affrique ;

- de procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres dont se plaint le département de l'Aveyron, en indiquant leur date d'apparition ;

- de rechercher l'origine et les causes de ces désordres et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier l'imputabilité respective et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

- de dire également et, en toute hypothèse, si, à son avis, ces désordres sont de nature à compromettre la solidité de ladite plateforme de la RD n° 993 au PR 54+700 à Saint Affrique ou à la rendre impropre à sa destination ;

- d'indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle au regard des désordres allégués, d'en prévoir la durée et d'en chiffrer le coût ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments propres à permettre d'apprécier et chiffrer les préjudices de toute nature allégués par le département de l'Aveyron et résultant de ces désordres ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis par la requérante, sachant qu'il pourra prendre l'initiative, avec l'accord des parties, de procéder à une médiation.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tout sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence du département de l'Aveyron, de M. D E, de la Sas I Terre, de la Sas d'architecture Rouquette Vidal, de la Maf, de l'Entreprise Jacques Arles, de la SA Mma Iard, de la compagnie Mma Iard Assurances Mutuelles, de la société Saint Aff'o et de la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif) ou de leurs représentants.

Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée au département de l'Aveyron, à M. D E, à la Sas I Terre, à la Sas d'architecture Rouquette Vidal, à la mutuelle des architectes français, à l'Entreprise Jacques Arles, à la SA Mma Iard, à la compagnie Mma Iard Assurances Mutuelles, à la société Saint Aff'o, à la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (Maif) et à M. B C, expert.

Fait à Toulouse, le 30 août 202Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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