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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202949

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202949

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202949
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 mai 2022 et le 2 août 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société par actions simplifiées (SAS) VHF, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'amende de 50 % pour factures de complaisance et de la pénalité de 80 % pour abus de droit appliquées aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge au titre des exercices 2017, 2018 et 2019 pour un montant de 10 167 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'amende infligée en application du 1° du I l'article 1737 du code général des impôts est injustifiée ;

- la majoration pour abus de droit, infligée en application du b) de l'article 1729 du code général des impôts est infondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS VHF ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Rodriguez, représentant la SAS VHF.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées (SAS) VHF, qui exerce une activité de holding, est la société mère d'un groupe fiscalement intégré. Elle a été informée par un courrier du 30 juillet 2020 de l'ouverture d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a adressé, le 26 février 2021, une proposition de rectification mettant à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ainsi que des pénalités et amendes fiscales. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2021. Par une réclamation préalable du 25 octobre 2021, rejetée le 29 mars 2022, la SAS VHF a contesté ces impositions. Par sa requête, la SAS VHF demande la décharge des pénalités mises à sa charge en application des dispositions du 1° du I de l'article 1737 du code général des impôts et du b) de l'article 1729 du même code.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1737 du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : / 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ; () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut mettre l'amende ainsi prévue à la charge de l'auteur de la facture ou de son destinataire si elle établit que la personne concernée a, soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom.

3. Il résulte d'une part de l'instruction et en particulier de la proposition de rectification du 26 février 2021 que la visite du 8 octobre 2019 a mis en évidence que le bien situé route de Cahors, appartenant à la société civile immobilière (SCI) et pris à bail par la SAS VHF le 1er janvier 2018, n'avait pas, contrairement aux mentions figurant au contrat, une destination mixte mais était exclusivement affecté à l'habitation principale du gérant de la SAS et de sa famille. Il résulte également de l'instruction qu'au cours de ces opérations, l'administration fiscale a recueilli un document, qu'elle a enregistré sous le libellé " DGFIP-DNEF 034012 ", qui comprenait notamment une pièce intitulée " récupération de TVA " renfermant un schéma explicatif pour récupérer la TVA assortie de mentions manuscrites telles " TVA récupérable si la partie affectée à l'activité pro " et " si VHF locataire, cht statatut siège Rte Cahors, attention PC : bureau au lieu de chambre ".

4. D'autre part, l'administration a relevé l'existence d'un jeu d'écritures au bilan de l'exercice 2019 de la SAS VHF portant sur l'inscription d'une somme de 10 000 euros créditée au compte 213100 " construct. Apprt Montrouge " et d'une somme de 2 000 euros créditée au compte " TVA à régulariser " 445801 libellée " Régul Berges menuiserie ", accompagnées d'une écriture de 12 000 euros au débit du compte-courant du gérant de l'entreprise, lequel est par ailleurs occupant de l'immeuble, également libellée " Régul Berges menuiserie ". L'administration fiscale a alors adressé une demande de justifications à la société requérante, sans que cette dernière ne produise d'éléments permettant, d'une part, de s'assurer que cette facture concernait des travaux réalisés sur un bien situé à Montrouge, loué à l'une de ses sociétés fille, ainsi qu'elle le soutient et, d'autre part, d'expliquer le motif de l'inscription de la somme de 12 000 euros au compte-courant ouvert au nom de M. B. La SAS VHF n'apporte aucun justificatif probant devant le juge de l'impôt comme il lui est loisible de le faire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et au regard des qualités de M. B, occupant privatif de l'immeuble et gérant de la société, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve que la société requérante a sciemment accepté une facture falsifiée. En conséquence, c'est à bon droit que l'administration a regardé la facture n° 2017-03-036 comme une facture de complaisance et a infligé à la SAS VHF l'amende prévue au 1° du I de l'article 1737 du code général des impôts.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () / b. 80 % en cas d'abus de droit au sens de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales ; () ".

6. La charge de la preuve, en ce qui concerne les pénalités pouvant être infligées en cas d'abus de droit, est régie, non par les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, mais par celles de l'article L. 195 A du même livre, en vertu desquelles la preuve incombe à l'administration, et par celles de l'article 1729 du code général des impôts, lesquelles prévoient également qu'il appartient à l'administration d'établir le bien-fondé des pénalités en cas d'abus de droit. Lorsque les éléments invoqués par l'administration permettent de regarder comme établie l'existence d'un abus de droit au sens de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales mais ne permettent pas de justifier l'application de la majoration pour abus de droit au taux de 80 % prévue par le b de l'article 1729 du code général des impôts, il appartient au juge, alors même qu'il n'aurait pas été saisi d'une demande en ce sens, d'appliquer la majoration pour abus de droit au taux de 40 % et de substituer ce taux à l'autre en ne prononçant, en conséquence, que la décharge partielle de la pénalité contestée.

7. Il résulte du procès-verbal dressé à l'issue de la visite ordonnée par le juge des libertés et de la détention que l'immeuble pris à bail par la SAS VHF est exclusivement affecté à la résidence principale de son gérant et des membres de sa famille, cette destination ressortant également des plans du cabinet d'architecte concernant le bien. A cet égard, la circonstance que Louise et Julia B occupaient les fonctions de dirigeantes durant les années en litige ne saurait établir l'affectation d'une partie des locaux à une destination professionnelle alors que, d'une part, comme il a été dit au point 5, il n'est pas démontré que leur mandat s'accompagnait d'un travail réalisé dans l'intérêt de la société et, d'autre part, la visite domiciliaire ordonnée par le juge des libertés et de la détention a mis en évidence qu'aucune pièce de la résidence n'était aménagée en bureau. Il résulte en outre de l'instruction qu'au cours des opérations de visite, l'administration fiscale a pris connaissance de factures originales établies pour la réalisation de travaux d'aménagement d'une piscine et d'un pool house révélant le caractère mensonger des factures initialement présentées par la société requérante, lesquels indiquaient correspondre à la construction d'une annexe en vue d'accueillir des bureaux. Enfin, la visite ordonnée en application des dispositions prévues à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales a permis la saisine d'échanges de mails entre des membres du personnel de la SAS VHF et des sociétés spécialisées dans le bâtiment et l'aménagement demandant à ces dernières de ne pas mentionner de piscine dans le libellé des factures ou bien de remplacer la désignation de cet équipement par celle de " bureau ". En se fondant sur l'ensemble de ces éléments, l'administration a rapporté la preuve du caractère fictif du bail professionnel conclu le 1er janvier 2018 par la SAS VHF et, ainsi, de l'abus de droit imputable à la société requérante.

8. En outre, il résulte de l'instruction que le bail professionnel fictif a été conclu dans le seul but de permettre à la société requérante de collecter de la TVA sans la reverser, ainsi qu'en attestent les documents saisis lors de la visite domiciliaire ordonnée par le juge de la liberté et des détentions dont l'un portait la dénomination non-équivoque " récupération de TVA " et comportait en mention manuscrite " si VHF locataire, chgt statut siège Rte Cahors, attention PC : bureau au lieu de chambre ", et l'autre prenait la forme d'une liste de devis réalisés pour des travaux portant l'inscription " FACTURATION Charger sur la partie " bureaux " FC dit intitulés avec " bureaux " obligatoires //récupération TVA ". Il résulte en outre de l'instruction que la SAS VHF a déduit la TVA des loyers versés à la SCI Route de Cahors alors que le bien immobilier était affecté en exclusivité à l'habitation privative de son gérant et de sa famille. Ainsi, la société requérante doit être regardée comme étant le principal bénéficiaire de l'abus de droit. Par suite, l'administration fiscale a pu, à bon droit, mettre à sa charge la majoration prévue par les dispositions du b) de l'article 1729 du code général des impôts, au taux de 80 %.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions supplémentaires et des contributions sociales auxquelles la SAS VHF a été assujettie au titre des exercices 2017, 2018 et 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, la somme que la SAS VHF demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS VHF est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à La SAS VHF et au directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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