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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204441

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204441

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204441
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantDALBIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 2 août 2022 sous le n° 2204441 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Thierry Dalbin, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision implicite de rejet de la commission de recours amiable de la mutualité sociale agricole (MSA) Midi-Pyrénées-Nord née du silence gardé sur son recours préalable du 20 mai 2022 tendant à contester la décision du 18 février 2022 par laquelle la MSA lui a notifié la fin de ses droits à la prime d'activité à compter du 1er janvier 2022 ;

2) de mettre à la charge de la MSA la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle est relative à la décision du 18 février 2022 et non à celle du 20 septembre 2021 ; il a exercé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 18 février 2022 ;

- la décision du 18 février 2022 concerne le revenu de solidarité active (RSA) et la prime d'activité ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; la MSA n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d'un mois ;

- la décision attaquée n'est pas fondée ; ses revenus et ceux de sa conjointe sont de 1 048 euros par mois ; ils n'ont pas d'enfant à charge ; il est exploitant agricole et sa conjointe est salariée ;

- la MSA a rétabli ses droits à la prime d'activité à compter du mois de juin 2022.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 21 septembre 2022 et 16 février 2023, la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées-Nord conclut à l'irrecevabilité de la requête et à son rejet au fond.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable concernant la prime d'activité en l'absence de recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 20 septembre 2021 ;

- la décision attaquée est fondée ; les ressources de M. A dépassent le plafond d'octroi de la prime d'activité ; le montant forfaitaire appliqué au calcul des droits à la prime d'activité du requérant est celui applicable à une personne seule dès lors que son épouse ne remplit pas la condition de résidence en France de cinq ans sur la période litigieuse ;

- le courrier du 8 avril 2022 ne constitue pas une décision administrative faisant grief et il ne peut être soulevé d'insuffisance de motivation à son encontre ; ce courrier ne fait que confirmer l'examen du dossier de M. A et n'a qu'une valeur informative ;

- la décision du 18 février 2022 ne concerne que le RSA ;

- la décision du 18 février 2022 est motivée ; une insuffisance de motivation n'entraîne pas de facto l'annulation de la décision ; M. A n'indique pas que la prétendue insuffisance de motivation lui aurait causé grief ;

- elle n'est pas compétente pour se prononcer en matière de RSA ; le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a rejeté le recours préalable du requérant tendant à contester la décision du 18 février 2022 de la MSA en tant qu'elle porte sur le RSA.

II) Par une requête enregistrée le 2 août 2022 sous le n° 2204442, et un mémoire enregistré le 31 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Thierry Dalbin, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision implicite de rejet de la commission de recours amiable de la MSA Midi-Pyrénées-Nord née du silence gardé sur son recours préalable du 20 mai 2022 tendant à contester la décision du 8 avril 2022 par laquelle la MSA lui a refusé le bénéfice de la prime d'activité ;

2) de mettre à la charge de la MSA la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée n'est pas fondée ; ses revenus et ceux de sa conjointe sont de 1 048 euros par mois ; ils n'ont pas d'enfant à charge ; il est exploitant agricole et sa conjointe est salariée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées-Nord conclut à l'irrecevabilité de la requête et à son rejet au fond.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable concernant la prime d'activité en l'absence de recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 20 septembre 2021 ;

- le requérant n'apporte aucun autre élément à l'appui de ses prétentions que le montant des ressources mensuelles du foyer, lequel s'élève à 1 048 euros par mois ; il ne justifie pas ce montant ;

- la décision du 18 février 2022 ne concerne que le RSA ;

- le courrier du 8 avril 2022 ne constitue pas une décision administrative faisant grief et il ne peut être soulevé d'insuffisance de motivation à son encontre ; ce courrier ne fait que confirmer l'examen du dossier de M. A et n'a qu'une valeur informative ;

- le délai pour exercer un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 20 septembre 2021 était expiré à la date du 30 mars 2022 ;

- la décision du 18 février 2022 est motivée ; une insuffisance de motivation n'entraîne pas de facto l'annulation de la décision ; M. A n'indique pas que la prétendue insuffisance de motivation lui ait causé grief ;

- elle n'est pas compétente pour se prononcer en matière de RSA ; le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a rejeté le recours préalable du requérant tendant à contester la décision du 18 février 2022 de la MSA en tant qu'elle porte sur le RSA.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. C a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2204441 et 2204442 présentent à juger des questions semblables, ont fait l'objet d'une instruction commune et concernent un même requérant. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. A est affilié auprès de la MSA Midi-Pyrénées-Nord. Par une décision du 20 septembre 2021, la MSA a refusé d'accorder au requérant le bénéfice de la prime d'activité pour le trimestre de septembre à novembre 2021 au motif que ses revenus ne lui permettaient pas d'en bénéficier. D'une part, par une décision du 18 février 2022, la MSA a notifié à M. A la fin de ses droits au RSA et à la prime d'activité à compter du 1er janvier 2022. Par un recours administratif préalable du 20 mai 2022, reçu le 23 mai 2022, M. A a contesté cette décision, en ce qu'elle porte sur la prime d'activité, devant la commission de recours amiable de la MSA. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant plus de deux mois par la commission de recours amiable sur ce recours. D'autre part, par une décision du 8 avril 2022, la MSA a refusé d'accorder à M. A le bénéfice du RSA et de la prime d'activité. Par un recours administratif préalable du 20 mai 2022, reçu le 23 mai 2022, M. A a contesté cette décision, en ce qu'elle porte sur la prime d'activité, devant la commission de recours amiable de la MSA. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant plus de deux mois par la commission de recours amiable sur ce recours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les deux décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la commission de recours amiable de la MSA.

Sur l'étendue du litige :

3. La MSA fait valoir que la décision du 18 février 2022 ne concerne que le RSA. Toutefois, il résulte de la notification de cette décision qu'elle concerne à la fois le RSA et la prime d'activité dès lors que son objet s'intitule " Notification de radiation RSA et PPA " et qu'elle mentionne les voies et délais de recours applicables à la contestation de la fin de droits au RSA ainsi que les voies de recours applicables à la contestation de la fin de droits à la prime d'activité.

4. En l'espèce, M. A se borne à contester la décision implicite de rejet de la MSA née du silence gardé sur son recours préalable du 20 mai 2022 tendant à contester la décision du 18 février 2022 en tant qu'elle met fin à ses droits à la prime d'activité.

Sur les conclusions des requêtes n° 2204441 et 2204442 tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet de la MSA :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions attaquées sont inopérants.

6. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 842-2 du même code : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () / 2° Etre français ou titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / () / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. / Le montant forfaitaire et le montant maximal de la bonification principale sont revalorisés le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25. / () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ". Aux termes de l'article R. 842-2 du même code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 842-1 et L. 842-2 doivent être remplies par le bénéficiaire de la prime d'activité et son conjoint () : 1° Chaque mois civil au cours du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit à la prime d'activité ; et / 2° Le mois du droit. () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint () ". Aux termes de l'article R. 842-4 du même code : " Lorsqu'il n'est pas tenu compte, pour la détermination du foyer bénéficiaire, du conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité parce qu'il ne remplit pas une ou plusieurs des conditions mentionnées aux articles L. 842-1 et L. 842-2 ses ressources au sens de l'article L. 842-4 sont prises en compte, et ses revenus professionnels sont assimilés à des revenus de remplacement mentionnés au 2° de l'article L. 842-4. ". Enfin, aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / () III.- Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré. Toutefois, les revenus imposables mentionnés au 5° de l'article L. 842-4 pris en compte sont égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié. ".

7. Il résulte de ces dispositions et en particulier de l'article R. 842-4 précité que, si le conjoint du bénéficiaire de la prime d'activité ne peut être pris en compte au titre des droits du bénéficiaire, sauf séparation de fait des époux, ses revenus sont pris en compte au titre des ressources du foyer bénéficiaire dans le calcul du droit de ce dernier à la prime d'activité.

8. Pour solliciter l'annulation des décisions attaquées, M. A fait valoir que ses revenus sont de 576 euros par mois et que ceux de sa conjointe sont de 472 euros par mois, ainsi qu'en atteste un expert-comptable le 25 juillet 2022. Or, il résulte de l'instruction que, pour calculer les droits à la prime d'activité de M. A, la MSA a retenu que les revenus du requérant et de sa conjointe étaient respectivement de 551 euros et de 506 euros par mois sur la période de référence du calcul de la prime d'activité. Toutefois, la MSA fait valoir que la conjointe de M. A, de nationalité malgache, n'est pas titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, ce que le requérant ne conteste pas. En application des dispositions précitées, c'est donc à bon droit que la MSA a pu considérer que la conjointe de M. A ne devait pas être prise en compte pour la détermination du foyer bénéficiaire de la prime d'activité et que ses revenus devaient être pris en compte au titre des ressources du foyer bénéficiaire dans le calcul des droits du requérant à la prime d'activité. Dans ces conditions, la circonstance que les revenus mensuels de M. A et de sa conjointe sur la période de référence soient respectivement de 576 et de 472 euros et non de 551 et de 506 euros est sans incidence sur l'absence de droit de M. A à la prime d'activité dès lors que les ressources perçues par le foyer dépassent le plafond de ressources prévu pour l'octroi de la prime d'activité. En effet, le montant forfaitaire pour une personne seule était fixé à 553,71 euros. Le droit à la prime d'activité de M. A, en prenant les ressources qu'il revendique, est donc égal à 553,71 euros + 351,36 euros (61 % de 576 euros) - (les revenus du couple : 1 048 euros + 66,45 euros de forfait logement). Le résultat étant négatif, M. A n'a pas droit à la prime d'activité.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2204441 et 2204442 de M. A sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à la mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées-Nord et au ministre des solidarités et des familles.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Alain C Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

Nos 2204441, 220444

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