mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ROUZAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, l'entreprise individuelle SAMB Assane, représentée par Me Rouzaud, demande au tribunal :
1°) de de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 pour un montant de 84 308 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
- c'est à tort que l'administration fiscale lui a refusé le bénéfice de l'exonération prévue au 1° du I de l'article 262 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'entreprise individuelle SAMB Assane ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise individuelle SAMB Assane exerçait jusqu'au 15 février 2020 une activité de commerce de gros de fournitures et d'équipements industriels. Le 14 décembre 2020, elle a demandé le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 26 404 euros au titre de l'année 2019. Le lendemain, l'administration l'a invitée à produire les justificatifs nécessaires à l'instruction de sa demande. En réponse, la société SAMB Assane a indiqué avoir déjà transmis les pièces sollicitées à l'occasion d'une précédente demande concernant la même période. Après avoir réitéré sa demande de pièces, le 16 décembre 2020, l'administration a partiellement admis la demande de l'entreprise individuelle SAMB Assane, le 8 avril 2021. Estimant toutefois que la société requérante s'était crue, à tort, exonérée de TVA sur une partie du chiffre d'affaires réalisé entre les 1er janvier 2017 et 31 décembre 2019, l'administration fiscale lui a adressé une proposition de rectification mettant à sa charge des rappels de TVA, le 9 avril 2021. Ces rappels ont été mis en recouvrement le 20 novembre 2021. Par une réclamation préalable du 12 janvier 2022, rejetée le 22 février 2022, l'entreprise individuelle SAMB Assane a contesté ces impositions. Par sa requête, elle demande la décharge de ces rappels en droits, intérêts et pénalités.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". L'article R. 57-1 du même livre dispose que : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
3. La proposition de rectification du 9 avril 2021 comporte l'énoncé des motifs à l'origine des rappels mis à la charge de l'entreprise individuelle SAMB Assane, à savoir, d'une part l'absence de remise des justificatifs nécessaires à l'examen de sa demande de remboursement du crédit de TVA portant sur l'année 2019, présentée le 29 septembre 2020 et, d'autre part, une discordance entre le montant des opérations non-imposables reporté dans sa déclaration 3517 S-CA 12 du 26 mai 2020 et les données recueillies auprès du service des douanes. En outre, la proposition de rectification, qui mentionne les textes en vertu desquels les droits ont été rappelés au titre des années 2017 à 2019, en indique le montant, qui s'élève à 84 308 euros. Enfin, le silence gardé par l'administration fiscale dans la décision rejetant la réclamation formée par la société requérante n'est pas susceptible d'entacher la proposition de rectification d'irrégularité. Dès lors, l'entreprise individuelle SAMB Assane n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est entachée d'insuffisance de motivation alors, au surplus, qu'elle a présenté ses observations, le 16 juin 2021, comme elle y était invitée.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
4. Aux termes de l'article 262 du code général des impôts : " I. - Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée :/1° les livraisons de biens expédiés ou transportés par le vendeur ou pour son compte, en dehors de la Communauté européenne ainsi que les prestations de services directement liées à l'exportation ;/ 2° les livraisons de biens expédiés ou transportés par l'acheteur qui n'est pas établi en France, ou pour son compte, hors de la Communauté européenne, à l'exclusion des biens d'équipement et d'avitaillement des bateaux de plaisance, des avions de tourisme ou de tous autres moyens de transport à usage privé, ainsi que les prestations de services directement liées à l'exportation. () ". L'article 74 de l'annexe III de de ce code énonce : " 1. Les livraisons réalisées par les assujettis et portant sur des objets ou marchandises exportés sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée à condition : () /c. que l'assujetti exportateur établisse pour chaque envoi une déclaration d'exportation, conforme au modèle donné par l'administration et détienne à l'appui de sa comptabilité ou du registre prévu au a l'exemplaire numéro 3 de la déclaration d'exportation visé par l'autorité douanière compétente, conformément au code des douanes communautaires et ses dispositions d'application. Lorsque la déclaration d'exportation est établie dans le cadre de la procédure électronique telle que prévue par le règlement (CEE) n° 2913/92 du Conseil du 12 octobre 1992 modifié établissant le code des douanes communautaires et les textes pris pour son application, il produit la certification de sortie délivrée par le bureau d'exportation. Toutefois, lorsque la sortie du territoire communautaire effectuée à partir de la France est réalisée par l'entremise d'un intermédiaire agissant au nom et pour le compte d'autrui désigné comme expéditeur des biens sur la déclaration d'exportation, ou lorsque des opérateurs interviennent dans une livraison commune de marchandises à l'exportation, ou en cas de groupage, les assujettis exportateurs qui ne figurent pas dans la rubrique exportateur de la déclaration en douane mettent à l'appui de leur comptabilité ou du registre prévu au a un exemplaire de leurs factures visées par la personne habilitée ou autorisée à déclarer en douane et annotées des références permettant d'identifier la déclaration en douane correspondante. () /d. que, dans les cas où l'assujetti exportateur ne produit pas les justificatifs prévus au c et, à l'exclusion des opérations mentionnées aux quatrième à huitième alinéas du I de l'article 262 du code général des impôts, il mette à l'appui de sa comptabilité ou du registre mentionné au a l'un des éléments de preuve alternatifs ci-après, pour justifier de la sortie des biens expédiés vers un pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, un territoire mentionné au 1° de l'article 256-0 du code général des impôts ou un département d'outre-mer : / 1° La déclaration en douane authentifiée par l'administration des douanes du pays de destination finale des biens ou une attestation de cette administration accompagnée, le cas échéant, d'une traduction officielle ; / 2° Tout document de transport des biens vers un pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, un territoire mentionné au 1° de l'article 256-0 du code général des impôts ou un département d'outre-mer ou tout document afférent au chargement du moyen de transport qui quitte la Communauté européenne pour se rendre dans le pays ou le territoire de destination finale hors de la Communauté ; / 3° Tout document douanier visé par le service des douanes compétent et utilisé pour la surveillance de l'acheminement des biens vers leur destination finale hors de la Communauté, lorsqu'il s'agit de biens soumis à des contrôles particuliers ; / 4° les documents mentionnés à l'article 302 M du code général des impôts, émis sur support papier ou transmis par voie électronique dans le cadre du système d'informatisation du suivi des mouvements de produits soumis à accises visés par le bureau des douanes du point de sortie de la Communauté ou de tout autre élément de preuve alternatif accepté par l'administration chargée de la surveillance des mouvements de produits soumis à accises ; / 5° Pour tous les produits autres que ceux soumis à accises et lorsqu'il s'agit d'une livraison effectuée dans les conditions prévues au premier alinéa du 2° du I de l'article 262 du code général des impôts, une déclaration du transporteur ou du transitaire qui a pris en charge les biens, accompagnée de la preuve du paiement des biens par le client établi dans un pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, un territoire mentionné au 1° de l'article 256-0 du code général des impôts ou un département d'outre-mer. () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un contribuable ne peut se prévaloir de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par l'article 262 du code général des impôts à raison des exportations qu'il soutient avoir réalisées au profit de clients établis en dehors de la Communauté européenne qu'à la condition d'établir la réalité des opérations d'exportation par la production des pièces justificatives qu'elles prévoient, notamment de la déclaration d'exportation des biens dûment visée par le service des douanes, ou des éléments alternatifs de preuve cités au d du 1 de l'article 74 de l'annexe III au code général des impôts.
6. Il résulte de l'instruction qu'afin d'instruire la demande de remboursement de crédit de TVA présentée par l'entreprise individuelle SAMB Assane le 14 décembre 2020, l'administration fiscale a sollicité auprès d'elle les documents propres à justifier le montant des exportations qu'elle soutenait avoir réalisées au profit de clients établis hors de la Communauté européenne, au cours de l'année 2019. En réponse à cette demande, l'entreprise individuelle SAMB Assane a fourni, le 22 mars 2021, un bordereau douanier renseignant une somme de 2 912 euros alors que les mentions qu'elle a portées sur sa déclaration 3517 S-CA 12 du 26 mai 2020 faisaient état d'un montant de 169 558 euros. L'administration fiscale a alors consulté le fichier des douanes et a pris connaissance des sommes de 2 664 euros et de 25 003 euros correspondant aux déclarations effectuées par l'entreprise individuelle SAMB Assane auprès de ce service au titre des exportations réalisées au profit de clients établis hors de la Communauté européenne au cours des années 2017 et 2018. Ces sommes ont été rapprochées des montants déclarés par la société concernant les mêmes années, lesquels s'élevaient respectivement à 165 594 euros et 178 420 euros.
7. L'entreprise individuelle SAMB Assane soutient que l'administration fiscale a commis une erreur en lui refusant le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées du 1° du I de l'article 262 du code général des impôts dès lors qu'au cours de la procédure de contrôle, elle a fourni les factures qu'elle a émises ainsi que les preuves des virements bancaires ordonnées par ses clients étrangers. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient suffire alors qu'il lui incombe de produire les bordereaux douaniers, la déclaration dématérialisée ou tout autre document de preuve admis aux termes des dispositions du d) de l'article 74 de l'annexe III du code général des impôts, pour justifier des livraisons qu'elle a effectuées en dehors de la Communauté européenne. Si l'entreprise individuelle SAMB Assane fait valoir que, la plupart du temps, ces clients prennent en charge l'enlèvement et le transport des biens qu'elle vend, il résulte des dispositions du 5° de l'article 74 du même texte qu'il lui incombe de produire une attestation du transporteur ayant assuré l'acheminement des marchandises. En l'absence de tout justificatif requis par les dispositions susmentionnées, c'est à bon droit que l'administration fiscale lui a refusé le bénéfice de l'exonération prévue aux dispositions du 1° du I de l'article 262 du code général des impôts et a mis à sa charge les rappels de TVA en litige.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des rappels de TVA auxquels l'entreprise individuelle SAMB Assane a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, la somme que l'entreprise individuelle SAMB Assane demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'entreprise individuelle SAMB Assane est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise individuelle SAMB Assane et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N ° 2202266
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026