mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204888 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 août 2022, 27 février, 25 juillet et 12 octobre 2023, M. B C, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, :
1°) de déclarer irrecevables les mémoires en défense de l'administration fiscale ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 pour un montant global demeurant en litige de 60 558 euros ;
3°) d'annuler l'avis de mise en recouvrement du 13 mai 2022 ainsi que les actes subséquents ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de défalquer le montant des intérêts sur la période de huit mois courant du 30 septembre 2021 au 13 mai 2022 ;
5°) à titre subsidiaire, de prononcer la compensation entre la somme réclamée par l'administration fiscale et la créance de 18 409 euros qu'il détient à l'encontre de cette dernière.
Il soutient que :
- les mémoires en défense produits à l'instance par l'administration fiscale sont signés par une personne incompétente ;
- la procédure de vérification est irrégulière dès lors qu'elle est fondée sur une procédure pénale initiée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales ;
- l'avis de mise en recouvrement du 13 mai 2022, portant sur la période antérieure au 23 octobre 2018, est irrégulier dès lors qu'il est fondé sur une procédure pénale illégale ;
- il détient une créance de 18 409 euros à l'encontre de l'administration fiscale.
Par des mémoires en défense enregistré les 27 décembre 2022, 23 mai 2023 et 28 mars 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de procédure pénale ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, qui exerce l'activité de défense de clients particuliers ayant fait l'objet d'escroqueries par des entreprises travaillant dans le domaine de l'énergie photovoltaïque, a fait l'objet, du 30 septembre au 6 décembre 2021, d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2018, 2019 et 2020. Par une proposition de rectification du 14 décembre 2021, l'administration fiscale l'a informé de son intention de procéder à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour un montant de 51 671 euros, assortis des intérêts de retard pour un montant de 3 720 euros et d'une majoration de 10 % pour dépôt des déclarations dans les 30 jours suivant mise en demeure, au titre de l'exercice 2018, pour un montant de 5 167 euros. L'administration fiscale a mis en recouvrement ces sommes par un avis du 13 mai 2022. Par une décision du 27 juin 2022, elle a rejeté la réclamation préalable formée par M. C le 25 mai 2022. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant la décharge des sommes mises à sa charge par l'avis de mise en recouvrement du 13 mai 2022.
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. Lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier.
3. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 1er septembre 2020, Hugues Perrin, administrateur général des finances publiques, directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne, a donné délégation de signature à Pascal Rouziès, administrateur des finances publiques adjoint, en sa qualité de responsable de la division des affaires juridiques, à l'effet notamment de " présenter les requêtes, mémoires, conclusions ou observations adressés aux juridictions administratives ou judiciaires ". Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les écritures en défense de l'administration fiscale seraient irrecevables.
Sur les conclusions à fin de décharge :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. () ". Aux termes de l'article L. 55 du même livre, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dus en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L 61 A. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, avant le 24 octobre 2018 : " Sous peine d'irrecevabilité, les plaintes tendant à l'application de sanctions pénales en matière d'impôts directs, de taxe sur la valeur ajoutée et autres taxes sur le chiffre d'affaires, de droits d'enregistrement, de taxe de publicité foncière et de droits de timbre sont déposées par l'administration sur avis conforme de la commission des infractions fiscales. () ". Et aux termes de l'article L. 288 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, à compter du 24 octobre 2018 : " I. Sans préjudice des plaintes dont elle prend l'initiative, l'administration est tenue de dénoncer au procureur de la République les faits qu'elle a examinés dans le cadre de son pouvoir de contrôle prévu à l'article L. 10 qui ont conduit à l'application, sur des droits dont le montant est supérieur à 100 000 € : () / Lorsque l'administration dénonce des faits en application du présent I, l'action publique pour l'application des sanctions pénales est exercée sans plainte préalable de l'administration. () ".
6. M. C soutient que la procédure de vérification de comptabilité dont il a fait l'objet au titre de l'exercice clos en 2018 est irrégulière au motif qu'elle est fondée sur des éléments issus d'une procédure pénale elle-même irrégulière car menée en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales, le procureur de la République de Montauban ayant engagé, avant le 24 octobre 2018, des poursuites à son encontre sans être préalablement saisi par une plainte de la commission des infractions fiscales.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la proposition de rectification du 14 décembre 2021, qui ne fait à aucun moment référence à une procédure pénale en cours ou à des éléments qui lui auraient été transmis par le procureur de la République, que les rappels de TVA qui sont réclamés à M. C sont la seule conséquence de la vérification de comptabilité dont il a fait l'objet à compter du 20 octobre 2021 selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, à la suite de l'avis de vérification de comptabilité du 30 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure d'imposition serait irrégulière en raison de l'irrégularité de la procédure pénale sur laquelle elle se fonderait doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des rappels de TVA auxquels M. C a été assujetti au titre de l'année 2018 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation de l'avis de mise en recouvrement du 13 mai 2022 doivent l'être également.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de compensation :
9. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. " Aux termes de l'article L. 205 du même livre : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. "
10. Il résulte de l'instruction que si M. C se prévaut d'une créance d'un montant de 18 409 euros à l'encontre de l'administration, qui correspondrait au montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'il a acquittée en payant, les 7 février, 22 mars, 27 novembre 2017 et 19 janvier 2018 la somme totale TTC de 92 045 euros à l'avocat qui le conseillait alors, lequel a depuis fait l'objet d'une liquidation judiciaire, les documents qu'il produit à l'instance n'établissent pas l'existence de la créance alléguée à l'encontre de l'administration. Au demeurant, il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 14 décembre 2021, que pour établir le rappel de TVA mis à sa charge au titre de l'année 2018, l'administration fiscale a admis en déduction la TVA déductible, d'un montant de 18 409 euros, déclarée par M. C et grevant les prestations réglées à l'un des avocats auquel il a eu recours dans le cadre de son activité non commerciale. Par suite, les conclusions à fin de compensation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Les conclusions à fin de décharge de M. C étant rejetées, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration fiscale de défalquer le montant des intérêts correspondant à une période de huit mois, du 30 septembre 2021 et 13 mai 2022, doivent l'être également, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026