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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203370

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203370
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n°2203370 et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2022 et 11 avril 2024, M. A C, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 8 octobre 2020, d'un montant de 11 293 euros au titre de la première échéance de taxe d'aménagement, ensemble la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de la première échéance de taxe d'aménagement d'un montant de 11 293 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la requête est recevable ;

- le titre est entaché d'un vice de forme dès lors que l'autorité administrative ne justifie pas que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de son auteur ;

- le titre de perception en litige n'est pas fondé dès lors qu'il y a lieu d'exciper l'illégalité de la délibération de Toulouse Métropole n°DEL-18-0710 du 4 octobre 2018 qui instaure une taxe d'aménagement majorée ; son terrain se situant en zone UBa qui n'a pas vocation à se densifier et qui est déjà urbanisée, les conditions de nécessité et de proportionnalité des travaux ne sont pas justifiées ;

- la délibération de Toulouse Métropole n'énumère pas les travaux à réaliser, en méconnaissance de la circulaire du 18 juin 2013 relative à la réforme de la fiscalité de l'aménagement ;

- Toulouse Métropole ne saurait renverser la charge de la preuve et justifier que le taux de 16 % est proportionnel en faisant état de travaux qu'elle chiffre aléatoirement ; les recettes de taxe majorée excèderont pourtant largement le coût des travaux annoncé ;

- le titre de perception relatif à la taxe d'aménagement n'est pas fondé, dès lors qu'il a été pris en compte une surface de 222 m², intégrant l'escalier, en méconnaissance des articles L. 331-10 et R. 331-7 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, Toulouse métropole, représentée par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2303515 et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2023 et 11 avril 2024, M. A C, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 2 octobre 2022, d'un montant de 11 292 euros au titre de la deuxième échéance de taxe d'aménagement, ensemble la décision implicite de rejet de sa réclamation du 30 mai 2023 ;

2°) de prononcer la décharge de la deuxième échéance de taxe d'aménagement d'un montant de 11 292 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la requête est recevable ;

- le titre est entaché d'un vice de forme dès lors que l'autorité administrative ne justifie pas que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de son auteur ;

- le titre de perception en litige n'est pas fondé dès lors qu'il y a lieu d'exciper l'illégalité de la délibération de Toulouse Métropole n°DEL-18-0710 du 4 octobre 2018 qui instaure une taxe d'aménagement majorée ; son terrain se situant en zone UBa qui n'a pas vocation à se densifier et qui est déjà urbanisée, les conditions de nécessité et de proportionnalité des travaux ne sont pas justifiées ;

- la délibération de Toulouse Métropole n'énumère pas les travaux à réaliser, en méconnaissance de la circulaire du 18 juin 2013 relative à la réforme de la fiscalité de l'aménagement ;

- Toulouse Métropole ne saurait renverser la charge de la preuve et justifier que le taux de 16 % est proportionnel en faisant état de travaux qu'elle chiffre aléatoirement ; les recettes de taxe majorée excèderont pourtant largement le coût des travaux annoncé ;

- le titre de perception relatif à la taxe d'aménagement n'est pas fondé, dès lors qu'il a été pris en compte une surface de 222 m², intégrant l'escalier, en méconnaissance des articles L. 331-10 et R. 331-7 du code de l'urbanisme ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, Toulouse métropole, représentée par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mérard ;

- les conclusions de Mme Nègre-Le-Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me René, substituant Me Thalamas, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a obtenu par arrêté du 20 août 2020 un permis de construire une maison individuelle de 163,41 m² sur les parcelles cadastrées section AI n°221 et 223 à Gagnac-sur-Garonne (Haute-Garonne). Deux titres de perception ont été émis par la direction départementale des finances publiques du Tarn le 8 octobre 2021 et le 6 octobre 2022, respectivement d'un montant, de 11 293 euros et de 11 292 euros au titre de la première et deuxième échéance de taxe d'aménagement. Les réclamations contre les deux titres présentés par le requérant le 6 décembre 2021 et le 28 octobre 2022 ont chacune fait l'objet d'une décision implicite de rejet née du silence de six mois de l'administration. Par ses requêtes, M. C demande au tribunal d'annuler, les deux titres de perception émis le 26 octobre 2021 et le 6 octobre 2022, respectivement, d'un montant de 11 293 euros et 11 292 au titre de la taxe d'aménagement, ensemble les décisions implicites de rejet et de le décharger du paiement de ces sommes.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2203370 et n° 2303515 présentent à juger des mêmes questions relatives aux deux échéances de la même taxe d'aménagement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur le bien-fondé des titres de perception du 8 octobre 2021 et du 6 octobre 2022 :

En ce qui concerne la légalité de la délibération de Toulouse Métropole du 4 octobre 2018 :

3. Aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement, sous réserve des dispositions des articles L. 331-7 à L. 331-9. Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article (). Aux termes de l'article L. 331-15 du même code : " Le taux de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement peut être augmenté jusqu'à 20 % dans certains secteurs par une délibération motivée, si la réalisation de travaux substantiels de voirie ou de réseaux ou la création d'équipements publics généraux est rendue nécessaire en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ces secteurs. / Il ne peut être mis à la charge des aménageurs ou constructeurs que le coût des équipements publics à réaliser pour répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier dans ces secteurs ou, lorsque la capacité des équipements excède ces besoins, la fraction du coût proportionnelle à ceux-ci. En cas de vote d'un taux supérieur à 5 % dans un ou plusieurs secteurs, les contributions mentionnées au b du 1°, aux b et d du 2° et au 3° de l'article L. 332-6-1 ne sont plus applicables dans ce ou ces secteurs. "

4. La légalité d'une délibération de l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale, prise en application de l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme, d'appliquer dans certains secteurs d'une commune un taux majoré pour le calcul de la taxe d'aménagement est subordonnée à la condition que ce taux soit proportionné au coût des travaux de voirie ou de création d'équipements publics rendus nécessaires en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans les secteurs en cause, et ne peut se déduire de la seule absence de tout élément permettant de considérer que les équipements et aménagements prévus excèderaient les besoins du secteur. Il appartient donc aux établissements qui entendent augmenter leur taux de taxe d'équipement au-delà de 5 % dans un secteur du territoire d'une commune de chiffrer ce coût ou cette fraction du coût, sur la base d'estimations justifiées, et de déterminer l'augmentation nécessaire de ce taux pour couvrir cette dépense.

5. Il résulte de l'instruction que, par une délibération du 4 octobre 2018, le conseil communautaire de Toulouse Métropole, a instauré une taxe d'aménagement majorée à 16 % " Route de la Plage (RD 63), rue de la Voie Romaine " sur les communes de Lespinasse et Gagnac-Sur-Garonne, exigible à compter du 1er janvier 2019, au bénéfice de Toulouse Métropole pour l'amélioration de la voirie et des réseaux.

6. Pour justifier cette majoration de la part intercommunale, la délibération du 4 octobre 2018 se borne à indiquer que les secteurs situés le long de la route de la Plage et de la rue de la Voie Romaine, sur les communes de Lespinasse et de Gagnac-sur-Garonne présentent un potentiel de constructibilité important, identifié dans des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) au PLUi-H. Elle ajoute que sont ainsi prévues les OAP de la Beauté et Voie Romaine, et du Vieux Moulin 1 et 2 à Gagnac-sur-Garonne et qu'à cela s'ajoute un potentiel de développement dans le diffus. Par ailleurs, à moyen terme, l'Espagnoulet à Gagnac-sur-Garonne est également appelé à se densifier. Enfin, le développement de ces secteurs doit être accompagné de travaux de réseaux et de voiries comme " notamment " l'aménagement de la rue de la Voie Romaine ainsi que la réalisation d'un giratoire au niveau de l'Espertin. Aucune estimation de coût, ni de calendrier des travaux ne sont précisés par la délibération du 4 octobre 2018.

7. Dans ses observations, Toulouse Métropole se prévaut de la circulaire du 18 juin 2013 relative à la réforme de la fiscalité de l'aménagement et précise qu'il n'est pas nié que le périmètre n'est pas vierge de toute construction, que les travaux de voirie serviront à sécuriser les constructions existantes mais surtout les futures constructions et qu'il est prévu la création d'habitat mixte sur la zone. Toutefois, si les aménagements en cause, qui ne sont pas identifiés avec une précision suffisante, sont susceptibles de caractériser des travaux substantiels de voirie ou de réseaux au sens des dispositions précitées, Toulouse Métropole, qui ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 18 juin 2013 relative à la réforme de la fiscalité de l'aménagement, n'expose pas en quoi le taux de 16 % financerait uniquement la quote-part des équipements rendus nécessaires en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ce secteur de la commune de Cagnac-sur-Garonne et pour répondre aux seuls besoins des usagers des constructions à édifier, alors que, comme le soutient le requérant sans être contredit, ces aménagements ont vocation à bénéficier également, et plus généralement, aux riverains et usagers actuels, ainsi qu'aux habitants des communes environnantes, alors qu'au demeurant, selon les projections, la taxe d'aménagement majorée des seules orientations d'aménagement et de programmation financerait 56 % des travaux estimés, dans une zone qui reste à urbaniser. Dès lors, le caractère proportionné du taux majoré à hauteur de 16 %, par rapport au coût des travaux rendus nécessaires en raison des constructions nouvelles dans le secteur concerné, n'est pas démontré. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la délibération du 4 octobre 2018 a été prise en méconnaissance des dispositions ci-dessus rappelées de l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme et à exciper de l'illégalité de cet acte réglementaire.

En ce qui concerne la surface retenue :

8. Aux termes de l'article L. 331-10 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " L'assiette de la taxe d'aménagement est constituée par : / 1° La valeur déterminée forfaitairement par mètre carré, de la surface de construction ; / () / La surface de la construction mentionnée au 1° s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 mètre, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment, déduction faite des vides et des trémies. " Aux termes de l'article R. 331-7 du même code, dans sa version applicable au litige : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : / () 2° Des vides et des trémies afférentes aux escaliers et ascenseurs. " Il résulte de ces dispositions que la taxe d'aménagement est assise sur la surface de la construction créée à l'occasion de toute opération de construction, de reconstruction ou d'agrandissement de bâtiments.

9. Pour contester le montant de taxe d'aménagement à laquelle il a été assujetti, M. C se prévaut des plans intérieurs de la maison qui présentent une surface à prendre en compte de 214,18 m² intégrant le rez-de-chaussée pour 122,49 m², déduction faite de l'escalier, le deuxième étage pour 41,79 m² et le garage pour 49,92 m².

10. Il résulte de l'instruction que les deux titres de perception indiquent une surface taxable totale créée de 222 m² alors que M. C a indiqué dans la déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions pour un permis de construire une maison individuelle du 16 juillet 2020, créer 163,41 m² de surfaces hors stationnement et 59,94 m² de surface de stationnement clos et couvert, soit une surface totale de 223,35 m². Dans ces conditions, et en l'absence de toute modification de la déclaration effectuée, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'assiette retenue pour le calcul de la taxe d'aménagement est erronée dès lors que la surface nouvellement créée à prendre en compte aurait été de 214,18 m².

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. C est seulement fondé à obtenir la décharge des cotisations de taxe d'aménagement en tant que leur montant excède celui résultant de l'application d'un taux de 5 % pour le calcul de la part intercommunale de la taxe d'aménagement.

Sur les frais liés aux litiges :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. Il y a lieu, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. C, qui doit être regardé comme la partie gagnante de la présente instance. En revanche, la demande présentée par Toulouse Métropole au titre des mêmes frais doit, en tout état de cause, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les deux titres de perception émis le 8 octobre 2021 et 6 octobre 2022 sont annulés, en tant qu'ils ont appliqué, pour le calcul de la part intercommunale de la taxe d'aménagement due par M. C, un taux de 16 % au lieu de celui de 5 %.

Article 2 : M. C est déchargé de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge en tant que leur montant excède celui résultant de l'application d'un taux de 5 % pour le calcul de la part intercommunale de la taxe d'aménagement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par Toulouse Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre de l'intérieur et à Toulouse Métropole.

Copie pour information en sera transmise au préfet de la Haute-Garonne et au directeur départemental des finances publiques du Tarn.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente ;

Mme Soddu, première conseillère ;

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

La rapporteure,

B. MÉRARD

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2203370, 2303515

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