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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202717

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202717

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202717
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022 Mme F A, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une contribution spéciale d'un montant de 15 000 euros, ensemble la décision du 9 mars 2022 rejetant le recours gracieux qu'elle a formé contre la décision du 17 novembre 2021 ainsi que le titre de perception émis le 26 novembre 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, de la dispenser du paiement de cette contribution ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions en litige ont été édictées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; les faits ne sont pas suffisamment établis ; M. C D, qu'elle ne connaît pas, a utilisé son compte Deliveroo sans l'en informer ;

- elle est disproportionnée compte tenu de sa situation économique ;

Par un mémoire, enregistré le 1er septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées. :

- le rapport de M. Rives,

- et les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1.Par une décision du 17 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de Mme A la somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi d'un ressortissant guinéen en situation irrégulière sur le territoire français. Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision par un courrier du 18 janvier 2022, rejeté par décision du 9 mars 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que du titre de perception émis le 26 novembre 2021 pour le recouvrement de la contribution spéciale.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2.En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme E B, cheffe du service juridique et contentieux, signataire des décisions du 17 novembre 2021 et du 9 mars 2022, pour prendre toutes décisions au titre de la mise en œuvre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à compter du 1er janvier 2020. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait, et doit, par suite, être écarté.

3.En second lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Et aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution () ". En vertu de l'article R. 8253-1 de ce code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

4.Il résulte de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

5.La qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. À cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique, fût-il indirect, de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

6.D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du 26 mai 2021 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. C D, ressortissant guinéen en situation irrégulière, a été interpellé dans le cadre d'un contrôle d'identité alors qu'il circulait à vélo et portait sur le dos un sac de livraison portant l'inscription de la société " Deliveroo ". Les agents de la police judiciaire on en outre constaté, au cours de ce contrôle, que M. D utilisait le compte " Deliveroo " dont Mme A était titulaire. Au cours de son audition, M. D a déclaré percevoir une commission de 45 % sur les revenus générés par les courses réalisées avec ce compte. Si Mme A soutient qu'elle ne connaît pas M. C D et qu'elle a seulement permis à un ami, M. G D, qui séjourne régulièrement sur le territoire français, d'utiliser son compte, de telles allégations, qui ne sont étayées par aucune pièce versée au dossier, ne permettent pas de renverser les indices objectifs de subordination entre elle et M. C D, relevés par les services de police. Dans ces conditions, M. C D doit être regardé comme ayant travaillé pour le compte et sous l'autorité de Mme A. Par suite, les moyens tirés de l'absence de matérialité des faits, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7.D'autre part, Mme A se prévaut, au soutient du moyen tiré de la disproportion de la sanction litigieuse, de sa qualité de simple livreuse sous couvert d'un contrat de prestation de service conclu avec une plateforme de livraison, activité dont elle indique retirer des gains très modestes. Toutefois, ces seules allégations ne suffisent pas à justifier, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés et de l'exigence de répression effective des infractions, que les circonstances propres à l'espèce seraient d'une particularité telle qu'elles nécessiteraient que la société requérante soit dispensée de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire.

8.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Cherrier, présidente,

- M. Rives, premier conseiller,

- Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

A. RIVESLa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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