mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204775 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | QUEMERE MATHIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 11 août 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société à responsabilité limitée (SARL) Centre d'éducation permanente et de formation continue.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 22 juillet 2022 et trois mémoires enregistrés le 20 septembre 2023, le 12 janvier 2024 et le 31 janvier 2024, la SARL Centre d'éducation permanente et de formation continue représentée par Me Amizet, administratrice judiciaire, ayant pour avocat Me Quéméré, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions des 21 et 31 mars 2022 ainsi que la décision du 24 mai 2022 par laquelle l'Agence nationale du développement professionnel continu a rejeté son recours gracieux dirigé contre les décisions des 21 et 31 mars 2022 ;
2°) d'annuler le contrat lui attribuant l'agrément de l'Agence nationale du développement professionnel continu ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer le titre de recette d'un montant de 289 015,00 euros émis par l'Agence nationale du développement professionnel continu ;
4°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu à lui verser la somme de 24 105,30 euros au titre de sessions de formations régulièrement facturées
5°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des manquements de l'Agence nationale du développement professionnel continu, assorties des intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2022 ;
6°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal de commerce sur l'action qu'elle a engagée contre son ancien propriétaire ;
7°) de mettre à la charge de l'Agence nationale du développement professionnel continu la somme de 10 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les relations entre elle et l'Agence nationale du développement professionnel continu sont de nature contractuelle ;
- le contrat de délégation de service public la liant à l'Agence nationale du développement professionnel continu doit être annulé faute de mise en concurrence préalable ;
- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des droits de la défense dès lors que la décision du 21 mars 2022 est intervenue sans lui laisser le temps de répondre utilement aux accusations portées contre elle, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, que les éléments de preuve de l'Agence nationale du développement professionnel continu n'ont été produits que postérieurement aux décisions des 21 et 31 mars 2022 et que la directrice de l'Agence nationale du développement professionnel continu a conditionné l'entretien du 12 juillet 2022 à l'absence des conseils de la société ;
- les décisions attaquées sont fondées sur des motifs inopérants dès lors que l'existence d'une sous-traitance non déclarée, dont l'irrégularité n'est au demeurant pas établie, est sans influence sur la prise en charge des formations, l'Agence nationale du développement professionnel continu ne devant tenir compte que de l'effectivité de ses formations et le juge administratif étant incompétent pour interpréter un contrat de droit privé ;
- elle a assigné l'ancien propriétaire de la société devant le tribunal de commerce pour faire constater le dol entachant la cession de la société au motif notamment de la dissimulation de ce contrat de sous-traitance ;
- les quatre-vingt-quatre sessions de formation pour lesquelles un indu est réclamé ont été effectivement réalisées, de sorte que les allégations de fraude et de détournement de fonds publics sont excessives ;
- l'Agence nationale du développement professionnel continu ne justifie pas des motifs qu'elle a retenus tirés de l'utilisation non conforme de son logo, de la promotion non déclarée de sessions à l'étranger et d'une pratique de soins non conventionnels hors du champ du développement professionnel continu ;
- si l'irrégularité de la sous-traitance devait être retenue, le remboursement des sommes correspondant à des formations réalisées est disproportionné ; les griefs invoqués n'ont pas porté atteinte aux usagers ;
- l'Agence nationale du développement professionnel continu n'était pas en situation de compétence liée, au regard des termes de l'article R. 4021-25 du code de la santé publique ;
- en vertu de ce même article, la sanction administrative de remboursement ne pouvait pas intervenir dès lors que l'agrément n'a pas été retiré ;
- aucun fondement textuel ne permettait à l'Agence nationale du développement professionnel continu d'exiger le remboursement de sessions de formation ;
- les illégalités ainsi exposées constituent des manquements contractuels ou, subsidiairement, des fautes délictuelles, ayant entraîné pour elle un préjudice financier d'un montant de 75 000 euros et un préjudice moral évalué à 25 000 euros ;
- en refusant de lui verser la somme de 24 105,30 euros, l'Agence nationale du développement professionnel continu a violé le caractère suspensif des recours contre les créances de l'Etat prévu par l'article 10 du décret n° 63-608 du 24 juin 1963 et a opéré une compensation illégale avec la somme de 289 015 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 14 février 2023 et 19 octobre 2023, ainsi que par un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrés les 5 mars et 11 juillet 2024 sans être communiqués, l'Agence nationale du développement professionnel continu conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les relations entre elle et la société requérante relèvent d'un acte administratif unilatéral consistant en un enregistrement de l'organisme de formation et ne sont pas de nature contractuelle dès lors que les actions de formation proposées par la société requérante ne sont pas au nombre de celles soumises au code de la commande publique en application de l'article R. 4021-20 du code de la santé publique, dès lors qu'il n'est pas prévu que le dispositif de développement professionnel continu fasse l'objet de délégation de service public et dès lors que les prestations proposées ne constituent ni des " services sociaux " ni des " autres services spécifiques " au sens des articles L. 2113-15 et R. 2123-1 du code de la commande publique ;
- le financement des actions de développement professionnel continu est notamment soumis au fait qu'elles doivent être proposées et réalisées par des organismes enregistrés ou par leur sous-traitant dûment déclaré et enregistré ;
- elle a bien respecté la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- c'est à l'issue d'un contrôle poussé qu'elle a constaté l'existence d'un contrat révélant une relation de sous-traitance entre la société requérante et la société PSASS qui aurait dû faire l'objet d'une déclaration auprès d'elle ;
- la société requérante agissait en qualité de prête-nom, ce qui constitue un détournement de fonds publics et la bonne gestion des deniers publics fait partie de ses missions conformément aux articles L. 4021-6 et L. 4021-7 du code de la santé publique ;
- la circonstance qu'elle a renoncé à retirer " l'agrément " de la société requérante ne fait pas obstacle à ce qu'elle exige le remboursement des sommes indument versées en vertu du pouvoir général de contrôle que lui confie l'article L. 4021-6 du code de la santé publique ;
- le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction est inopérant dès lors que les textes applicables ne prévoient pas de modulation ;
- il n'a pas été procédé à une " compensation " ;
- l'article 10 du décret du 24 juin 1963 est inopérant dès lors qu'il ne vaut pas pour les groupements d'intérêt public et dès lors que les créances en cause ne relèvent pas de la procédure de l'exécution forcée et n'ont pas encore fait l'objet d'un titre de perception ; ce sont les dispositions de l'arrêté n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 qui sont applicables et les dispositions des articles 1302 à 1302-2 du code civil, qui permettent la récupération de l'indu justifiant le non versement de la somme de 24 105,30 euros.
Par une ordonnance du 13 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mars 2024.
Par un courrier du 8 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 21 mars 2022 dès lors qu'il ne présente pas un caractère décisoire.
Une réponse à ce moyen d'ordre public, présentée pour la société Centre d'éducation permanente et de formation continue, a été enregistrée le 18 novembre 2024 et communiquée le même jour.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l'arrêté du 14 septembre 2016 relatif aux critères d'enregistrement des organismes ou structures qui souhaitent présenter des actions de développement professionnel continu auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu et à la composition du dossier de présentation des actions ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Préaud,
- les conclusions de Mme Florence Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- les observations de Mme A et M. B, représentant l'Agence nationale du développement professionnel continu.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Centre d'éducation permanente et de formation continue (CEPFOR) est un organisme de formation enregistré auprès l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) en application de l'article R. 4021-24 du code de la santé publique depuis le 7 juillet 2017. Par un courrier du 31 janvier 2022, l'ANDPC l'a alertée sur plusieurs potentiels non-respects de certaines règles d'enregistrement. Par un courrier du 21 mars 2022, l'ANDPC lui a fait savoir qu'elle estimait avérée une sous-traitance non déclarée, l'utilisation de la marque collective de l'ODPC (organisme de développement professionnel continu) CEPFOR et l'existence d'un double financement des formations. Par une décision du 31 mars 2022, l'ANDPC a demandé à la société CEPFOR le remboursement de la somme de 289 015 euros au titre de sommes indument versées pour quatre-vingt-quatre sessions de formation prises en charge en 2018, 2019, 2020 et 2021 conçues et assurées par un sous-traitant non déclaré. Par un courrier du 21 avril 2022, la société CEPFOR a exercé un recours gracieux à l'encontre des courriers des 21 et 31 mars 2022, " form[é] opposition à l'ordonnancement d'un titre de recette d'un montant de 289 015 euros " et présenté une réclamation indemnitaire préalable. Par une décision du 24 mai 2022, l'ANDPC a rejeté ses demandes. Par un courrier du 23 mai 2022, la société CEPFOR a sollicité le paiement de la somme de 35 718,52 euros correspondant aux montants de douze factures émises pour l'organisation de sessions de formation. Le silence gardé par l'ANDPC sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. L'ANDPC a finalement versé à la société CEPFOR la somme de 11 613,52 euros correspondant au coût de deux des actions concernées par la demande du 23 mai 2022. Par la présente requête, la société CEPFOR doit être regardée comme demandant l'annulation des courriers du 21 mars 2022 et du 31 mars 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre ses courriers. Elle demande également la condamnation de l'ANDPC à lui verser la somme 24 105,30 euros correspondant aux factures que l'ANDPC n'a pas voulu prendre en charge malgré la demande du 23 mai 2022, ainsi que la somme de 100 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la nature des relations entre les parties :
2. Aux termes de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu comportant des actions de formation continue, d'analyse, d'évaluation et d'amélioration de ses pratiques et de gestion des risques. () " Aux termes de son article L. 4021-2 : " Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale, et du ministre de la défense pour les professionnels du service de santé des armées, définit les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu. Ces orientations comportent : / 1° Des orientations définies par profession ou par spécialité sur la base des propositions des conseils nationaux professionnels ou, en l'absence de conseils nationaux professionnels, des représentants de la profession ou de la spécialité ; / 2° Des orientations s'inscrivant dans le cadre de la politique nationale de santé ; / 3° Des orientations issues du dialogue conventionnel relevant des articles L. 162-1-13, L. 162-5, L. 162-9, L. 162-12-2, L. 162-12-9, L. 162-14, L. 162-14-1, L. 162-16-1 et L. 162-32-1 du code de la sécurité sociale. " Aux termes de son article L. 4021-6 : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. Elle exerce le contrôle de ce dispositif. () " Tandis que son article R. 4021-20 dispose que : " A la demande du ministre chargé de la santé, l'Agence nationale du développement professionnel continu passe tout marché de prestations de développement professionnel continu, correspondant aux orientations prioritaires de développement professionnel continu mentionnées au 2° et au 3° de l'article L. 4021-2 ou pour répondre à des besoins urgents de santé publique. () ", son article R. 4021-24 prévoit que : " Tout organisme ou structure qui souhaite présenter des actions de développement professionnel continu s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 dépose une demande d'enregistrement auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu. / L'agence procède à l'enregistrement si l'organisme ou la structure satisfait à des critères, fixés par arrêté du ministre chargé de la santé, relatifs à sa capacité à proposer des actions de développement professionnel continu et à son indépendance à l'égard des entreprises fabriquant ou distribuant des produits de santé. / L'agence peut mettre fin à l'enregistrement lorsqu'il est constaté que l'organisme ou de la structure ne remplit plus les critères mentionnés à l'alinéa précédent. Lorsqu'elle envisage de mettre fin à l'enregistrement, l'agence en informe, par tout moyen permettant d'apporter la preuve de sa réception, l'organisme ou la structure, qui dispose d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations. " Et aux termes de l'article R. 4021-25 du même code : " I. - () Dans le cadre du plan national annuel de contrôle, des vérifications sont effectuées pour s'assurer que les actions mises en œuvre par les organismes ou structures et éligibles au financement de l'agence sont conformes aux critères de qualité. / () / III. - Les sanctions d'une évaluation défavorable ou d'un contrôle qui laisse apparaître un manquement dans l'exécution de l'action sont : / 1° Le retrait de l'action ayant fait l'objet d'une évaluation défavorable de la liste des actions déposées sur le site internet de l'Agence nationale du développement professionnel continu ; / 2° Le retrait de l'enregistrement de l'organisme ou de la structure concerné s'il s'avère que la majorité des actions contrôlées au cours des trois derniers mois par les commissions scientifiques indépendantes ne satisfont pas les critères requis ; / 3° Le retrait de l'enregistrement de l'organisme ou de la structure concernée en cas de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse. / La sanction est prononcée par le directeur général de l'agence. / En cas de retrait prononcé conformément aux 1° à 3° du III () [l]a prise en charge des frais pédagogiques exposés peut être refusée ou, le cas échéant, leur remboursement exigé. () "
3. S'il résulte des dispositions précitées de l'article R. 4021-20 du code de la santé publique que des prestations de développement professionnel continu peuvent être confiées à un organisme dans le cadre d'un marché, à la demande du ministre chargé de la santé, il résulte des dispositions précitées des articles R. 4021-24 et R. 4021-26 du même code qu'en principe, les organismes de formation qui en remplissent les conditions sont enregistrés auprès de l'ANDPC qui peut notamment mettre fin à cet enregistrement, qui constitue un acte administratif unilatéral et non un contrat.
4. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un contrat, répondant aux prescriptions de l'article R. 4021-20 du code la santé publique, aurait été conclu entre la société requérante et l'ANDPC. Au contraire, il résulte tant des écritures de chacune des parties que de l'instruction, que la société CEPFOR a été enregistrée auprès de l'ANDPC selon la procédure prévue à l'article R. 4021-24 du code de la santé public. Par suite, la société CEPFOR ne peut utilement se prévaloir de ce qu'un contrat qui la lierait à l'ANDPC aurait été pris en méconnaissance des règles de passation des marchés publics et ses conclusions tendant à l'annulation de ce contrat ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires présentées sur le fondement de la responsabilité contractuelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la " décision " du 21 mars 2022 :
5. Par le courrier du 21 mars 2022, la directrice générale de l'ANDPC se contente, après avoir indiqué les non-conformités qu'elle considérait avérées, d'inviter la société CEPFOR à présenter des " dernières observations " ainsi que des éléments explicatifs avant " toute décision définitive [qu'elle serait] amenée à prendre ". Ce courrier qui ne comporte aucune décision ne fait ainsi pas grief à la société requérante. Les conclusions tendant à son annulation doivent donc être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mars 2022 et de la décision du 24 mai 2022 rejetant le recours gracieux :
6. Aux termes de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique : " Les missions de l'Agence nationale du développement professionnel continu sont les suivantes : / 1° Assurer le pilotage du dispositif de développement professionnel continu des professionnels de santé () ". Aux termes de l'article R. 4021-25 du même code : " Tout organisme ou structure qui souhaite présenter des actions de développement professionnel continu s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 dépose une demande d'enregistrement auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu. / L'agence procède à l'enregistrement si l'organisme ou la structure satisfait à des critères, fixés par arrêté du ministre chargé de la santé, relatifs à sa capacité à proposer des actions de développement professionnel continu et à son indépendance à l'égard des entreprises fabriquant ou distribuant des produits de santé. / L'agence peut mettre fin à l'enregistrement lorsqu'il est constaté que l'organisme ou de la structure ne remplit plus les critères mentionnés à l'alinéa précédent. () " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 septembre 2016 relatif aux critères d'enregistrement des organismes ou structures qui souhaitent présenter des actions de développement professionnel continu auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu et à la composition du dossier de présentation des actions : " Tout organisme ou structure, quel que soit son statut, qui présente des actions dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 du code de la santé publique, doit être préalablement enregistré auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu, conformément à l'article R. 4021-24 du code de la santé publique. / Cette demande d'enregistrement peut être déposée par le déclarant à tout moment. () " Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " Pour démontrer son aptitude à réaliser des actions de développement professionnel continu, le déclarant doit satisfaire aux critères suivants : / () / - transparence des modalités de recours à des sous-traitants pour des activités pédagogiques () ". Et aux termes de son article 5 : " I. - Les organismes ou structures enregistrés par l'Agence nationale du développement professionnel continu actualisent leur dossier lors de tout changement de situation de nature à avoir des conséquences sur le contenu du dossier d'enregistrement. () "
7. Aux termes de l'article R. 4021-25 du code de la santé publique : " I.- L'organisme ou la structure enregistré en application de l'article R. 4021-24 peut proposer des actions de développement professionnel continu, présentées sous forme dématérialisée conformément au modèle défini par un arrêté du ministre chargé de la santé. / Ces actions sont évaluées par les commissions scientifiques indépendantes, sous la responsabilité de l'Agence nationale du développement professionnel continu. / Dans le cadre du plan national annuel de contrôle, des vérifications sont effectuées pour s'assurer que les actions mises en œuvre par les organismes ou structures et éligibles au financement de l'agence sont conformes aux critères de qualité. / II.-Lorsque l'évaluation ou le contrôle défini au I est négatif, l'organisme ou la structure est informé, par tout moyen permettant d'apporter la preuve de sa réception, des manquements constatés lors de ces différents contrôles et des sanctions éventuelles encourues. () / III.- Les sanctions d'une évaluation défavorable ou d'un contrôle qui laisse apparaître un manquement dans l'exécution de l'action sont : / 1° Le retrait de l'action ayant fait l'objet d'une évaluation défavorable de la liste des actions déposées sur le site internet de l'Agence nationale du développement professionnel continu ; / 2° Le retrait de l'enregistrement de l'organisme ou de la structure concerné s'il s'avère que la majorité des actions contrôlées au cours des trois derniers mois par les commissions scientifiques indépendantes ne satisfont pas les critères requis ; / 3° Le retrait de l'enregistrement de l'organisme ou de la structure concernée en cas de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse. () / IV.- En cas de retrait prononcé conformément aux 1° à 3° du III, l'organisme ou de la structure concernée en informe sans délai les bénéficiaires de ses prestations. () / La prise en charge des frais pédagogiques exposés peut être refusée ou, le cas échéant, leur remboursement exigé. () "
8. Si l'Agence nationale du développement professionnel continu ne peut légalement contribuer au financement d'actions de développement professionnel continu que si ces actions s'inscrivent dans le cadre des orientations définies de façon pluriannuelle par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale, qu'à ce titre, il relève de sa compétence de contrôler que les actions de développement professionnel continu déposées sur son site internet en vue d'être mises à la disposition des professionnels de santé s'inscrivent dans le cadre de ces orientations et qu'un tel contrôle, qui relève de la mission mentionnée au 2° de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, est distinct tant de celui, régi par les dispositions de l'article R. 4021-24 du même code, effectué lors de la demande d'enregistrement de l'organisme ou de la structure qui souhaite présenter des actions de développement professionnel continu, que de ceux, régis par les dispositions de l'article R. 4021-25 de ce code, portant sur la mise en œuvre des actions et pouvant conduire au constat de manquements et au prononcé de sanctions ainsi qu'au refus de prise en charge des frais pédagogiques exposés ou à leur remboursement, qui relèvent du 1° de l'article R. 4021-7, il résulte des termes de la décision du 31 mars 2022 qu'elle n'a pas été prise au motif que les actions concernées ne s'inscrivent pas dans le cadre des orientations pluriannuelles mais en raison du recours à un sous-traitant non déclaré. L'ANDPC ne peut dès lors se prévaloir de son pouvoir général de contrôle reconnu au titre du 2° de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, un tel pouvoir ne portant que sur la conformité des actions de formation aux orientations pluriannuelles.
9. Par ailleurs, si l'ANDPC dispose d'un pouvoir général de contrôle lui permettant, pour faire obstacle à la fraude, de retirer un acte qui n'a été obtenu qu'au moyen d'une manœuvre frauduleuse, il résulte cependant des dispositions combinées du III et du IV de l'article R. 4021-25 du code la santé publique que le refus de prendre en charge des frais pédagogiques exposés ou la demande de remboursement de ces frais, fondé sur des manœuvres frauduleuses, ne peut intervenir qu'en complément d'un retrait de l'enregistrement par l'ANDPC de l'organisme de formation.
10. Ainsi qu'il a déjà été énoncé, il résulte des termes de la décision du 31 mars 2022 que, pour prononcer la sanction de remboursement de frais pédagogiques pris en charge au titre des années 2018, 2019, 2020 et 2021, la directrice générale de l'ANDPC s'est fondée sur la circonstance que la société CEPFOR a eu recours à un sous-traitant non déclaré. Il résulte également de cette décision, comme des écritures en défense, que la directrice générale de l'ANDPC a expressément décidé de ne pas procéder au retrait de l'enregistrement de l'organisme. Si l'ANDPC pouvait légalement sanctionner la société CEPFOR au motif du recours à un sous-traitant non déclaré en vertu du 3° du III de l'article R. 4021-25 du code de la santé publique, elle ne pouvait se borner à exiger le remboursement de frais pédagogiques, en l'absence de retrait de l'enregistrement de l'organisme.
11. Enfin, si l'ANDPC se prévaut des dispositions de l'article 40 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, aux termes duquel : " Lorsque le comptable public constate qu'un paiement n'était pas dû en totalité ou en partie, il peut exercer directement une action en restitution de l'indu à l'encontre du débiteur dans les conditions prévues par les articles 1302 à 1302-3 du code civil. Il peut également en informer l'ordonnateur en vue de l'engagement par ce dernier d'une procédure visant au recouvrement de la créance. ", et soutient que sa décision était fondée sur les dispositions des articles 1302 et suivants du code civil, la décision du 31 mars 2022 n'est pas émise par le comptable public et le versement de la somme de 289 015 euros à la société CEPFOR ne saurait s'analyser en une simple erreur de liquidation dès lors que la mise en ligne d'une action de formation peut être assimilée à la naissance d'une décision créatrice de droits.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ni de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal de commerce sur le litige opposant la gérante de la société requérante à son ancien gérant, que la société CEPFOR est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2022 et de la décision du 24 mai suivant rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin de décharge :
13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de décharger la société CEPFOR de l'obligation de payer la somme de 289 015 euros correspondant au montant total du remboursement exigé par l'ANDPC dans sa décision du 31 mars 2022.
Sur le paiement de la somme de 24 105,30 euros :
14. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un titre exécutoire d'un montant de 289 015 euros aurait été émis. Il n'en résulte pas non plus que l'ANDPC, qui fait d'ailleurs valoir que les prestations correspondant à la somme de 24 105,30 euros ont été dispensées par le sous-traitant non déclaré, aurait procédé à une compensation entre la somme réclamée dans la décision du 31 mars 2022 et les sommes dont le paiement a été sollicité par la société CEPFOR dans sa demande du 23 mai 2022. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une compensation illégale et d'une méconnaissance du caractère suspensif des états exécutoires de l'Etat doivent être écartés.
15. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander la condamnation de l'ANDPC à lui verser la somme de 24 105,30 euros.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
16. L'illégalité de la décision du 31 mars 2022 imposant le remboursement de frais pédagogiques, ainsi que de la décision de rejet du recours gracieux, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'ANDPC. Par suite, la société requérante peut prétendre à l'indemnisation des préjudices en lien direct et certain avec cette faute.
17. En premier lieu, en se contentant de produire les comptes annuels de la société pour l'exercice 2021 à l'appui de ses affirmations selon lesquelles les nouveaux propriétaires et la nouvelle gérante de la société " pouvaient légitiment espérer obtenir les fruits d'une collaboration dans laquelle ils avaient non seulement mis des espérances légitimes mais aussi redynamisé la capacité de production de l'entreprise ", la société CEPFOR n'établit pas l'existence du préjudice financier à ce titre. Elle n'établit pas non plus la réalité du surcoût des charges en lien avec la gestion de la sanction litigieuse. Par ailleurs, si elle se prévaut de l'ouverture d'une procédure de sauvegarde judiciaire à son égard par un jugement du 25 septembre 2023 du tribunal de commerce, elle n'établit pas, par la seule production de ce jugement, que ce placement serait en lien direct et certain avec les sanctions de remboursement, dont, au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction qu'elles auraient été exécutées.
18. En second lieu, si la société CEPFOR soutient qu' " en portant des allégations injustifiées d'une particulière gravité qualifiée de comportement frauduleux et de prévarication, l'ANDPC a porté atteinte à l'honneur et à la réputation de la société ", il ne résulte pas de l'instruction que l'ANDPC aurait publiquement porté de telles accusations à l'encontre de la société CEPFOR. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas l'existence du préjudice moral dont elle se prévaut.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les dépens et les frais liés au litige :
20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Agence nationale du développement professionnel continu la somme que sollicite la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mars 2022 par laquelle l'Agence nationale du développement professionnel continu a exigé le remboursement par la société Centre d'éducation permanente et de formation continue de frais pédagogiques à hauteur de 289 015 euros et la décision du 24 mai 2022 par laquelle elle a rejeté le recours gracieux contre cette décision sont annulées.
Article 2 : La société Centre d'éducation permanente et de formation continue est déchargée de l'obligation de payer la somme de 289 015 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Centre d'éducation permanente et de formation continue, à Me Béatrice Amizet et à l'Agence nationale du développement professionnel continu.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Péan, conseillère,
Mme Préaud, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La rapporteure,
L. PRÉAUD La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026