mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204256 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUBAL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2203680 du 22 juillet 2022, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Toulouse, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B A, enregistrée le 13 juillet 2022.
Par cette requête et un mémoire en production de pièce, enregistré le 8 août 2024, M. B A, représenté par Me Boubal, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il ne peut être regardé comme fiscalement domicilié en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts dès lors qu'il est célibataire, qu'il n'a pas de foyer en France, qu'il n'exerce pas en France son activité professionnelle et n'y possède donc pas le centre de ses intérêts économiques ;
- l'administration fiscale a vicié la procédure d'imposition, en violation de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle n'a pas révélé l'origine du rehaussement dès la proposition de rectification ;
- l'administration fiscale s'est abstenue de porter à sa connaissance l'ensemble des documents issus de la vérification de comptabilité de la société Shadow aviation solutions limited qu'elle a utilisés pour rehausser son revenu imposable, de sorte qu'il n'a pas été en situation de faire valoir utilement ses observations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de la violation de la procédure de rectification est inopérant dès lors que si la proposition de rectification n'a pas fait mention de la domiciliation du contribuable, c'est seulement parce que le requérant ne l'a contestée que dans ses observations en réponse à cette proposition de rectification ;
- le moyen tiré de la domiciliation du requérant doit être écarté car M. A est bien domicilié en France au regard des trois critères de détermination du domicile fiscal fixés par l'article 4 B du code général des impôts.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale conclue entre la France et le Burkina Faso le 11 août 1965 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mérard,
- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration lui a adressé, le 5 mai 2021, une proposition de rectification, dans le cadre d'une procédure contradictoire, remettant en cause le montant des salaires déclarés pour l'année 2017. M. A a présenté des observations par lettre du 7 juin 2021. Le 30 juillet 2021, l'administration a répondu à ses observations et a maintenu en totalité les rehaussements notifiés. Le 31 octobre 2021, les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement. Le 5 janvier 2022, M. A a présenté une réclamation qui a été rejetée par une décision du 7 juin 2022. Par la présente requête, M. A demande la décharge, en droits et majorations, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à sa charge au titre de l'année 2017.
Sur la domiciliation fiscale de M. A :
2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une convention fiscale, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale française :
3. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. () ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; () / c. celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. " Pour l'application des dispositions du paragraphe a) du 1 de l'article 4 B précité, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux et personnels. Dans l'hypothèse d'un contribuable célibataire et sans charge de famille, le foyer s'entend du lieu où il habite normalement et a le centre de sa vie personnelle. Dans les deux hypothèses, il n'y a pas lieu de tenir compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Le lieu du séjour principal de ce contribuable ne peut déterminer son domicile fiscal que dans l'hypothèse où il ne dispose pas de foyer en France.
4. Pour soutenir que son domicile fiscal était établi à l'étranger en 2017, M. A fait valoir qu'il travaillait comme pilote sur le continent africain pour une entreprise maltaise, qu'il n'a pas de foyer en France car il est célibataire et enfin qu'il n'a pas le centre de ses intérêts économiques en France.
5. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification adressée à M. A que ce dernier a signé un contrat de travail à durée déterminée du 1er décembre 2016 au 31 août 2017 avec la société Shadow Aviation Solutions Limited pour un poste de co-pilote d'un avion basé au Burkina Faso, pour effectuer des vols en Afrique sub-saharienne. Si M. A indique que pendant son activité de pilote dont le contrat de travail s'est achevé le 31 août 2017, il alternait un mois de travail et deux mois de récupération, il ne démontre pas qu'il résidait en dehors du territoire national pendant ses périodes de récupération alors que pour cette même année 2017, il a déclaré être domicilié en France et n'a jamais mentionné de changement d'adresse. D'ailleurs, le requérant ne conteste pas y posséder sa résidence principale et y avoir été soumis à la taxe d'habitation d'un logement principal au titre de l'année en litige. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que M. A exerçait son activité professionnelle à l'étranger n'est pas suffisante pour démontrer qu'il n'aurait pas eu son foyer en France, c'est à bon droit que l'administration a estimé que le foyer du requérant se situait en France au sens du a) du 1. de l'article 4 B du code général des impôts et qu'il y avait, par suite, son domicile fiscal sans qu'il soit besoin de vérifier s'il remplissait les conditions du b) et du c) dudit article qui ne sont pas cumulatives.
En ce qui concerne l'application de la convention entre la France et le Burkina Faso :
6. Aux termes de l'article 2 de la convention fiscale franco-burkinabé susvisée : " 1. Une personne physique est domiciliée, au sens de la présente convention, au lieu où elle a son " foyer permanent d'habitation ", cette expression désignant le centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire le lieu avec lequel les relations personnelles sont les plus étroites. Lorsqu'il n'est pas possible de déterminer le domicile d'après l'alinéa qui précède, la personne physique est réputée posséder son domicile dans celui des Etats contractants où elle séjourne le plus longtemps. En cas de séjour d'égale durée dans les deux Etats, elle est réputée avoir son domicile dans celui dont elle est ressortissante. Si elle n'est ressortissante d'aucun d'eux, les autorités administratives supérieures des Etats trancheront la difficulté d'un commun accord ".
7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 que M. A avait son foyer en France et ne démontre pas qu'il disposait au cours de l'année en litige d'un foyer permanent d'habitation au Burkina Faso. C'est donc à bon droit que l'administration a considéré que M. A était domicilié fiscalement en France, et y était par suite, redevable de l'impôt sur le revenu en France, les stipulations de la convention ne faisant pas obstacle à son imposition.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées, de manière à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur.
9. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 5 mai 2021 que l'administration fiscale a précisé les motifs et le montant des rectifications envisagées, la catégorie de revenus dans laquelle elles sont opérées, leur fondement légal, l'année d'imposition concernée ainsi que leurs conséquences financières au titre de l'impôt sur le revenu. Par ailleurs, il résulte de la réponse faite, le 30 juillet 2021, aux observations de M. A dans lesquelles il contestait pour la première fois résider fiscalement en France, que l'administration a, pour la rectification en litige, exposé clairement les motifs qu'elle a retenus pour maintenir le supplément d'impôt sur le revenu mis à sa charge. Enfin, la régularité de la motivation ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant répondu aux exigences prescrites par les dispositions précitées des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
11. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a fondé la rectification sur le fait que M. A était fiscalement domicilié en France en 2017, tel qu'il l'a lui-même déclaré et compte tenu du fait que son foyer était en France, ceci impliquant que les salaires perçus par l'intéressé étaient imposables en France, y compris le salaire perçu en tant que salarié de la société Shadow Aviation Solutions Limited. La circonstance que cette société ait fait l'objet d'une vérification de comptabilité au cours de laquelle l'administration fiscale a considéré qu'il s'agissait non pas d'une société maltaise mais d'une société implantée en France, est sans incidence car sans lien avec le motif ayant justifié l'imposition supplémentaire de M. A. Par ailleurs, en ce qui concerne l'origine des informations qui ont fondé la rectification, l'imposition supplémentaire résulte d'un contrôle sur pièces et repose sur une information, celle du salaire perçu par M. A en tant que salarié de la société Shadow Aviation Solutions Limited. Il résulte de l'instruction que l'administration a eu connaissance de ce salaire à travers le contrôle sur pièce dont a fait l'objet M. A et non pas à travers la vérification de comptabilité de la société employeure. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ont été méconnues, à supposer qu'il ait entendu se prévaloir de ces dispositions.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à la décharge, en droits et majorations, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2022.
La rapporteure,
B. MÉRARD
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026