mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202269 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | DALBIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, Mme I F née A, représentée par Me Dalbin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale, au contradictoire de la commune de Toulouse, avec mission pour l'expert de procéder à son examen médical, de décrire la nature et l'importance des séquelles consécutives à ses conditions de travail et de déterminer l'éventuelle imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre ainsi que l'ensemble des préjudices en découlant ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 2 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- attachée principale de conservation du patrimoine titulaire exerçant la fonction de chef de service depuis 2007 aux archives municipales de la commune de Toulouse et au musée de l'Affiche depuis le mois de juin 2017, elle a sollicité par une lettre du 20 août 2020 la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, à savoir un état dépressif caractérisé notamment par une anxiété réactionnelle et des troubles du sommeil à la suite de difficultés professionnelles ressenties, sachant en effet que quelques mois après son arrivée au musée de l'Affiche, deux collaboratrices l'ont accusée à tort de faits de harcèlement moral dont elle a eu connaissance lorsqu'elle a été invitée à signer leur déclaration d'accident de travail en sa qualité de supérieure hiérarchique directe ;
- les actions et le comportement de sa hiérarchie à son égard ont joué un rôle aussi important que les dénonciations calomnieuses dans le déclenchement et la permanence de sa maladie, le directeur général culture ayant refusé de la recevoir, sans parler des convocations et des interrogatoires à charge par trois personnes où elle a dû justifier ses décisions, de l'absence de médiation et du fait qu'elle s'est vue confier une mission à la galerie du Château d'Eau dont l'ampleur revenait à l'éloigner définitivement du musée de l'Affiche ;
- alors qu'elle a été examinée par le docteur H désigné par la commission de réforme, le maire de Toulouse, par arrêté du 20 décembre 2021, n'a pas reconnu sa maladie imputable au service, considérant que cette maladie hors tableau est en lien avec ses fonctions mais n'entraîne pas une incapacité permanente partielle d'un taux égal ou supérieur à 25 %, étant précisé que son recours gracieux formé le 16 février 2022 a été rejeté par décision du 17 mars 2022 et qu'elle a sollicité l'annulation de ces décisions par requête enregistrée au greffe le 20 avril 2022 ;
- alors que le docteur G précise dans la déclaration de maladie professionnelle que le taux d'IPP est supérieur à 25 % ainsi que les certificats médicaux de maladie professionnelle à compter du 18 août 2020, elle est fondée à solliciter une mesure d'expertise afin de déterminer si la maladie hors tableau dont elle souffre en lien avec ses fonctions entraîne une incapacité permanente partielle d'un taux égal ou supérieur à 25 %.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, la commune de Toulouse conclut :
1°) au rejet de la requête comme mal fondée :
2°) à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit modifiée selon les termes de son mémoire ;
3°) en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante, alors affectée au service des archives municipales, a été prise en charge à compter du 27 avril 2017 par le service Orientation et Parcours Professionnels dans le cadre d'une demande de repositionnement professionnel pour raisons médicales et, dans ce cadre, elle a été affectée à compter du 1er juin 2017 sur le poste de chargée des collections au musée de l'Affiche de Toulouse (Matou) au sein de la direction des musées, sous l'autorité hiérarchique directe de la directrice de ce musée et où elle encadrait trois agents dont deux gestionnaires des fonds iconographiques, Mmes D et Pereira, lesquelles dans ce contexte ont effectué respectivement les 20 octobre 2018 et 12 novembre 2018 des déclarations d'accident de service énonçant être victimes de relations dégradées avec leur hiérarchie, étant précisé que compte tenu de ces déclarations, le directeur des musées de Toulouse, M. J, a reçu la requérante en entretien le 20 décembre 2018 pour recueillir des éclaircissements, celle-ci y ayant vu une attaque à son encontre et un défaut de soutien de la part de ses supérieurs, suivi d'un second entretien le 8 février 2019 auquel a participé en partie un représentant syndical à la demande de l'intéressée, et au cours duquel le directeur des Musées l'a informée, dans un premier temps, qu'il avait été préconisé que Mmes D et Pereira ne soient plus gérées par la direction du Matou et qu'une enquête administrative allait être diligentée et, dans un second temps, du souhait de la ville de Toulouse de lui confier la réalisation de l'inventaire des fonds de la galerie du Château d'Eau en l'invitant à élaborer sa lettre de mission, étant précisé qu'il a été établi le 16 mai 2019 par cette enquête que les tensions existant au sein du Matou étaient principalement organisationnelles, aucun travail collectif n'existant réellement et l'organisation instituée n'étant en pratique pas mise en œuvre ;
- alors, d'une part, que l'intéressée a été reçue en entretien le 15 mars 2019 dans le cadre de l'enquête administrative et qu'elle a souhaité apporter par un courrier du 19 mars 2019 des précisions aux agents chargés de l'enquête et, d'autre part, que M. J lui a adressé le 21 mars 2019 la lettre formalisée concernant les missions qu'il envisageait de lui confier, celle-ci a transmis le même jour un arrêt de travail courant jusqu'au 19 avril 2019 motivé par un syndrome anxio-dépressif avec troubles de la concentration, troubles du sommeil, asthénie, tristesse dans un contexte professionnel décrit comme difficile, étant précisé que si elle a repris ses fonctions le 20 avril suivant, elle a transmis le 4 octobre 2019 un arrêt de travail motivé par un état dépressif caractérisé sous traitement et psychothérapie, arrêt régulièrement renouvelé, sachant que dans ce cadre, elle a été placée en congé longue durée à compter du 4 octobre 2019, ce congé courant jusqu'au 3 octobre 2022 ;
- alors que la requérante a effectué le 20 août 2020 une déclaration de maladie professionnelle qui aurait été diagnostiquée pour la première fois le 21 mars 2019 et consistant en un état dépressif caractérisé avec anxiété réactionnelle, troubles du sommeil, suite à des difficultés professionnelles ressenties et taux d'IPP ) 25 %, l'intéressée mentionnant comme origine de sa pathologie des fonctions d'encadrement ayant entraîné une situation très délétère qui a mis sa santé en péril, la procédure relative aux risque professionnels a été engagée et la commission départementale de réforme saisie, sachant que dans ce cadre, l'intéressée a été expertisée le 1er juillet 2021 par le docteur H qui a conclu que son état de santé était en lien avec ses fonctions mais que son humeur s'était restaurée au fil du temps et que son état étant consolidé au 3 octobre 2020, aucun soin n'avait à être pris en charge après la date de consolidation et que le taux d'IPP était de 8 %, étant précisé que Mme F n'ayant pas remis en cause les conclusions de cette expertise, a fixé à moins de 25 % le taux d'IPP découlant de l'affection déclarée par l'intéressée et émis un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle ;
- dans ce cadre, après examen de l'entier dossier de l'agent, elle a, par arrêté du 20 décembre 2021, refusé de reconnaître la pathologie de l'intéressée en tant que maladie professionnelle, l'affection considérée étant hors tableaux des maladies professionnelles et l'incapacité permanente partielle constatée étant inférieure à 25 %, étant précisé que si la requérante a, par courrier du 16 février 2022, contesté le refus de reconnaissance d'une maladie professionnelle, son recours gracieux a été rejeté le 17 mars 2022 et qu'elle a intenté un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 20 décembre 2021 ;
- dès lors, la mesure d'expertise sollicitée ne présente en rien un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le juge, saisi du recours pour excès de pouvoir, pourrait décider d'ordonner, le cas échéant, dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction, sachant, en outre, que les certificats médicaux d'arrêts de travail établis par le docteur G, médecin généraliste traitant de l'agent, outre qu'ils sont antérieurs à l'expertise médicale du 1er juillet 2021, ne sauraient remettre en cause les conclusions du médecin agréé, spécialisé en psychiatrie, comme de la commission de réforme.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 15 juin 2022, Mme F née A conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".
2. La demande d'expertise présentée par Mme F née A, à qui une décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre a été opposée le 20 décembre 2021 et qui tend à ce qu'un homme de l'art se prononce sur le lien existant entre son état de santé et les conditions de l'exercice de son activité professionnelle, n'est, alors même que la requérante a déjà été examinée par un praticien agréé, nullement dépourvue d'utilité du fait de la requête au fond présentée par l'intéressée et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre Mme I F née A, d'une part et la commune de Toulouse, d'autre part.
Article 2 : L'expert aura pour mission :
- d'examiner Mme I F née A et prendre connaissance de son entier dossier médical ;
- de rechercher l'origine et les causes de la pathologie dont elle se plaint et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier l'imputabilité respective ;
- d'apprécier, notamment, si elle est en lien direct et dans quelle mesure avec son activité professionnelle au sein de la commune de Toulouse et avec les arrêts de travail dont elle a fait l'objet à compter du 21 mars 2019 ;
- d'apprécier, en tous ses éléments, le préjudice corporel de Mme I F née A qui a résulté pour elle de ses conditions de travail, en y distinguant la part éventuellement imputable à son état de santé antérieur ou à d'autres causes ;
- de retracer l'évolution de son état de santé et de faire connaître si, et le cas échéant, à quelle date, son état de santé peut être regardé comme consolidé ;
- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
- de fixer le taux d'invalidité permanente partielle dont elle reste atteinte et de déterminer la répercussion de cette invalidité sur l'activité de l'intéressée et sur ses conditions d'existence, de donner toute précision quant à la durée des éventuelles incapacités temporaires (totale et/ou partielle), d'évaluer l'importance des souffrances subies, du préjudice esthétique et d'agrément de la victime, de donner, plus généralement, toute indication utile à la détermination des différents éléments de son préjudice corporel et psychologique ;
- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond saisi du litige opposant Mme I F née A à son administration.
Article 3 : Le docteur C E, domicilié 185 avenue Thiers à Bordeaux (33100), est désigné pour procéder à l'expertise.
Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I F née A, à la commune de Toulouse et au docteur C E, expert.
Fait à Toulouse, le 24 janvier 2023
Le vice-président, juge des référés,
David B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026