mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202721 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 5 |
| Avocat requérant | DAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. B E A, représenté par Me Dailly, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) à lui verser une somme de 3 963,25 euros en réparation du préjudice financier subi pendant les périodes du 21 au 30 septembre 2021 et du 16 novembre 2021 au 3 janvier 2022 de suspension de ses fonctions ;
2°) de mettre à la charge de l'INSERM une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions des 22 septembre et 22 novembre 2021 de suspension de ses fonctions pendant les périodes du 21 au 30 septembre 2021 et du 16 novembre 2021 au 3 janvier 2022 sont illégales ; en premier lieu, elles sont entachées d'un vice d'incompétence de sa signataire ; en deuxième lieu, elles sont contraires au principe de non-rétroactivité des actes administratifs ; en troisième lieu, c'est à tort qu'elles énoncent qu'il est soumis à l'obligation vaccinale contre la covid-19 ; en dernier lieu, alors qu'il pourrait être intégralement placé en télétravail ou réaffecté sur un autre site, elles créent une rupture d'égalité avec les autres agents de l'INSERM ;
- compte tenu de l'illégalité des décisions de suspension en cause, il est fondé à demander l'indemnisation des salaires qui n'ont pas été versés pendant les périodes de suspension, intervenues du 21 au 30 septembre 2021 et du 16 novembre 2021 au 3 janvier 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l'INSERM conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 4 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2023.
L'INSERM a produit un mémoire complémentaire, enregistré après clôture, le 19 mars 2024, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure,
- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E A, ingénieur de recherche contractuel à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), est affecté à l'institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC), à Toulouse. Par des décisions des 22 septembre 2021 et 22 novembre 2021, le délégué régional Occitanie Pyrénées de l'INSERM l'a suspendu de ses fonctions sans rémunération du 21 au 30 septembre 2021, date à partir de laquelle l'agent a été placé en congés, puis à nouveau à compter du 16 novembre 2021, en l'absence de présentation d'un justificatif de vaccination contre la covid-19. Par la présente requête, M. E A demande de condamner l'INSERM à lui allouer une somme de 3 963,25 euros en réparation du préjudice financier qui en est résulté.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / III. - Le I ne s'applique pas aux personnes chargées de l'exécution d'une tâche ponctuelle au sein des locaux dans lesquels les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3° et 4° du même I exercent ou travaillent ". Son article 13 dispose que " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 (). 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes du I B de l'article 14 de la même loi : " A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ". Aux termes du III de ce même article : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
3. Il résulte des dispositions précitées des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, d'une part, qu'il appartient aux établissements de soins de contrôler le respect de l'obligation vaccinale de leurs personnels soignants et agents publics et, le cas échéant, de prononcer une suspension de leurs fonctions jusqu'à ce qu'il soit mis fin au manquement constaté et, d'autre part, que l'appréciation selon laquelle les personnels ne remplissent pas les conditions posées par ces dispositions, ne résulte pas d'un simple constat, mais nécessite non seulement l'identification du cas, parmi ceux énumérés par le I de l'article 12, dans lequel se trouve l'agent, mais également l'examen de la validité des justificatifs en matière vaccinale ou de contre-indications médicales produits le cas échéant par l'agent au regard de ces dispositions législatives et des dispositions réglementaires prises pour leur application. Par suite, contrairement à ce que soutient l'INSERM, l'administration n'était pas en situation de compétence liée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée est opérant.
4. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que M. C D, délégué régional Occitanie Pyrénées de l'INSERM, qui a signé la décision du 12 septembre 2021 aurait reçu une délégation de la part du président de l'INSERM à effet de signer les décisions, telles que celle en cause, de suspension d'agents de l'Institut. Par suite, M. E A est fondé à soutenir que la décision du 22 septembre 2021 a été signée par une autorité incompétente pour ce faire et est, pour ce motif, illégale.
5. D'autre part, par un jugement n° 220098, devenu définitif, en date du 13 février 2024, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision de suspension de fonctions de M. F en date du 22 novembre 2021, au motif tiré de l'incompétence de sa signataire.
6. Toutefois, si l'intervention d'une décision entachée d'illégalité externe peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, elle ne saurait donner lieu à réparation si, en l'absence de ce vice, la même décision aurait pu légalement être prise.
7. Or, en premier lieu, l'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi qu'un critère professionnel pour y inclure les professionnels de santé. Le législateur a ainsi entendu à la fois protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19 et éviter la propagation du virus par les professionnels de la santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage. L'article 14 de la loi du 5 août 2021 prévoit que seuls les professionnels exerçant dans des établissements de santé ayant satisfait à cette obligation puissent continuer à exercer leur activité à compter du 15 septembre 2021. Dès lors, les professionnels de santé n'ayant pas satisfait à cette obligation se voient interdits d'exercer jusqu'à la régularisation de leur situation.
8. Il résulte de l'instruction que l'institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC), au sein duquel M. E A exerce ses fonctions, se situe dans l'enceinte du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse, sur le site de Rangueil. Si le requérant soutient que cet institut y est installé dans des bâtiments indépendants du CHU, il apparaît néanmoins que des praticiens-hospitaliers et des professeurs des université-praticiens-hospitaliers (PUPH) y exercent des activités de recherche. Ainsi, et alors même que lesdites activités ne constitueraient pas, pour ces professionnels hospitaliers, leur activité principale, ces derniers sont nécessairement amenés à côtoyer, dans ces locaux, les autres personnels relevant de cette structure de recherche. Dans ces conditions, et eu égard à l'objectif poursuivi par la loi rappelé au point précédent, M. E A n'est pas fondé soutenir que c'est à tort que l'INSERM a considéré qu'il était soumis à l'obligation vaccinale contre la covid-19 et l'a suspendu de ses fonctions à raison du non-respect de cette obligation.
9. En deuxième lieu, il résulte des dispositions combinées de l'article 41 de la loi du
9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière applicable au litige et désormais repris aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique, du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et du III de l'article 14 de la même loi que si l'administration peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
10. Si M. E A soutient que les mesures de suspension de fonctions seraient illégales en tant qu'elles ont pris effet à compter du 21 septembre 2021 et du 16 novembre 2021, il n'établit ni même n'allègue avoir été placé en congé de maladie. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions des 22 septembre et 22 novembre 2021 seraient entachées de rétroactivité illégale.
11. En troisième lieu, l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ne prévoyant pas d'alternative à la vaccination, le télétravail ou la proposition d'un poste non soumis à l'obligation vaccinale ne peuvent être regardés comme des moyens de régulariser la situation de M. E A, au sens de ces dispositions. Ainsi, il ne ressort pas des dispositions de la loi du 5 août 2021, ni d'aucun principe, que l'INSERM, après avoir constaté que l'agent ne remplissait pas les conditions d'exercice de son emploi, telles que fixées par l'article 12 de la loi précitée, aurait été tenu de lui proposer un autre poste, ou de lui proposer d'exercer en télétravail, avant d'adopter la décision de suspension en cause.
12. En dernier lieu, les agents du I2MC se trouvent dans une situation différente des autres agents de l'INSERM, dont les locaux ne se situent pas dans l'enceinte du CHU. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que d'autres agents du I2MC, placés dans la même situation que le requérant, auraient été placés en position intégrale de télétravail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les décisions des 22 septembre et 22 novembre 2021 ne sont pas illégales pour d'autres motifs que celui tiré de l'incompétence de leur signataire et qu'elles sont justifiées au fond. Ainsi, il résulte de l'instruction que les mêmes décisions auraient pu être légalement prises par une personne disposant d'une délégation de signature régulière pour ce faire. Dès lors, le préjudice que le requérant soutient avoir subi du fait de l'illégalité de ces décisions ne peut être regardé comme la conséquence du vice de légalité externe dont elles sont entachées. Les conclusions de M. E A à fin d'indemnisation fondées sur l'illégalité fautive de ces décisions doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'INSERM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. E A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La magistrate désignée,
B. MOLINA-ANDRÉO
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026