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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203563

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203563

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203563
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022, M. D G, représenté par Me Arheix, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale, qui sera confiée à tel collège de médecins experts spécialisés en chirurgie vasculaire, en infectiologie ainsi qu'en médecine physique et de réadaptation exerçant hors du ressort de la cour d'appel de Toulouse, aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour lui de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 21 octobre 2017 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse ;

2°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir leurs observations ;

3°) d'enjoindre aux parties de communiquer aux autres parties les documents nécessaires qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien-fondé de leurs prétentions.

Il soutient que :

- ayant consulté le 24 novembre 2020 le professeur F, chirurgien vasculaire à l'hôpital Rangueil de Toulouse, à la suite d'un diagnostic d'un anévrisme iliaque primitif droit et de sténoses des artères rénales, au décours d'une volumineuse lithiase urinaire, ce praticien a posé une double indication chirurgicale, d'une part, une revascularisation par pontage aorto-bi-iliaque interne à droite avec réimplantation de l'artère iliaque externe et en palette de l'artère iliaque interne et externe à gauche et, d'autre part, une revascularisation par pontage rénal gauche rétrograde avec réimplantation en palette des deux artères polaires inférieures gauche ;

- l'intervention chirurgicale a été réalisée le 17 décembre 2020, sachant que les suites post-opératoires immédiates ont été marquées par la survenue d'une ischémie aiguë du membre inférieur droit nécessitant le jour même une intervention de reprise consistant, d'une part, en une thrombectomie iliaque du membre inférieur droit avec pose d'un stent dans l'artère iliaque externe et interne et, d'autre part, en des aponévrotomies de décharge sur le même membre, étant précisé que le 18 décembre 2020, un échodoppler artériel a révélé une occlusion de l'artère iliaque interne et de l'artère tibiale antérieure en distalité avec une réinjection de mauvaise qualité, sachant que parallèlement, était diagnostiquée une rhabdomyolyse importante avec une insuffisance rénale aiguë anurique nécessitant une épuration extra-rénale continue (dialyse) ainsi qu'une acidose métabolique et qu'il a présenté de surcroît une hypertension artérielle difficilement contrôlable justifiant la mise en place d'un traitement multi-médicamenteux ;

- il a été le jour même transféré dans le service de réanimation polyvalente où son séjour a été marqué par l'apparition d'une dermo-hypodermite nécrosante du site opératoire (aponévrotomie), sachant que dès le 26 décembre 2020, une hyperthermie du membre inférieur droit a été constatée, les examens réalisés ayant mis en évidence la présence de plusieurs germes nécessitant une antibiothérapie, étant précisé que le 23 décembre 2020, il a été pris en charge au bloc opératoire pour une reprise chirurgicale de lavage/parage des loges de la jambe droite ainsi que le 25 et le 29 décembre suivants ;

- malgré les multiples parages et après une réunion pluridisciplinaire et discussion avec la famille, la décision a été prise, sans son consentement dès lors qu'il était intubé et ventilé, de réaliser le 30 décembre 2020 une amputation transfémorale droite pratiquée par le docteur H, chirurgien vasculaire, étant précisé qu'en peropératoire étaient identifiés un bacillus cereus et un enterococcus faecalis et que le 7 janvier 2021, un échodoppler ayant révélé une hypoperfusion du rein gauche et alors que les artères rénales gauches n'étaient pas perçues, il a été transféré le 11 janvier suivant au service de néphrologie où, le 19 janvier 2021, une Irm des artères rénales n'a pas révélé d'anomalie du rein droit, au contraire du rein gauche qui présentait un aspect hypotrophique principalement au niveau de son tiers supérieur avec de nombreuses encoches corticales en rapport avec des séquelles ischémiques et une sténose proximale significative sur au moins l'artère la plus caudale ;

- il a été ensuite transféré le 21 janvier 2021 au service de chirurgie vasculaire où le lendemain, une désunion de la cicatrice de laparotomie a provoqué une éventration sous-jacente nécessitant une prise en charge chirurgicale pour cure d'éventration avec pose de plaque réalisée par le docteur B, étant précisé que compte tenu d'une pseudarthrose au niveau du moignon associée à une hyperalgie, une mobilité de la patella sur l'extrémité du fémur avec luxation et à une totale impossibilité d'appareillage, une nouvelle amputation transfémorale de la jambe droite a été réalisée le 26 février 2021, sachant qu'à l'issue de cette nouvelle hospitalisation du 25 février 2021 au 3 mars 2021, il ressort du compte-rendu du professeur F le retour positif d'un prélèvement bactériologique peropératoire à staphylococcus aureus multi-résistant nécessitant une antibiothérapie ;

- dès lors que sa prise en charge médicale au sein du centre hospitalier universitaire interroge depuis la réalisation de l'intervention chirurgicale initiale du 17 décembre 2020 jusqu'à la seconde amputation transfémorale de sa jambe droite le 26 février 2021 a été jalonnée de sévères complications, il est fondé à solliciter la mise en œuvre d'une expertise afin de déterminer l'étendue des préjudices qu'il a subis consécutivement à sa prise en charge depuis le 17 décembre 2020 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord précise qu'elle entend intervenir à l'instance et qu'elle ne manquera pas de communiquer le montant de sa créance à réception du rapport d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par la Selarl Montazeau et Cara, aux écritures de Me Cara, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il conteste sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et qui sera confiée à un collège d'experts spécialistes en chirurgie vasculaire ainsi qu'en médecine physique et de réadaptation exerçant en dehors des départements limitrophes de la Haute-Garonne ;

2°) à ce que la mission des experts soit complétée selon les termes de son mémoire et que le collège d'experts missionné décrive l'état de santé de M. G avant et après sa prise en charge dans ses services et dépose un pré-rapport ;

3°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance aux experts afin que ceux-ci puissent en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire et éviter toute contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la Selarl Birot-Ravaut et Associés, aux écritures de Me Birot, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée et demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. La demande d'expertise présentée par M. G entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du requérant et du centre hospitalier universitaire de Toulouse à fin d'injonction :

3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint aux parties de communiquer aux autres parties les documents nécessaires qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien-fondé de leurs prétentions et celles du centre hospitalier universitaire de Toulouse tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale du requérant de produire sa créance doivent être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que tant les conclusions du requérant que celles du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'Oniam tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. D G, d'une part, et le centre hospitalier universitaire de Toulouse et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), d'autre part, en présence de la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner M. D G et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire l'état de santé de M. D G antérieurement à l'intervention chirurgicale subie le 17 décembre 2020 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse puis antérieurement à l'intervention chirurgicale subie le 26 février 2021 dans cet établissement ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge lors de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 17 décembre 2020 et lors de celle du 26 février 2021 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse et lors des soins ultérieurs ;

- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises à l'occasion des actes médicaux dont il a fait l'objet en ces occasions ;

- de faire connaître, en particulier, si le diagnostic de son état a été correctement et complètement posé, s'agissant notamment de l'identification des différentes infections nosocomiales qu'il a subies ;

- de faire connaître les lésions, affections et séquelles imputables à d'éventuels manquements dans l'établissement du diagnostic de son état ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;

- d'indiquer si, à son avis, les infections dont M. D G a été victime ont présenté ou non le caractère d'une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l'origine, la nature, les conditions de leur survenue et dans lesquelles elles ont été contractées puis prises en charge, en indiquant la part qui leur est imputable dans ce préjudice ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. D G d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. D G et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. D G en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : Le docteur E C, domicilié 55 allée de l'Argentine bât. A à Nîmes (30900), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D G, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées Nord et au docteur E C, expert.

Fait à Toulouse, le 22 novembre 202 Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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