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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202769

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202769

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. A C, représenté par Me Oliel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, pour un montant global de 192 532 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en prononçant, à l'encontre de la SARL Dance and Circus Sud, un rappel d'impôt sur les sociétés au motif que la société aurait procédé à la cession d'une immobilisation (bateau modèle Scarab 195) sans inclure le produit résultant de cette cession dans sa base imposable à l'impôt sur les sociétés, dès lors que ladite cession a été réalisée par lui en son nom propre et non par la SARL Dance and Circus Sud qui lui avait préalablement cédé le bien ;

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en remettant en cause la comptabilisation en immobilisation des dépenses relatives à l'utilisation des deux bateaux modèle Scarab, aux deux remorques Galaxy et au véhicule quad Polaris, qu'elle a considéré à tort comme étant non engagées dans l'intérêt de la société ou comme ne concernant pas directement l'activité commerciale de la société.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Dance and Circus Sud, dont l'un des associés est M. C, a pour objet social les arts du spectacle vivant, la danse, le rock acrobatique, les activités chorégraphiques, la production de spectacle vivant, les prestations de services, les locations de courte durée de véhicules à moteur et de tout autre engin mécanique, tous autres objets similaires ou connexes. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 31 mai 2018 uniquement pour la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Tirant les conséquences de cette vérification, par une proposition de rectification du 6 novembre 2018, l'administration fiscale a notifié à M. C son intention de procéder à des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, considérant que les revenus distribués constatés dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Dance and Circus étaient constitutifs de revenus de capitaux mobiliers imposables entre ses mains, sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts. Par trois avis d'imposition du 10 décembre 2020, mis en recouvrement le 31 décembre 2020, l'administration a mis en recouvrement les sommes respectives de 30 734 euros au titre de l'année 2015, 80 468 euros au titre de l'année 2016 et 27 466 euros au titre de l'année 2017, correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu. Par trois avis d'imposition du 11 décembre 2020 mis en recouvrement le 31 décembre 2020, l'administration fiscale a mis en recouvrement les sommes de 13 912 euros au titre de l'année 2015, 28 512 euros au titre de l'année 2016 et 11 140 euros au titre de l'année 2017, correspondant aux cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux. A la suite du rejet, par une décision du 18 mars 2022, de sa réclamation préalable formée le 2 février 2021, M. C demande la décharge de la totalité des sommes mises à sa charge par ces six avis d'imposition, représentant un montant global de 192 532 euros.

Sur la charge de la preuve :

2. Dans l'hypothèse où, comme en l'espèce, le contribuable a produit des observations à la proposition de rectification dans le délai légal, il incombe à l'administration de prouver le bien-fondé de l'imposition, dans la mesure où celle-ci a été établie sur des bases supérieures au chiffre déclaré par le contribuable.

3. Par ailleurs, si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

Sur les conclusions à fin de décharge :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. (), le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

En ce qui concerne les revenus distribués en lien avec le bateau Scarab 195 :

5. Pour réintégrer dans les revenus imposables au titre de l'année 2018 en qualité de revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts la somme de 28 000 euros, l'administration fiscale a considéré que cette somme, qui correspond au prix toutes taxes comprises issu de la vente d'un bateau Scarab 195 et de sa remorque par la SARL Dance and Circus à l'EURL Seventeen Jet et Parts, diminué du prix toutes taxes comprises issu de la cession du même bateau par la SARL Dance and Circus à M. C, et qui n'a pas été inscrite dans la comptabilité de la SARL Dance and Circus, constituait des revenus distribués au profit de M. C.

6. M. C soutient que contrairement à ce qu'a retenu l'administration fiscale, le bateau modèle Scarab 195 a été vendu à l'EURL Seventeen Jet et Parts non par la SARL Dance and Circus Sud mais par lui-même, et ce le 3 mars 2017 et non le 25 janvier 2017. Il produit, au soutien de ses prétentions, l'acte de vente du 13 janvier 2017 par lequel la SARL Dance and Circus Sud lui a vendu ledit bateau pour la somme de 10 000 euros, la facture correspondant à cette vente, les extraits du grand livre et du livre journal de la SARL Dance and Circus Sud faisant apparaître, au 13 janvier 2017, la sortie d'actif et la vente réalisée à son profit, une attestation du gérant de la société VDR Yachting certifiant qu'il a fait réparer et nettoyer son bateau Scarab 195 au sein de son établissement en janvier et février 2017, et un acte de vente du 3 mars 2017 par lequel il a revendu ledit bateau à l'EURL Seventeen Jet et Parts pour la somme de 38 000 euros, qui lui a été réglée en cinq chèques. Sur demande du tribunal, l'administration fiscale a produit les documents qu'elle a obtenus lors de l'exercice de son droit de communication dans le cadre de la vérification de la SARL Dance and Circus Sud. Ceux-ci consistent en une facture d'avoir émise par l'EURL Seventeen Jet et Parts le 25 janvier 2017 à l'attention de la SARL Dance and Circus relativement à la reprise par la première à la seconde d'un bateau Scarab 195 et de sa remorque, la copie des cinq chèques ayant servi au règlement échelonné de la somme de 38 000 euros, les extraits des comptes de l'EURL Seventeen Jet et Parts, ainsi que des documents obtenus auprès du bureau des affaires maritimes de la Rochelle faisant apparaître pour seuls propriétaires du bateau et de la remorque en cause la SARL Dance and Circus de juin 2015, date de son immatriculation à février 2018, date de sa cession à un particulier.

7. La facture d'avoir éditée par l'EURL Seventeen Jet et Parts, au profit de la SARL Dance and Circus, le 25 janvier 2017, qui est un document comptable permettant de rectifier ou d'annuler une facture de vente précédemment émise, et la comptabilisation de l'opération dans le compte client 411 de la société Seventeen Jet and Parts, sous la forme d'une " reprise " et de cinq " remboursements " pour des montants respectifs de 8 000, 10 000, 7 000, 7 000 et 6 000 euros, permettent d'établir que l'objet de cette opération a porté sur la reprise, par l'EURL Seventeen et Parts, du bateau Scarab 195 impulse et de sa remorque de la marque Galaxie, qu'elle avait vendus à la SARL Dance and Circus le 10 mai 2015. Ainsi, ces biens, qui ont fait l'objet d'une reprise par le vendeur initial, n'ont pas pu être vendus le 13 janvier 2017 à M. C et revendus par ce dernier à l'EURL Seventeen Jet et Parts le 3 mars 2017. Il résulte en outre de l'instruction que les chèques par lesquels l'EURL Seventeen jet et Parts a reversé à la SARL Dance and Circus le prix de ces biens (31 666,67 euros hors taxe, soit 38 000 euros toutes taxes comprises) ont été émis au nom de M. C et que celui-ci n'a restitué que 10 000 euros à cette dernière. Dans ces conditions, le solde de 28 000 euros s'analyse en un revenu distribué entre les mains de M. C, cette distribution présentant un caractère occulte dès lors qu'elle n'a pas été explicitement comptabilisée dans les écritures de la SARL Dance and Circus. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé la somme de 28 000 euros entre les mains de M. C en qualité de revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux fondés sur la qualification de revenus distribués imposables entre ses mains en qualité de revenus de capitaux mobiliers de la somme de 28 000 euros issue d'une transaction portant sur le bateau Scarab 195.

En ce qui concerne les dépenses considérées comme non engagées dans l'intérêt de l'exploitation ou ne concernant pas directement l'activité commerciale de l'entreprise :

9. M. C soutient que les dépenses relatives à deux bateaux Scarab 195 et 255, à leurs remorques Galaxy et au véhicule quad Polaris ont été, contrairement à ce qu'a retenu l'administration fiscale, engagées dans l'intérêt de l'exploitation, conformément à l'objet social de la SARL Dance and Circus Sud, au titre de son activité de location de bateaux. Il résulte toutefois de l'instruction que les factures produites par M. C au soutien de ses prétentions, relatives à la location du bateau Scarab 255 pour les journées des 7, 12 et 15 août et 8 septembre 2018, sont postérieures aux années d'imposition en litige. Au demeurant, outre qu'elles mentionnent des adresses des destinataires incomplètes, elles sont contredites par le constat d'huissier en date du 7 mai 2019 produit par la requérante mentionnant 12 heures au compteur de ce bateau. Dans ces conditions, M. C ne rapporte pas la preuve qui lui incombe que les charges litigieuses ont été engagées dans l'intérêt de l'exploitation ou concernaient directement l'activité commerciale de la SARL Dance and Circus Sud. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que ces charges ont été engagées dans un intérêt étranger à celui de la SARL Dance and Circus Sud et devaient être qualifiées de revenus distribués imposables entre les mains de M. C en qualité de revenus de capitaux mobiliers.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux fondés sur la qualification de revenus distribués imposables entre ses mains en qualité de revenus de capitaux mobiliers des dépenses se rapportant aux bateaux Scarab 195 et 255, aux remorques Galaxy et au quad Polaris.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'ayant pas entraîné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. C sont sans objet. Par suite, elles doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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