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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202509

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202509

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202509
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNASSIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 avril 2022, 2 mars et 9 août 2023, M. C B, représenté par Me Nassiet, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 en droits, intérêts et pénalités pour un montant de 63 135 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les sommes inscrites à son compte-courant d'associé correspondent à des charges assumées dans l'intérêt de la SARL (société à responsabilité limitée) 2AY et ne pouvaient dès lors être regardées comme des revenus distribués ;

- l'administration fiscale s'est placée à tort dans le champ de la présomption de distribution, ne rapporte la preuve de l'appréhension des sommes en litige.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 novembre 2022, 28 avril 2023 et 16 juillet 2024, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public ;

- et les observations de Me Nassiet.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL (société à responsabilité limitée) 2AY exploite un établissement de restauration rapide à Toulouse, " les Toulous'Hein ". Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant son exercice ouvert le 6 juillet 2015 et clos le 31 décembre 2016. Parallèlement, M. B, gérant et actionnaire de cette société, a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2015 et 2016, à l'issue duquel l'administration fiscale a constaté l'existence de revenus distribués. A la suite de cet examen, des impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et des prélèvements sociaux, au titre des années 2015 et 2016, ont été mises en recouvrement les 31 juillet et 30 septembre 2019. Ces impositions supplémentaires ont été contestées par des réclamations des 29 septembre, 2 novembre 2019 et 22 avril 2021, rejetées par décisions des 4 mars et 14 décembre 2021, cette dernière ayant été notifiée au contribuable le 2 mars 2022. Par sa requête, M. B demande la décharge de l'ensemble de ces impositions supplémentaires, en droits et pénalités.

En ce qui concerne la délimitation du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par décision du 28 avril 2023 postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administration fiscale a accordé un dégrèvement à M. B, en droits et majoration, de 18 803 euros, au titre de l'impôt sur le revenu des années en litige. Dès lors, ainsi que le fait valoir l'administration, il n'y a plus lieu de statuer, à hauteur de cette somme, sur ces conclusions.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions restant en litige :

3. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () /2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

4. D'autre part, il résulte des dispositions combinées de l'article 12 et du 3 de l'article 158 du code général des impôts que les sommes à retenir, au titre d'une année déterminée, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sont celles qui, au cours de ladite année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte courant sur lequel l'intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre de l'année d'imposition.

5. Il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité concernant la SARL 2AY a révélé l'existence de sommes injustifiées portées au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B pour des montants respectifs de 81 563 euros au 31 décembre 2015 et de 9 833,53 euros au 31 décembre 2016.

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, les dispositions du 2° de l'article 109-1 du CGI instaurent une présomption légale de distribution des sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé, sans que l'administration fiscale n'ait à établir que les sommes en cause ont été effectivement " désinvesties ", ou ne sont pas restées investies dans l'entreprise, cette condition jouant pour les seules distributions réalisées sur le fondement du 1° de l'article 109-1. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale s'est, à tort, placée dans le champ de la présomption de distribution doit être écarté.

7. En second lieu, M. B conteste le caractère imposable des sommes créditées sur son compte courant d'associé ouvert auprès de la SARL 2AY à hauteur de 65 385,40 euros en 2015 et de 9 833,53 euros en 2016. Il soutient à cet égard que ces sommes constituent la contrepartie d'une dette qu'il détient sur la SARL 2AY dès lors qu'il a réglé certaines de ses charges d'exploitation sur ses deniers personnels et produit pour la première fois, devant le juge de l'impôt, plusieurs chèques débités sur le compte bancaire qu'il détient au Crédit Mutuel CCM Toulouse Saint Cyprien, ainsi que des extraits d'un compte détenu auprès de ce même établissement.

8. En cours d'instance, l'administration fiscale a admis que quatre versements effectués en 2015 depuis ce dernier compte, ainsi qu'un versement supplémentaire ordonné en 2016, d'un montant respectif de 4 475,60 euros, correspondent au loyer mensuel du local commercial où est installé le restaurant " les Toulous'Hein ". Un dégrèvement de 18 803 euros a en conséquence été accordé à M. B, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement.

9. Le requérant produit en outre six chèques libellés à l'ordre de " USTA " pour des sommes de 291,17 euros, 160,78 euros, 160,78 euros, 551,97 euros, 551 ,97 euros et 236,74 euros, les 20 février, 12 mars, 3 avril, 3 avril 19 et 26 juin 2015. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces dépenses auraient été assumées dans l'intérêt de l'entreprise, les chèques n'étant assortis d'aucun élément de nature à étayer l'affirmation selon laquelle ils auraient été utilisés pour acheter de la viande surgelée destinée aux préparations proposées par l'établissement " les Toulous'Hein ". En outre, les sommes en question n'ont pas été reportées à son compte courant d'associé à l'exception de la somme de 236,74 euros réglée par chèque du 26 juin 2015, laquelle a toutefois été inscrite au débit, et non au crédit, de ce compte courant d'associé, le 6 juillet 2015. Dès lors, l'existence d'une dette que la SARL 2AY aurait vis-à-vis du requérant n'est pas établie.

10. M. B produit également deux chèques libellés à l'ordre de la société ART 2000, bailleur du local commercial accueillant le restaurant exploité par la SARL 2AY, les 26 mai et 24 décembre 2015, pour des montants de 2 961,30 euros et 3 650 euros. Outre qu'il ne précise pas à quoi correspond le premier d'entre eux, il ne résulte pas de l'instruction que la somme réglée en contrepartie de ce chèque aurait été reportée au crédit de son compte courant d'associé. Dès lors, il ne justifie pas avoir exposé ces dépenses dans l'intérêt de la société dont il est actionnaire.

11. S'il ressort des termes du bail commercial du 2 mars 2015 conclu entre M. B et la SARL ART 2000 que la somme de 3 650 euros correspond au loyer mensuel HT et hors charges dû pour l'occupation du local où est exploité le restaurant, il résulte de l'instruction qu'une somme de même montant a été portée non pas au crédit, mais au débit, de son compte courant d'associé, le 28 décembre 2015. Par suite, cette somme ne saurait être admise en réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.

12. Enfin, M. B se prévaut de neuf chèques libellés à l'ordre de la société Métro et d'un chèque établi au bénéfice de la société MMA, pour des montants de 116,66 euros, 180,60 euros, 173,07 euros, 107,04 euros, 178,11 euros, 136,59 euros, 171 euros, 165,57 euros, 107,70 euros et 286 euros les 11 et 16 février, 7 mai, 4, 17, 21, 23 et 25 juillet, 15 octobre 2015 et 26 février 2016. Toutefois, le grand livre tenu par la SARL 2AY au titre de l'exercice allant du 6 juillet 2015 au 31 décembre 2016 et détaillant les mouvements enregistrés au compte courant d'associé du requérant ne comporte pas d'écritures en lien avec ces dépenses. Ainsi, M. B n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que ces sommes ont été exposées dans l'intérêt de la SARL 2AY. Le moyen doit, en conséquence, être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes à concurrence du dégrèvement d'un montant de 18 803 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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