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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202557

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202557

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202557
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHEVENOT MAYS BOSSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 4 mai 2022, le 1er juin 2022 et le 2 février 2023, M. et Mme A, représentés par Me Laclau, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Brassac et son assureur à leur verser une somme totale de 25 681,25 euros en réparation des préjudices qu'ils imputent à un accident survenu le 5 août 2018, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Brassac et de son assureur les dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de la commune est engagée à raison de l'accident survenu le 5 août 2018 ; lors des olympiades organisées par la mairie et alors qu'elle était assise devant un muret de pierre de soutènement, une pierre est tombée sur sa main suite au passage de personnes situées en haut du muret ; elle a la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage public ; elle a été victime de fractures sur trois de ses doigts, dont une déplacée latérale externe ;

- le montant total des préjudices subis résultant de cet accident s'élève à la somme de 25 681,25 euros, lequel se décompose comme suit :

' s'agissant de Mme A, en sa qualité de victime directe :

* 631,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 6 050 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 4 000 euros au titre des souffrances endurées, évaluées à 2,5 / 7 ;

* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique, évalué à 1/7 ;

* 8 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

' s'agissant de M. A, en sa qualité de victime indirecte :

* 5 000 euros au titre de l'inquiétude de la dégradation de l'état de santé de son épouse et de ce qu'il doit être un soutien pour les tâches de la vie quotidienne.

Par un mémoire enregistré le 15 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Brassac et son assureur à lui verser la somme de 1 010,76 euros correspondant au montant du remboursement des prestations versées assorties des intérêts de droit au jour de la date d'enregistrement de sa demande ;

2°) de condamner la commune de Brassac et son assureur à lui verser la somme de 336,92 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

Elle soutient que :

- elle est recevable à demander le remboursement des prestations qu'elle a servies à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L.376-1 du code de la sécurité sociale ;

- Mme A a été victime d'un accident dont la responsabilité incombe à la commune de Brassac.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la commune de Brassac et son assureur, représentés par Me Thévenot, concluent :

1°) à titre principal au rejet de la requête de M. et Mme A ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des demandes indemnitaires de Mme A soit ramené à la somme de 8 698,75 euros, au rejet des conclusions indemnitaires qu'elle a formulées au titre du préjudice d'agrément et au rejet les conclusions indemnitaires de M. A.

Ils font valoir que :

- le lien de causalité entre le dommage subi et l'ouvrage public n'est pas établi ;

- la somme réclamée à titre indemnitaire doit être ramenée à de plus justes proportions ;

- le préjudice d'agrément et les préjudices de M. A ne sont pas établis.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me Babey, représentant M. et Mme A, E, représentant la commune de Brassac et son assureur, la société Axa France.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 août 2018, Mme A a participé à la fête annuelle du village de Brassac. Alors qu'elle assistait à des Olympiades en qualité de spectatrice, la chute d'une pierre lui a occasionnée une fracture de trois doigts de la main gauche. Par une ordonnance du 7 avril 2020, le juge des référés du tribunal judicaire de Foix a désigné le Dr D en qualité d'expert, laquelle a rendu son rapport le 21 novembre 2020. Par une lettre du 2 mars 2022, M. et Mme A ont formulé une demande préalable auprès de la commune de Brassac en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'ils ont subis suite à la survenance cet accident. En l'absence de réponse à leur demande, les requérants demandent au tribunal de condamner la commune de Brassac et son assureur à leur verser une somme totale de 25 681,25 euros en réparation de ces préjudices.

Sur la responsabilité sans faute de la commune de Brassac :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction que la place du village de la commune de Brassac, lieu des festivités qui se sont déroulées le 5 août 2018, se situe au pied de la mairie et est composée d'une partie haute et d'une partie basse séparées par un mur de soutènement composé de pierres sèches. Il n'est pas contesté que ce mur de soutènement, situé sur le domaine public de la commune, constitue un ouvrage public. Mme A, qui a la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage que constitue ce mur, s'est installée en partie basse de la place et a été victime de la chute d'une pierre ayant heurté sa main gauche. Si les défendeurs soutiennent qu'aucun élément ne permet d'établir que la pierre qui a chuté provient du mur de soutènement, il résulte des deux attestions de témoins et de la déclaration de sinistre établie par les co-présidents du comité des fêtes de la commune de Brassac, tous trois concordants, que le passage d'une spectatrice sur le mur de soutènement est à l'origine de la chute de la pierre qui a heurté la main de Mme A. En outre, les défendeurs ne peuvent sérieusement soutenir que la pierre pourrait provenir de la partie haute de la place alors qu'il résulte des photographies produites au dossier que cette partie est enherbée, plane et dépourvue de pierre. Dans ces conditions, le dommage survenu le 5 août 2018, qui eu égard à sa nature présente un caractère accidentel, trouve sa cause directe et certaine dans la chute d'une pierre provenant du mur de soutènement. Par suite, Mme A, en sa qualité de tiers par rapport à l'ouvrage en cause, est fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Brassac.

Sur l'indemnisation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices subis par Mme A, victime directe :

4. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A peut être fixée au 25 février 2019.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

5. Il résulte du rapport d'expertise que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 25% du 5 août 2018 au 7 septembre 2018, puis à hauteur de 10% du 8 septembre 2018 au 25 février 2019. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à Mme A la somme de 384 euros.

Quant aux souffrances endurées :

6. Il résulte de l'instruction que Mme A a supporté des souffrances évaluées par l'expert à un niveau de 2,5 sur une échelle de 1 à 7, lesquelles résultent de l'immobilisation qu'elle a subi pendant un mois ainsi que des séances de rééducation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant une somme de 2 500 euros.

Quant au préjudice esthétique :

7. Il résulte du rapport d'expertise que Mme A a subi un préjudice esthétique évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7 en raison de sa cicatrice et de l'attitude vicieuse du 5ème doigt. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 850 euros.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

8. Il résulte du rapport de l'expert que Mme A est atteinte d'un déficit fonctionnel de 5 %, lié à l'ankylose des deux articulations interphalangiennes du 5ème doigt gauche ainsi que la majoration de 10° flessum de P1/P2 du 4ème doigt. Ce préjudice doit être évalué à la date de sa consolidation, soit le 25 février 2019, alors que Mme A était âgée de soixante-quatre ans. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à la requérante une somme de 5 300 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

9. Si Mme A fait valoir qu'elle ne peut plus pratiquer ses activités de loisirs, telles que le vélo ou le jardinage, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle pratiquait ces activités avec une intensité telle que cela justifierait une indemnisation distincte de celle déjà accordée au titre du déficit fonctionnel permanent.

En ce qui concerne les préjudices subis par M. A, victime indirecte :

10. Si M. A a droit à la réparation des préjudices qu'il a subis en propre du fait de sa qualité de victime indirecte de l'accident dont a été victime son épouse, il lui appartient de justifier devant le tribunal du bien-fondé de ses prétentions indemnitaires. A cet égard, il doit être regardé comme faisant valoir un préjudice moral résultant de l'inquiétude de la dégradation de l'état de santé de son épouse et de ce qu'il doit être un soutien pour les tâches de la vie quotidienne en raison de son déficit fonctionnel permanent. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Brassac et son assureur à verser à M. et Mme A une somme totale de 9 534 euros. Cette somme portera intérêts au légal à compter du 2 mars 2022, date de leur demande indemnitaire préalable. Les intérêts, dont la capitalisation a été demandée dans la requête introduite le 4 mai 2022, seront capitalisés au 2 mars 2023 pour produire intérêts à compter de cette date puis à chaque échéance annuelle à compter de la même date.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn :

12. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn justifie, par la production d'une " notification définitive des débours ", que les frais médicaux et pharmaceutiques qu'elle a supportés du fait des soins, reçus par son assurée et présentant un lien avec l'accident en cause, s'élèvent à la somme de 1 010,76 euros pour la période du 5 août 2018 au 21 février 2019. Cette somme doit ainsi être mise à la charge de la commune de Brassac et de son assureur et portera intérêt au taux légal à compter du 15 juin 2022, date d'enregistrement de son mémoire au greffe du tribunal.

13. En second lieu, en application des dispositions combinées des articles L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion, eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn tel que mentionné au point précédent, cette caisse a droit au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu soit 336,92 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Il y a lieu de condamner la commune de Brassac et de son assureur à lui verser cette somme.

Sur les frais liés au litige :

14. En premier lieu, les frais d'une expertise ordonnée par le juge judiciaire ne relèvent pas des dépens de l'instance devant le juge administratif. En l'espèce, M. et Mme A n'établissent pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Dans ces conditions, leur demande tendant à ce que les dépens soient mis à la charge des défendeurs doit être rejetée.

15. En second lieu, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Brassac et de son assureur une somme de 1 500 euros à verser aux époux A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Brassac et son assureur sont condamnés à verser à M. et Mme A une somme totale de 9 534 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 mars 2022. Les intérêts échus à la date du 2 mars 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Brassac et son assureur sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn une somme de 1 010,76 euros au titre des prestations qu'elle a versées à Mme A. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 juin 2022.

Article 3 : La commune de Brassac et son assureur sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn une somme de 336,92 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : La commune de Brassac et son assureur verseront à M. et Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. C A, à la commune de Brassac, à la société AXA France et à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIER

Le greffier,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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