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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203582

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203582

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203582
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Soulas, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 16 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle et a refusé son admission provisoire au séjour ;

2) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui accorder le renouvellement du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle et de l'admettre au séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

- elle arrivée en France le 14 octobre 2015 dans le cadre d'un réseau de traite d'êtres humains ; elle est entrée le 11 mars 2020 dans un parcours de sortie de la prostitution avec le soutien de l'association Amicale du nid ; elle a bénéficié de deux autorisations provisoires de séjour pendant la pandémie et a accouché d'un enfant à Toulouse le 17 août 2021 ; elle a été informée le 30 juillet 2021 de l'intention du préfet de ne pas renouveler son parcours et a présenté des observations ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car elle n'a pu, en raison de la crise sanitaire, réaliser de démarches d'insertion ; en outre, elle était enceinte ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code dès lors qu'elle remplit les conditions permettant une admission exceptionnelle au séjour ; le préfet a donc méconnu l'étendue de ses compétences ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2022 sur sa demande du 22 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative ;

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. C a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un refus d'admission au bénéfice de l'asile le 22 août 2016 confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2017, d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours le 6 février 2018, d'une obligation de quitter le territoire sans délai le 16 mars 2019, dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 22 août 2019. Sa demande de renouvellement du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle a été examinée par la commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle le 26 juillet 2021. Le préfet de la Haute-Garonne a informé Mme B de son intention de ne pas renouveler ce parcours le 30 juillet 2021. Par la décision contestée du 16 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Mme B demande l'annulation de la décision du 16 août 2021 en tant que celle-ci lui a d'une part, refusé le renouvellement du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle et, d'autre part, lui aurait refusé l'admission provisoire au séjour. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet de la Haute-Garonne en défense, la décision attaquée ne porte pas refus d'admission provisoire au séjour. Par suite, les conclusions de Mme B dirigée contre une prétendue décision de refus d'admission provisoire au séjour, qui est inexistante, sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur le refus de renouvellement du parcours de sortie de la prostitution :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant l'autorisation d'engagement d'une personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision, en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut d'autorisation d'engagement conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection des personnes victimes de la prostitution, du proxénétisme ou de la traite des êtres humains et en renvoyant le cas échéant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de ce parcours.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Dans chaque département, l'État assure la protection des personnes victimes de la prostitution, du proxénétisme ou de la traite des êtres humains et leur fournit l'assistance dont elles ont besoin (). Une instance chargée d'organiser et de coordonner l'action en faveur des victimes de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains est créée dans chaque département. Elle met en œuvre le présent article. Elle est présidée par le représentant de l'État dans le département. Elle est composée de représentants de l'État, notamment des services de police et de gendarmerie, de représentants des collectivités territoriales, d'un magistrat, de professionnels de santé et de représentants d'associations. II. - Un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est proposé à toute personne victime de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle. Il est défini en fonction de l'évaluation de ses besoins sanitaires, professionnels et sociaux, afin de lui permettre d'accéder à des alternatives à la prostitution. Il est élaboré et mis en œuvre, en accord avec la personne accompagnée, par une association mentionnée à l'avant-dernier alinéa du présent II [c'est-à-dire toute association choisie par la personne concernée qui aide et accompagne les personnes en difficulté, en particulier les personnes prostituées, dès lors qu'elle remplit les conditions d'agrément fixées par décret en Conseil d'État]. L'engagement de la personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est autorisé par le représentant de l'État dans le département, après avis de l'instance mentionnée au second alinéa du I et de l'association mentionnée au premier alinéa du présent II. / () Le renouvellement du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est autorisé par le représentant de l'État dans le département, après avis de l'instance mentionnée au second alinéa du I et de l'association mentionnée au premier alinéa du présent II. La décision de renouvellement tient compte du respect de ses engagements par la personne accompagnée, ainsi que des difficultés rencontrées () ".

5. D'autre part, en vertu de l'article R. 121-12-9 du même code : " Les situations individuelles des personnes qui présentent une demande d'engagement dans un parcours de sortie de la prostitution ou qui en demandent le renouvellement font l'objet d'une instruction par l'association agréée. Celle-ci présente les engagements de la personne concernée, les actions prévues dans le cadre du projet d'insertion sociale et professionnelle, leur durée, les résultats attendus ou réalisés et émet un avis sur sa situation. La commission rend un avis sur la mise en place et le renouvellement des parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle qui lui sont soumis. / Lors du renouvellement du parcours de sortie de la prostitution, la commission examine la mise en œuvre des actions menées au bénéfice de la personne et tient compte du respect des engagements figurant dans le document de suivi du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle prévu à l'article R. 121-12-12, ainsi que des difficultés rencontrées par la personne ". Selon l'article R. 121-12-10 du même code : " Après avis de la commission, le préfet de département autorise ou refuse d'autoriser l'engagement de la personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle ou son renouvellement. Il lui notifie sa décision, ainsi qu'à l'association en charge de l'instruction de la demande ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3 de la présente décision, compte tenu de l'office du juge de l'aide sociale, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation de Mme B sont inopérants. De même, dès lors que la décision attaquée se borne à se prononcer l'admission de l'intéressée au renouvellement de son parcours de sortie de la prostitution, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 425-4 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants.

7. Mme B soutient également que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. En tout état de cause, à supposer le moyen dirigé contre la décision portant refus de renouvellement du parcours de sortie de la prostitution, Mme B n'apporte aucun élément permettant de considérer, en tenant compte des difficultés qu'elle a rencontrées, qu'elle aurait mis en œuvre les actions prévues dans le dans le cadre de son projet d'insertion sociale et professionnelle et qu'elle aurait respecté les engagements prévus dans son projet initial, qu'au demeurant elle ne produit pas. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions principales de Mme B doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Me Stéphane Soulas et au ministre en charge des solidarités.

Copie en sera délivrée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Alain CLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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