jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203436 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, successivement enregistrés le 17 juin 2022, les 23 mai et 23 juin 2023 et le 28 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 35 760,90 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 juillet 2021 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par l'Etat et notamment de l'illégalité de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne notifié le 12 octobre 2020 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les fautes de l'administration résultant de l'illégalité de la mesure d'éloignement et du délai de délivrance d'un titre de séjour sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le lien de causalité entre les fautes reprochées et les dommages subis est établi ;
- le préjudice matériel résultant directement des fautes s'élève à 25 760,90 euros ;
- le préjudice moral subi doit être réparé à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que le courrier du 13 juillet 2021 ne constitue pas une demande préalable permettant de lier le contentieux ;
- la réalité des préjudices allégués n'est pas démontrée.
Par un courrier du 10 octobre 2023, l'intégralité de la procédure a été transmise au préfet de la Haute-Garonne qui n'a fait valoir aucune observation en réponse.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2024 par une ordonnance du 29 mars précédent.
Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.
Vu :
- le jugement n°2005253 du tribunal administratif de Toulouse du 8 décembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jorda.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 12 juin 1999, est entrée en France le 25 décembre 2016 avec sa mère et ses frères alors qu'elle était mineure. Ses parents ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 10 mars 2017. Leur demande a été rejetée le 30 novembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 12 avril 2019. Mme A B, devenue majeure, a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 9 mars 2020, avant de se désister de sa demande. Par un arrêté notifié le 12 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par un jugement n°2005253 du 8 décembre 2020, le Tribunal a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois. Après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour le 11 février 2021, le préfet lui a délivré un titre de séjour à compter du 19 mars 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 35 760,90 euros, en réparation des fautes commises par l'Etat dans le traitement de son dossier.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Ariège :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.
3. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie () ". Et aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande () présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; / 3° Si la demande présente un caractère financier ".
4. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 13 juillet 2021, reçu le 16 juillet 2021 en préfecture, la requérante a demandé au préfet de l'Ariège d'être indemnisée des préjudices subis notamment en raison de l'illégalité de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne notifié le 12 octobre 2020. Une telle demande aurait dû être transmise par le préfet de l'Ariège au préfet de la Haute-Garonne, en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, à défaut, cette demande est réputée avoir été adressée à l'autorité compétente. Dès lors, le silence gardé par l'administration dans le délai de deux mois suivant sa réception a fait naître une décision implicite de rejet dont la requérante peut se prévaloir et ce d'autant que la présente procédure a été transmise au préfet de la Haute-Garonne qui n'a produit aucune observation. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de réclamation préalable ayant lié le contentieux doit être écartée.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne les conséquences de l'illégalité de l'arrêté du 12 octobre 2020 :
5. Il est constant que l'arrêté notifié le 12 octobre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a fait obligation à Mme A B de quitter le territoire français a été annulé par un jugement n°2005253 du tribunal du 8 décembre 2020, devenu définitif, aux motifs de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. L'illégalité de cette décision constitue donc une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, sous réserve que les préjudices invoqués soient établis et en lien direct et certain avec cette faute.
6. En premier lieu, Mme B soutient que les fautes reprochées à l'Etat l'ont privée d'un accès aux bourses universitaires pour les années 2019/2020 et 2020/2021, pour des montants respectifs de 5 612 euros et 5 679 euros. Toutefois, ces demandes de bourses universitaires ayant été introduites avant le jugement précité du 8 décembre 2020 notifié le 11 décembre suivant, la requérante n'établit aucun lien de causalité direct et certain entre ce chef de préjudice et la faute retenue à l'encontre de l'Etat. Par ailleurs, si Mme B soutient également avoir été privée de la prime au mérite pour l'année 2019/2020 et des primes de rentrée au titre des trois années universitaires comprises entre 2019 et 2022 et qu'elle a donc dû acquitter sur ses propres ressources les droits d'inscription au titre de ces trois années universitaires, la copie d'écran du site service-public.fr rappelant les conditions permettant de bénéficier d'une prime au mérite ne permet pas d'établir à elle seule que la requérante satisfaisait aux conditions d'obtention de cette prime, au nombre desquelles figure notamment l'obtention de la mention très bien au baccalauréat. Elle n'établit pas davantage remplir les conditions pour bénéficier des primes de rentrée et ne justifie pas du paiement des frais d'inscription en cause. Dans ces conditions, la réalité de son préjudice à ce titre n'est pas établie.
7. En deuxième lieu, si Mme B demande la réparation du préjudice consécutif à l'absence de versement des prestations sociales auxquelles elle aurait pu accéder si elle avait été en séjour régulier, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle satisfaisait à l'ensemble des conditions prévues pour bénéficier des prestations dont elle soutient avoir été illégalement privée. Elle n'établit pas davantage qu'elle a dû payer à tort un mois de loyer d'un montant de 250 euros au titre de l'année 2020-2021 en l'absence d'aide au logement, et ce d'autant qu'il résulte de l'instruction qu'elle a pu bénéficier d'un logement du CROUS pour les années universitaires 2019 à 2021. Ayant été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour à compter du 11 février 2021, puis d'un titre de séjour à compter du 19 mars 2022, elle ne peut se prévaloir, après la date du 11 février 2021, d'aucun préjudice en lien avec l'absence de régularisation de son séjour. Enfin, si elle demande à être indemnisée des droits de timbre versés en produisant une copie d'un timbre fiscal d'un montant de 225 euros, elle n'établit aucun de lien de causalité entre ce chef de préjudice et l'illégalité fautive retenue à l'encontre de l'Etat, d'autant que le droit de timbre a été légalement exigé pour la délivrance de son titre de séjour.
8. En troisième lieu, Mme B soutient qu'elle a perdu une chance d'occuper un emploi étudiant durant les trois mois d'été de 2019 à 2022 et de cotiser à la retraite. Toutefois, la seule production d'un échange de courriers électroniques datant du mois de juillet 2019, indiquant qu'elle a recherché un emploi saisonnier pour cette période, n'est pas de nature à établir qu'elle aurait perdu une chance sérieuse d'occuper un emploi entre la date du titre de séjour annulé par le tribunal administratif et celle du 19 mars 2022, à laquelle lui a été délivrée un titre de séjour en qualité d'étudiante.
9. En quatrième lieu, et alors que la décision en litige du 12 octobre 2020 portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été exécutée et que l'intéressée a été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour dès le 11 février suivant, soit quatre mois plus tard, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles subis dans les conditions d'existence de Mme B du fait de l'illégalité de cette décision en lui allouant la somme de 500 euros.
En ce qui concerne les conséquences du retard dans l'exécution du jugement du 8 décembre 2020 :
10. Eu égard aux motifs qui précèdent, la circonstance que le préfet ait mis Mme B en possession d'une autorisation provisoire de séjour le 11 février 2021 et qu'il ne lui a délivré un titre de séjour que le 25 mars 2022 n'est pas de nature à établir l'existence d'un préjudice spécifique distinct des préjudices sus-analysés. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur le caractère fautif du retard avec lequel le préfet de l'Ariège a exécuté le jugement du 8 décembre 2020, que les conclusions présentées à fins d'indemnisation par Mme B sur ce fondement doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme B la somme 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 juillet 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable et de la capitalisation annuelle de ces intérêts à compter du 16 juillet 2022.
Sur les frais liés au litige :
12. Par une décision du 12 avril 2022, Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement, à Me Amari de Beaufort, avocat de Mme B, d'une somme de 1 500 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A B la somme de 500 euros assorties des intérêts au taux légal à compter du 16 juillet 2021 et de la capitalisation annuelle de ces intérêts à compter du 16 juillet 2022.
Article 2 : L'Etat versera à Me Amari de Beaufort, représentant Mme B, une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme. A B, Me Amari de Beaufort et au préfet de la Haute-Garonne.
Copie en sera adressée au préfet de l'Ariège
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Jorda, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
N°2203436
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026