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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204282

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204282

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204282
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juillet 2022, le 22 juin 2023 et le 27 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme D B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse ordonnant la répétition d'un indu de prime d'exercice territorial au titre des mois des janvier et février 2022 et la cessation de son versement à compter du mois de mars 2022, révélée par le courriel du 30 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de lui verser ladite prime au titre des mois de janvier à avril 2022 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse une somme de 528 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de suspendre le versement de la prime d'exercice territorial à compter du mois de mars 2022 et de lui réclamer le remboursement des sommes versées à ce titre pour les mois de janvier et février 2022 est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions combinées des articles D. 6152-23-1 et R.6152-37 du code de la santé publique ;

- il ne saurait lui être opposé l'absence d'exercice de son activité sur deux sites distincts au cours de l'année 2022 dès lors que, placée en congé de maladie ordinaire à compter du 12 novembre 2021, elle avait droit au maintien de la prime pendant trois mois ;

- c'est à tort que le centre hospitalier universitaire de Toulouse affirme qu'il lui a fait " une mesure de faveur " en 2021 en lui versant la prime d'exercice territorial pour la période de mai à décembre 2021 ;

- le " contrat de prime d'exercice territorial " qu'elle a signé avec son employeur ne précise pas les conditions de sa résiliation, ainsi que l'impose pourtant l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques (NOR : AFSH1628958A) ;

- le versement de la prime au docteur A n'a pas d'incidence sur son droit à la percevoir.

Par des mémoires en défense enregistrés le 1er juin 2023 et le 21 juillet 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires présentées dans la requête introductive d'instance sont irrecevables, à défaut d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable devant l'administration ;

- les conclusions à fin d'annulation qui s'y substituent, présentée dans le second mémoire de la requérante, sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- les autres moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rives,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C et celles de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1.Mme B C, médecin endocrinologue, a été employée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse en qualité de praticien hospitalier titulaire du 1er juillet 2004 au 1er mai 2022. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse ordonnant la répétition d'un indu de prime d'exercice territorial au titre des mois des janvier et février 2022 et la cessation ultérieure de son versement, révélée par le courriel du 30 mars 2022, et d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de lui verser ladite prime au titre des mois de janvier à avril 2022, pour une somme totale de 4 000 euros

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2.Contrairement à ce que soutient le centre hospitalier universitaire de Toulouse, les conclusions de la requête présentée par Mme B C, doivent être regardées comme des conclusions à fin d'annulation assorties de conclusions accessoires à fin d'injonction présentant le caractère d'un recours pour excès de pouvoir et non d'un recours de plein contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux résultant de ce que la requérante n'a adressé aucune demande préalable à l'administration, ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3.Aux termes des dispositions de l'article R. 6152-20 du code de la santé publique, applicables au litige : " Les praticiens perçoivent, après service fait, attesté par le tableau mensuel de service réalisé, validé par le chef de pôle ou, à défaut, par le responsable du service, de l'unité fonctionnelle ou d'une autre structure interne : () 2° Des indemnités et allocations dont la liste est fixée par décret. ". Selon l'article D. 6152-23-1 du même code : " Les indemnités et allocations mentionnées au 2° de l'article R. 6152-23 sont : / () 4° Des primes et indemnités visant à développer le travail en réseau : / () / b) Une prime d'exercice territorial pour activité dans plusieurs établissements ou dans plusieurs sites d'un même établissement, dans le cadre des groupements hospitaliers de territoires mentionnés à l'article L. 6132-1, lorsque le projet médical partagé mentionné au I de l'article R. 6132-3 est adopté ; / La prime d'exercice territorial est versée pour activité dans plusieurs établissements ou dans plusieurs sites d'un même établissement, pour favoriser le développement de la mise en réseau des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et les actions de coopération mentionnées à l'article L. 6134-1. / () / Le versement des primes et indemnités prévues au 4°, à l'exception de la prime prévue au d, est maintenu durant les congés et jours de récupération mentionnés aux 1°, 2°, 3° et 5° de l'article R. 6152-35. Pour les praticiens placés en congé de maladie au titre des articles R. 6152-37 à R. 6152-39, le versement des primes et indemnités prévues au 4°, à l'exception de la prime prévue au d, est maintenu pendant une période qui ne peut excéder trois mois. La durée de cette période est portée à six mois en cas de congé de maladie accordé au titre de l'article R. 6152-41. Ce versement est suspendu en cas de suspension des fonctions prononcée au titre des dispositions des articles R. 6152-77 ou R. 6152-81. "

4.Selon les dispositions de l'article R. 6152-35 du code de la santé publique : " Les praticiens régis par la présente section ont droit : / 1° A un congé annuel dont la durée est définie, sur la base de vingt-cinq jours ouvrés, au prorata des obligations de service hebdomadaires ; / 2° A un congé au titre de la réduction du temps de travail dans les conditions définies à l'article R. 6152-801 ; 3° A des jours de récupération des périodes de temps de travail additionnel, des astreintes et des déplacements lorsqu'ils n'ont pas fait l'objet d'une indemnisation. () 4° A des congés de maladie, longue maladie, longue durée dans des conditions fixées aux articles R. 6152-37 à R. 6152-39 ; 5° A un congé de maternité, de naissance, de paternité et d'accueil de l'enfant, d'adoption ou pour l'arrivée d'un enfant placé en vue de son adoption selon les modalités prévues à l'article R. 6152-819 ; () ". L'article R. 6152-801 de ce code dispose : " Les personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologistes, régis par les dispositions des sections 1 à 6 du présent chapitre bénéficient d'une réduction annuelle de leur temps de travail de 20 jours. () ".

5.Mme B C a, jusqu'au 30 avril 2021, exercé son activité au sein du service diabétologie-maladies métaboliques-nutrition du centre hospitalier universitaire de Toulouse, situé sur le site de Rangueil, ainsi que sur celui de la Fontaine Salée, en qualité de responsable des unités du service, à hauteur de quatre demi-journées hebdomadaires. Elle a ensuite soldé, jusqu'au 21 octobre 2021, les jours accumulés sur son compte épargne temps (CET), puis elle a repris son service du 22 au 28 octobre 2021 avant de s'absenter de nouveau, à compter de cette dernière date jusqu'à son admission à la retraite intervenue le 1er mai 2022, en raison de la prise de jours de congés annuels, d'un congé de maladie et de jours de récupération du temps de travail. Elle ne conteste pas sérieusement avoir cessé, à compter du 1er mai 2021, d'exercer son activité de soins en dehors de son site principal d'affectation, celui de Rangueil, et n'avoir poursuivi, jusqu'au 31 décembre 2021, une activité sur le site de la Fontaine Salée que dans le cadre de son mandat syndical. Elle ne remplissait ainsi plus, à partir du 1er mai 2021, la condition d'exercice effectif de ses fonctions sur deux établissements ou sur deux sites distincts prévue par les dispositions du b) du 4° de l'article D. 6152-23-1 du code de la santé publique.

6.Toutefois, contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier universitaire de Toulouse, les dispositions précitées, aux termes desquelles le versement de la prime d'exercice territorial pour activité dans plusieurs établissements ou dans plusieurs sites d'un même établissement est maintenu durant les congés et jours de récupération mentionnés aux 1°, 2°, 3° et 5° de l'article R. 6152-35 du code de la santé publique, ne permettent pas, par principe, d'exclure du bénéfice de ce maintien les congés pris par un praticien hospitalier dans le cadre du CET, notamment lorsque ce compte a été alimenté par le report de jours et congés prévus aux 1°, 2°, 3° et 5° de l'article R. 6152-35. De plus, alors que Mme B C faisait toujours partie des effectifs du centre hospitalier entre le 1er mai 2021 et son admission à la retraite et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son affectation aurait été modifiée durant cette période, elle pouvait prétendre au maintien du versement de la prime d'exercice territorial durant ses congés annuels, ses jours de récupération du temps de travail et, dans les limites fixées par les dispositions de l'article R. 6152-23 du code précité, son congé de maladie.

7.Dès lors, en s'abstenant de distinguer, parmi les jours de congés et de récupération épargnés, issus du CET, dont a bénéficié la requérante à compter du 1er mai 2021, ceux qu'elle avait acquis au titre d'une période d'activité dans plusieurs sites d'un même établissement de ceux acquis au titre d'une période d'activité ordinaire, ainsi qu'il lui appartenait de le faire, et en omettant en outre de prendre en compte les circonstances mentionnées à l'article R. 6152-23 pour l'examen de son droit au maintien de la prime litigieuse, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a commis une erreur de droit.

8.Il résulte de ce qui précède que la décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse ordonnant la répétition d'un indu de prime d'exercice territorial au titre des mois des janvier et février 2022 et décidant de la cessation de son versement à compter du mois de mars 2022, révélée par le courriel du 30 mars 2022, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9.Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse réexamine les droits de Mme B C au maintien du versement de la prime d'exercice territorial pour la période allant du 1er mai 2021 au 1er mai 2022. Pour le calcul de son montant, il y a lieu, d'une part, de prendre en compte les jours de congés issus du CET que Mme B C a acquis au titre d'une période d'activité dans plusieurs sites d'un même établissement, les jours de congés annuels, les jours de récupération du temps de travail et, dans les limites fixées par les dispositions de l'article R. 6152-23 du code précité, les jours de congés dont elle a bénéficié à raison de sa maladie et, d'autre part, de déduire les sommes qui lui ont été versées au titre de cette prime entre le 1er mai 2021 et le 28 février 2022. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de quatre mois, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Toulouse la somme de 528 euros demandée par Mme C au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse ordonnant à Mme B C la répétition d'un indu de prime d'exercice territorial au titre des mois des janvier et février 2022 et décidant de la cessation de son versement à compter du mois de mars 2022, révélée par le courriel du 30 mars 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse de réexaminer la situation de Mme B C selon les modalités fixées au point 9 du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera à Mme B C la somme de 528 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024 .

Le rapporteur,

A. RIVES

La présidente,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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