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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203199

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203199

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203199
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, régularisée le 17 juin 2022, des pièces enregistrées le 16 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 8 février 2023, Mme E C, représentée en dernier lieu par Me Langlois, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler les décisions du 25 janvier 2022 par lesquelles des indus de prime d'activité d'un montant initial de 1 235,25 euros pour la période de décembre 2019 à novembre 2020 et d'allocation de logement sociale sur la période d'octobre 2019 à décembre 2019 d'un montant de 324 euros ont été mis à sa charge, et en tant que de besoin, d'annuler la décision de rejet du recours gracieux du 11 mai 2022 ;

2) de mettre à la charge de la MSA Midi-Pyrénées Nord la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'indu est mal fondé ; lors d'une déclaration à laquelle elle a déclaré à la question " je suis en couple depuis le " elle a renseigné qu'elle était en couple depuis le 15 juillet 2019 alors que sa situation de concubinage n'a commencé qu'à compter du 1er mars 2020 ; elle a fait valoir son droit à l'erreur auprès de la MSA en lui communiquant les pièces justificatives, sans que cette dernière ne le prenne en compte ;

- ses droits ne doivent pas faire l'objet d'une régularisation à compter du 15 juillet 2019 mais à compter du 1er mars 2020 ;

- elle produit une attestation du bailleur et la résiliation de son abonnement électrique en date du 8 mars 2020 ;

- elle est dans une situation financière difficile ;

- elle est de bonne foi.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 novembre 2022, la MSA Midi-Pyrénées Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'indu est bien fondé ; les pièces justificatives communiquées par la requérante ne sont pas suffisantes pour établir que la situation de concubinage aurait commencé qu'à compter du 1er mars 2020 ;

- le moyen invoqué par la requérante est inopérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. F et les observations de Me Langlois, pour Mme C, qui persiste dans ses écritures, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est bénéficiaire de la prime d'activité. Le 11 février 2021, Mme C a transmis à la MSA Midi-Pyrénées Nord une déclaration de changement de situation indiquant un début de vie maritale avec M. B D à compter du 15 juillet 2019. Par un courrier du 25 janvier 2022, la MSA Midi-Pyrénées Nord a notifié à la requérante un indu de prime d'activité d'un montant de 1 235,25 euros pour la période de décembre 2019 à novembre 2020 suite au nouveau calcul de ses droits au regard de la prise en compte du début de sa vie maritale. Par un courrier du 17 février 2022, Mme C a demandé l'annulation de cette dernière décision faisant valoir son droit à l'erreur et que sa vie maritale n'avait effectivement commencé qu'à compter du 1er mars 2020, date de son emménagement avec son compagnon. Par la décision attaquée du 11 mai 2022, la MSA Midi-Pyrénées Nord a rejeté le recours de Mme C.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité :

2. A termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". A termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". A termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Selon l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; 3° Des enfants () ". A termes de l'article L. 843-2 du code de la sécurité sociale : " Sous réserve du respect des conditions fixées au présent titre, le droit à la prime d'activité est ouvert à compter de la date de dépôt de la demande ". A termes de l'article R. 843-1 du même code : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. II.- Pour chacun des trois mois mentionnés au I, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article L. 842-7 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré, sous réserve des dispositions des 1° et 2° ci-dessous () III.- Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré () ".

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Il résulte de l'instruction que pour mettre à la charge de Mme C un indu de prime d'activité, la MSA Midi-Pyrénées Nord s'est fondée sur la circonstance qu'au cours de la période en litige, l'intéressée avait commencé sa vie maritale avec son compagnon à compter du 15 juillet 2019, date mentionnée lors de sa déclaration de changement de situation. Toutefois, il ressort de l'instruction que, d'une part, Mme C fait valoir que son début de vie maritale n'a commencé qu'à compter du 1er mars 2020, date de son emménagement avec son compagnon, et que, d'autre part, il résulte des pièces versées à la procédure, et notamment du courrier de résiliation du contrat d'électricité de Mme C que cette dernière résidait au premier étage, appartement de gauche, lieu-dit La Fage à La Capelle Bleys jusqu'au 8 mars 2020, et que son compagnon vivait, quant à lui, depuis le 1er janvier 2019 au moins, à La Badenq Grande à Bor et Bar, nouvelle adresse à laquelle Mme C déclare avoir déménagé dans sa déclaration de changement de situation du 5 février 2021. Ainsi, au regard également de l'attestation sur l'honneur de l'ancienne propriétaire de Mme C faisant état que cette dernière vivait à la maison La Fage à La Capelle Bleys et de la dernière quittance de loyer datée de février 2020, il résulte des pièces du dossier que Mme C résidait à une adresse distincte de celle de M. D jusqu'au 1er mars 2020. De surcroît, la MSA n'apporte aucun élément permettant d'établir que Mme C et M. D résidaient à la même adresse à compter du 15 juillet 2019. Dans ces conditions, ces derniers ne peuvent être considérés comme constituant un foyer unique qu'à compter de la date du déménagement de Mme C, soit le 1er mars 2020. Par suite, Mme C est fondée à demander l'annulation de décision du 11 mai 2022 confirmant l'indu de prime d'activité laissé à sa charge d'un montant de 1 235,25 euros pour la période de décembre 2019 à novembre 2020 en tant qu'elle prend en compte de début de vie maritale à compter du 15 juillet 2019 et non du 1er mars 2020.

Sur la demande de frais de procès :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord, sur ce fondement, la somme de 1 500 euros au titre des frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 mai 2022 par laquelle la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord a rejeté la contestation de Mme C relative à un indu de prime d'activité d'un montant de 1 235,25 euros pour la période de décembre 2019 à novembre 2020 est annulée, en tant que la période de la constitution de l'indu est fixée prend effet avant le 1er mars 2020.

Article 2 : La mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme E C, à la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord et au ministre des solidarités.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Alain F Le greffier,

Baptiste Roets La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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