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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202256

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202256

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202256
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, M. et Mme A C, représentés par Me Mot, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 pour un montant global demeurant en litige de 39 725 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification du 3 mars 2021 est insuffisamment motivée en ce qui concerne les rehaussements en matière de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017 ;

- la base d'imposition de la plus-value sur cession de valeurs mobilières réalisée au titre de l'année 2017 doit être réduite de 1 494 euros, somme correspondant aux frais de constitution de la SASU Morning ;

- la base d'imposition au titre de l'année 2018 doit être réduite de 11 751 euros ;

- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve que les sociétés Hush et Agebam n'employaient pas deux salariés à la clôture des exercices suivant la souscription ayant ouvert droit à la réduction d'impôt prévue à l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 avril 2017, M. C a cédé les 694 parts sociales qu'il détenait dans la société par actions simplifiées unipersonnelle (SASU) Morning pour un montant de 173 500 euros, réalisant ainsi une plus-value. A l'issue d'un contrôle sur pièces, par une proposition de rectification du 3 mars 2021, l'administration fiscale a informé M. et Mme C de son intention de les assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de cette cession. Par deux avis du 30 septembre 2021, l'administration fiscale a mis en recouvrement les sommes de 43 519 euros et de 1 312 euros correspondant à ces rectifications. Par décision du 24 janvier 2022, elle a dégrevé les impositions litigieuses au titre de l'année 2017, à concurrence de 3 824 euros, et a maintenu l'intégralité des rehaussements au titre de l'année 2018. Par la présente requête, M. et Mme C doivent être regardés comme demandant la décharge, ou à titre subsidiaire la réduction, en droits et pénalités, des sommes demeurant mises à leur charge au titre des années 2017 et 2018.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article L. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 150-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, : " I. - 1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. () ".

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 3 mars 2021 détaille les motifs pour lesquels la plus-value issue de la cession par M. C des titres qu'il détenait dans la SASU Morning constitue un revenu du patrimoine devant faire l'objet d'une déclaration au titre de l'année 2017, à la rubrique 3VG de la déclaration de revenus des requérants, ainsi que les principes s'appliquant à la taxation de ce revenu exceptionnel, notamment pour les prélèvements sociaux dont, contrairement à ce que soutiennent les requérants, elle mentionne les taux de 9,9% pour la contribution sociale généralisée, dans les conséquences financières. Dans ces conditions, la proposition de rectification comporte toutes les indications permettant au contribuable de comprendre les motifs des rehaussements et d'en discuter utilement le bien-fondé. La seule circonstance qu'elle ne mentionne pas l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale dont le vérificateur a fait application ne peut la faire regarder comme insuffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 3 mars 2021 en ce qui concerne les prélèvements sociaux au titre de l'année 2017 doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

5. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 150-0 D du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2017 en litige : " Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci diminué, le cas échéant, des réductions d'impôt effectivement obtenues dans les conditions prévues à l'article 199 terdecies-0 A, ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation ".

6. Il résulte de l'instruction que M. C a acquis les six-cent quatre-vingt-quatorze parts sociales qu'il détenait au capital de la SASU Morning au prix unitaire d'un euro et qu'il les a revendues au prix unitaire de 250 euros. L'administration fiscale a, de ce fait, retenu une plus-value de cession de valeurs mobilières de 172 806 euros.

7. Si les requérants soutiennent que le prix d'acquisition des six-cent quatre-vingt-quatorze parts sociales pris comme base dans le calcul de la plus-value réalisée doit être augmenté de la somme de 1 494 euros correspondant aux frais de création de la société, il résulte de l'instruction, notamment de deux factures produites par les requérants, que ces dernières ont été émises à l'encontre de la SAS Paymane, devenue SASU Morning en 2016. Ainsi, M. C n'en a pas personnellement supporté la charge. Dans ces conditions, ces factures n'ont pas à être prises en compte dans le calcul du prix d'acquisition par M. C des parts sociales qu'il a revendues en 2017. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a retenu, pour le calcul de la plus-value de cession alors réalisée par M. C, un prix d'acquisition de 694 euros.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 154 quinquies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2018 en litige : " () / II.- La contribution afférente aux revenus mentionnés aux a à e et f du I et au II de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ainsi qu'aux premier alinéa et 1° du I de l'article L. 136-7 du même code, imposés dans les conditions prévues à l'article 197 du présent code, est admise en déduction du revenu imposable de l'année de son paiement, à hauteur de 6,8 points. / La contribution est déductible, dans les conditions et pour la part définies au premier alinéa du présent II, à hauteur du rapport entre le montant du revenu soumis à l'impôt sur le revenu et le montant de ce même revenu soumis à la contribution pour : / a) Les gains mentionnés à l'article 150-0 A qui bénéficient de l'abattement prévu au 1 quater de l'article 150-0 D ou de l'abattement fixe prévu au 1 du I de l'article 150-0 D ter ; () ".

9. Par la proposition de rectification du 3 mars 2021, l'administration fiscale a remis en cause l'application du mécanisme d'étalement prévu à l'article 163 A du code général des impôts, ce que ne contestent pas M. et Mme C, et a imposé la totalité de la plus-value de cession de valeurs mobilières à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux au titre de l'année 2017. Les requérants soutiennent que si leur déclaration de revenus au titre de l'année 2017 avait été correctement réalisée, la plus-value de cession aurait été déclarée en 2018 et ainsi, la contribution sociale généralisée s'y rapportant aurait été acquittée cette même année, ouvrant droit, pour cette année, à la déductibilité des revenus du patrimoine prévue aux dispositions précitées de l'article 154 quinquies du code général des impôts pour un montant de 11 751 euros.

10. Il résulte toutefois de l'instruction que la contribution sociale généralisée ouvrant droit à un montant de CSG déductible sur les revenus du patrimoine de 11 751 euros a été mise en recouvrement par un avis du 30 septembre 2021. Dans ces conditions, cette contribution n'a pas été acquittée en 2018. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé de réduire les bases d'imposition au titre de l'année 2018 en prenant en compte la CSG déductible sur les revenus du patrimoine issue des rectifications opérées au titre de l'année 2017.

11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 46 AI bis de l'annexe III au code général des impôts : " I. - 1. Lorsqu'un contribuable souscrit au capital d'une société dans les conditions prévues aux 1° et 2° du I de l'article 1999 terdecies-0 A du code général des impôts et dont les titres ne sont pas admis aux négociations sur un marché d'instruments financiers français ou étranger, cette société lui délivre un état individuel qui mentionne : () / Cet état précise, pour chacune des conditions mentionnées aux 1° et 20 du I d l'article 199 terdecies-0 A précité si elles sont ou non satisfaites. () / II. - 1. En cas de souscription au capital d'une société dont les titres ne sont pas admis sur un système multilatéral de négociation mentionné au 3 du I, le contribuable produit, à la demande de l'administration fiscale, les documents qui lui ont été remis conformément au I. () ". Aux termes de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2017 : " I. 1° Les contribuables domiciliés fiscalement en France peuvent bénéficier d'une réduction de leur impôt sur le revenu égale à 18 % des versements effectués au titre de souscriptions en numéraire réalisées dans les mêmes conditions que celles prévues aux 1 et 2 du I de l'article 885-0 V bis. / 2° Le bénéfice de l'avantage fiscal prévu au 1° du présent I est subordonné au respect, par la société bénéficiaire de la souscription, des conditions prévues au 1 bis du I de l'article 885-0 V bis. () ". Aux termes du même article, dans sa rédaction applicable à l'année 2018 : " I. 1° Les contribuables domiciliés fiscalement en France peuvent bénéficier d'une réduction de leur impôt sur le revenu égale à 18 % des versements effectués au titre de souscriptions en numéraire réalisées dans les mêmes conditions que celles prévues aux 1 et 2 du I de l'article 885-0 V bis, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2017. / 2° Le bénéfice de l'avantage fiscal prévu au 1° du présent I est subordonné au respect, par la société bénéficiaire de la souscription, des conditions prévues au 1 bis du I de l'article 885-0 V bis, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2017. () ". Aux termes du 1 bis du I de l'article 885-0 V bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable du 1er janvier au 31 décembre 2017 : " La société bénéficiaire des versements mentionnée au 1 doit satisfaire aux conditions suivantes : / () / i) Elle compte au moins deux salariés à la clôture de l'exercice qui suit la souscription ayant ouvert droit à la présente réduction, ou un salarié si elle est soumise à l'obligation de s'inscrire à la chambre de métiers et de l'artisanat ; () ".

12. Il résulte de ces dispositions que contrairement à ce que soutiennent M. et Mme C, il appartient au contribuable ayant souscrit au capital de petites ou moyennes entreprises et souhaitant prétendre à la réduction d'impôt prévue aux dispositions précitées de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts de produire l'état individuel que doi(ven)t lui fournir la ou les sociétés dans laquelle/lesquelles il a investi, état individuel qui doit préciser notamment le nombre de salariés qu'elle(s) employai(en)t à la clôture de l'exercice suivant la souscription ayant ouvert droit à ladite réduction d'impôt.

13. Il résulte de l'instruction qu'en 2017, M. C a souscrit au capital d'une société luxembourgeoise Hush, pour un montant de 32 000 euros et qu'en 2018, il a souscrit à l'augmentation de capital de la société française Agebam, pour un montant de 20 100 euros. Il résulte également de l'instruction que le 26 novembre 2020, le vérificateur a adressé aux requérants une demande d'information ayant pour objet la production, par ces derniers, des états individuels permettant de vérifier que toutes les conditions requises par les textes cités au point 11 étaient remplies, les documents transmis dans ce cadre n'ayant toutefois pas permis de vérifier la réalisation de ces conditions, notamment celle relative à un effectif minimum de salariés employés, ce que ne contestent pas M. et Mme C. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a repris les réductions d'impôts dont ils avaient bénéficié à ce titre au titre de l'impôt sur le revenu 2017 et 2018.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.

Sur les dépens :

15. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par les requérants sont sans objet. Par suite, elles doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A C et au directeur régional des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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