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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202293

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202293

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202293
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP GEORGES DAUMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. C E et M. H E pris en sa qualité de curateur de M. C E, représentés par Me Dalbin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier de Montauban, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de Tarn-et-Garonne et de la SA Groupama Gan Vie, aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour M. C E des conditions de sa prise en charge le 16 juin 2019 par le service des urgences du centre hospitalier de Montauban ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. C E s'étant présenté aux urgences du centre hospitalier de Montauban le 16 juin 2019 à 13h09 pour des douleurs thoraciques alors que ce service était en grève ce jour-là, un électrocardiogramme a été réalisé à 13h20, sachant que si un médecin urgentiste, sans l'examiner, ni demander une biologie, a considéré qu'il n'y avait pas urgence à le prendre en charge, il a présenté à 15h10 ou 20 en salle d'attente des convulsions sur un probable bas débit cérébral et le docteur I constatant une fibrillation ventriculaire a alors délivré à 15h25 un choc électrique, étant précisé, d'une part, que l'électrocardiogramme a alors décrit un syndrome coronarien aigu avec sus décalage du segment ST et révélé un infarctus inférieur étendu, analysé aussi par une échocardiographie trans-thoracique réalisée par le docteur G avec une dysfonction du ventricule droit et une dilatation des cavités droites et, d'autre part, que pris en charge par l'équipe de réanimation vers 16h20, il a présenté de nouvelles salves de fibrillation ventriculaire nécessitant la délivrance de 5 chocs électriques externes en sus des traitements appropriés ;

- il a ensuite été pris en charge le même jour vers 18h00 à la clinique du Pont de Chaume où une thrombectomie avec recanalisation de la coronaire droite moyenne a été effectuée avec pose d'un stent actif ainsi qu'une angioplastie de la coronaire droite proximale avec également un stent actif, sachant qu'il a été ensuite transféré à 20h00 au service de réanimation du centre hospitalier de Montauban où il a séjourné jusqu'au 17 juin 2019, le courrier de sortie du docteur D indiquant de possibles séquelles d'anoxie cérébrale, étant précisé qu'il sera pris en charge dans le service de cardiologie du 18 juin au 2 juillet 2019 et que dès le 21 juin 2019 seront constatés une atteinte de la compréhension, des troubles cognitifs d'ordre exécutif, une désorientation temporo-spatiale et un trouble visuo-spatial ;

- il a ensuite poursuivi sa rééducation fonctionnelle neurologique, d'une part, au centre d'éveil Crf de Saint Blancard du 2 juillet au 26 août 2019 pour encéphalopathie post-anoxique avec aphasie, apraxie, agnosie et amnésie et, d'autre part, du 26 août au 26 septembre 2019 au centre Capou à Montauban pour avis et évaluation psycho comportementale dans un objectif de sevrage du traitement psychotrope en cours, étant précisé qu'il a été hospitalisé au service de cardiologie du centre hospitalier de Montauban du 27 septembre au 27 novembre 2019 pour soins pour escarre du talon gauche et rééducation orthophonique et qu'il a également été hospitalisé au pôle Ssr et gériatrie dudit centre hospitalier du 27 novembre 2019 au 13 mars 2020 pour des soins infirmiers au niveau d'une escarre talonnière gauche et, enfin, qu'il a été pris en charge du 16 juillet 2020 au 9 octobre 2020 à la clinique La Pinède à Saint-Nauphary ;

- il a alors saisi le 16 octobre 2020 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de la région Nouvelle-Aquitaine qui, à la suite du rapport d'expertise médicale déposé le 6 janvier 2021, a rendu le 6 mai 2021 son avis par lequel elle retient un manquement aux règles de l'art de la part du centre hospitalier de Montauban constitutif d'une perte de chance de 70 % d'éviter les graves séquelles qu'il présente, ladite commission considérant que le syndrome frontal avec troubles cognitifs et comportementaux est en lien exclusif et certain avec l'arrêt cardio-circulatoire suivi d'un bas débit de 15 à 20 minutes survenu à 15h20 le 16 juin 2019 au service des urgences du centre hospitalier de Montauban ;

- alors qu'il a été en arrêt de travail du 11 juin 2019 au 31 mars 2022 et qu'il a été licencié de son emploi de comptable le 28 janvier 2022, qu'il a été reconnu travailleur handicapé par décision de la Cdaph de Tarn-et-Garonne du 17 février 2022 et bénéficie d'une pension d'invalidité depuis le 26 novembre 2021, il est fondé à solliciter la mise en œuvre d'une expertise aux fins de déterminer si le centre hospitalier de Montauban a commis une faute dans sa prise en charge et les préjudices qui en ont résulté le concernant, étant précisé que selon les experts désignés par la Cci, il n'était pas consolidé au jour de l'expertise amiable et ne pouvait pas l'être avant le mois de juin 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le centre hospitalier de Montauban, représenté par la Scp G. Daumas, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte qu'il ne s'oppose pas, sous les plus expresses protestations et réserves de responsabilité, à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés des requérants et propose de compléter la mission à confier à l'expert qui déposera un pré-rapport ;

2°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise un relevé détaillé de ses débours afin de permettre l'ouverture des opérations d'expertise et à ce que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que ce relevé ne lui aura pas été communiqué et diffusé contradictoirement ;

3°) au rejet de la demande du requérant présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn :

1°) précise qu'elle entend intervenir dans l'instance mais qu'elle n'est pas en mesure de chiffrer sa créance définitive dès lors que son dossier est en cours de constitution et sollicite la réservation de ses droits dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise et déclare s'en remettre à justice quant à la mesure d'expertise sollicitée qui sera ordonnée aux frais avancés du requérant ;

2°) conclut au rejet de la demande du centre hospitalier de Montauban tendant à différer le démarrage des opérations d'expertise jusqu'à la communication par le tiers payeur d'un décompte des débours imputables au fait dommageable.

Elle soutient que :

- il n'appartient pas à une caisse de sécurité sociale de rechercher a priori avant le commencement de l'expertise quels peuvent être ses débours imputables au fait dommageable, la charge de la preuve incombant à la victime demanderesse et l'appréciation des causes des complications médicales comme des préjudices y afférents relevant de la mission de l'expert judiciaire ;

- dès lors que le rapport d'expertise judiciaire aura été déposé, elle le transmettra au praticien conseil du service médical en charge de suivre le recours contre les tiers et celui-ci déterminera alors les débours imputables au fait dommageable selon les considérations de l'expert ;

- elle ne dispose pas elle-même de ses propres médecins pour assister aux nombreuses opérations d'expertise judiciaire ou amiables contradictoires concernant quotidiennement ses assurés, étant précisé qu'elle bénéficie seulement, dans le cadre des missions de service public qui lui sont dévolues par l'Etat, du conseil des praticiens du service médical qui est autonome des caisses de sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la compagnie Gan Assurances précise que sa créance provisoire s'élève à un montant actuel de 2 062,87 euros et demande que lui soit communiquée la date de consolidation afin de pouvoir adresser sa créance définitive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. La demande d'expertise présentée par M. C E et M. H E, son curateur, entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du centre hospitalier intercommunal de Montauban à fin d'injonction :

3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du centre hospitalier intercommunal de Montauban tendant, d'une part, à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale en cause de produire sa créance et, d'autre part, à ce que l'expert diffère les opérations d'expertise dans l'attente de la production par l'organisme social du requérant d'un relevé détaillé de ses débours, doivent être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier de Montauban tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier de Montauban et de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn relatives à la prise en charge des frais d'expertise par les requérants ne peuvent en l'état qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. C E et M. H E, son curateur, d'une part, et le centre hospitalier de Montauban, d'autre part, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn et de la compagnie Gan Assurances.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner M. C E et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire l'état de santé de M. C E antérieurement à sa prise en charge le 16 juin 2019 par le service des urgences du centre hospitalier de Montauban ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge le 16 juin 2019 par le service des urgences du centre hospitalier de Montauban ;

- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises lors des actes médicaux dont il a fait l'objet à cette occasion ;

- de faire connaître, en particulier, si le diagnostic de son état a été correctement et complètement posé à cette occasion ;

- de faire connaître les lésions, affections et séquelles imputables à d'éventuels manquements dans l'établissement du diagnostic de son état ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. C E d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. C E et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. C E en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : Le docteur B F, domicilié résidence Cristal Chartrons appart. 52 23 avenue Emile Counord à Bordeaux (33300), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C E, à M. H E, son curateur, au centre hospitalier de Montauban, à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, à la compagnie Gan Assurances et au docteur B F, expert.

Fait à Toulouse, le 14 mars 2023

Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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