jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204264 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 11 octobre 2023, la société B A Studio Architecte, représentée par M. B A, demande au tribunal de condamner la commune de L'Isle-en-Dodon à lui payer la facture d'un montant de 5 500 euros pour une étude de projet de construction d'un théâtre de plein air sur le territoire communal.
M. A soutient que l'étude a été finalisée par un dossier remis en mairie le 28 octobre 2021 et que, malgré plusieurs relances, le maire de la commune de l'Isle-en-Dodon refuse d'acquitter ses honoraires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, la commune de L'Isle-en-Dodon, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
La commune fait valoir que la demande de M. A est infondée.
Par une ordonnance du 11 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Quessette, rapporteur,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 15 avril 2021, le conseil municipal de la commune de L'Isle-en-Dodon a autorisé le maire de la commune à demander des subventions pour financer une opération d'aménagement du centre-bourg comprenant notamment la création d'une scène en plein air. Par courrier du 20 avril 2021, la conseillère déléguée à la culture a demandé à la société B A Studio Architecte de procéder à l'élaboration du dossier d'étude complet du théâtre de plein air. Le dossier du projet a été remis en mairie le 28 octobre 2021. Par un courrier du 24 novembre 2021, le maire de la commune a refusé de procéder au paiement des honoraires. La société B A Studio Architecte demande de condamner la commune de L'Isle-en-Dodon à lui régler la facture d'un montant de 5 500 euros de l'étude de projet de construction d'un théâtre de plein air.
En ce qui concerne la validité du contrat :
2. Aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () / 6° De souscrire les marchés () ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 4° De prendre toute décision concernant la préparation, la passation, l'exécution et le règlement des marchés et des accords-cadres ainsi que toute décision concernant leurs avenants, lorsque les crédits sont inscrits au budget ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le maire ne peut valablement souscrire un marché au nom de la commune sans y avoir été préalablement autorisé par une délibération expresse du conseil municipal. Ce dernier ne peut davantage, en dehors des cas limitativement énumérés à l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, déléguer au maire le pouvoir qui lui appartient exclusivement de décider d'obliger la commune. Ainsi, lorsqu'il entend autoriser le maire à souscrire un marché, le conseil municipal doit, sauf à méconnaître l'étendue de sa compétence, se prononcer sur tous les éléments essentiels du contrat à intervenir, au nombre desquels figurent notamment l'objet précis de celui-ci, tel qu'il ressort des pièces constitutives du marché, mais aussi son montant exact et l'identité de son attributaire.
4. En l'espèce, lors de la séance du conseil municipal de L'Isle-en-Dodon du 15 avril 2021, Mme Casanova, conseillère déléguée à qui le maire par un arrêté transmis en préfecture le 13 novembre 2020 avait délégué ses fonctions pour la communication et le projet culturel intergénérationnel et sa signature dans le cadre de ses attributions, a présenté le projet de création d'une scène en plein air, dont le coût s'inscrivait dans une rénovation du bourg-centre. Il ressort des termes de cette délibération du 15 avril 2021 que le conseil municipal a décidé de présenter l'intégralité du dossier dans le cadre du contrat bourg-centre afin d'obtenir des subventions auprès de différents partenaires de la commune et de confier au maire ou à son délégué le soin de procéder aux formalités administratives avec délégation pour signer les documents y afférents. Certes, le budget prévisionnel de l'exercice 2021 prévoit une dépense de 24 000 euros TTC en investissement. Toutefois il ne résulte pas de l'instruction que cette délibération du 15 avril 2021 a autorisé le maire à passer un marché relatif à la conception de ce projet, ni que le maire de la commune ou sa conseillère déléguée bénéficiait d'une délégation de l'assemblée délibérante pour apposer sa signature pour la conclusion d'un marché public sur le fondement de l'article L. 2122-22 précité du code général des collectivités territoriales. Par suite, en passant commande, Mme Casanova n'était pas compétente pour engager par courrier du 20 avril 2021, la commune de L'Isle-en-Dodon auprès de M. A pour l'élaboration d'un dossier d'étude complet du théâtre de plein air, moyennant rémunération pour cette prestation. Par ailleurs, un livret de conception avait été créé en septembre 2020, ainsi qu'un " livre de concepts - théâtre en plein air " avait été préparé pour Mme Casanova par la société requérante et transmis le 22 mars 2021, soit antérieurement à la délibération du 15 avril 2021 et de la lettre précitée de Mme Casanova du 20 avril 2021, sans qu'une délibération du conseil municipal autorise davantage cette conseillère déléguée à engager ces prestations. Dans ses conditions, le contrat allégué en litige est nul et la société B A Studio Architecte n'est pas fondée à en demander son exécution.
Sur les conclusions à fin de paiement des honoraires :
5. L'entrepreneur dont le contrat est entaché de nullité peut prétendre, sur un terrain quasi-contractuel, au remboursement de celles de ses dépenses qui ont été utiles à la collectivité envers laquelle il s'était engagé. Les fautes éventuellement commises par l'intéressé antérieurement à la signature du contrat sont sans incidence sur son droit à indemnisation au titre de l'enrichissement sans cause de la collectivité, sauf si le contrat a été obtenu dans des conditions de nature à vicier le consentement de l'administration, ce qui fait obstacle à l'exercice d'une telle action.
6. En l'espèce, la société invoque le préjudice que lui cause le non-paiement de ses honoraires. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune a transmis le 30 avril 2021 à la communauté de communes compétente un rapport d'opportunité. Toutefois, ce rapport n'est pas joint à ce courrier et le maire conteste avoir signé un tel courrier électronique sur lequel figurent les initiales de Mme Casanova. En outre, Mme Casanova, qui a démissionné de ses fonctions de conseillère déléguée le 4 octobre 2021, a déposé, le 28 octobre 2021, à la mairie de L'Isle-en-Dodon un dossier préparé par la société requérante. Par ailleurs, si l'agence technique départementale de la Haute-Garonne a examiné un dossier pour des propositions de subvention, le projet n'était pas davantage annexé. De plus, il ressort d'un compte rendu du conseil municipal du 18 mars 2022, que le maire indiquait que la commune n'était pas en mesure d'entretenir les bâtiments existants et que les travaux du cinéma étaient prioritaires par rapport à la réalisation d'un théâtre de plein air. En outre, si la société requérante allègue que le maire lui a demandé de modifier son étude pour intégrer le déplacement d'un bâtiment préfabriqué, elle n'en justifie pas. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la commune a utilisé l'étude de théâtre en plein air réalisé par la société B A Studio Architecte. Dans ces conditions, la société n'apporte à l'appui de cette demande aucune précision permettant au tribunal d'apprécier la réalité de son propre appauvrissement qui ne saurait être justifié par le seul montant de la facture dont la société réclame le paiement. D'ailleurs, la société B A Studio Architecte ne se prévaut d'aucune faute de la commune de nature à lui permettre de prétendre à l'indemnisation de son manque à gagner.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la société B A Studio Architecte doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société B A Studio Architecte est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société B A Studio Architecte et à la commune de l'Isle-en-Dodon.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
H. CLENLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2204264
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026