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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205604

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205604

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205604
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 22 septembre 2022, le 20 janvier 2023 et le 20 février 2023, M. A B, représenté par Me Tintillier, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire de Toulouse et son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 169 578,76 euros en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge médicale du 2 au 16 août 2017 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, dont les frais d'expertise taxés à 1 200 euros.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive dès lors que le courrier du 22 avril 2022 ne constitue pas une réclamation préalable ;

- le mémoire en défense du 7 février 2023 est irrecevable dès lors qu'il a été communiqué après la clôture d'instruction initiale ;

- la responsabilité du centre hospitalier doit être engagée sur le fondement du 1er alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de fautes dans l'organisation et le fonctionnement du service ainsi que dans sa prise en charge dès lors que cette prise en charge n'a pas été adaptée à son handicap et que le personnel soignant l'a laissé quitter l'établissement sans l'informer de l'existence d'une escarre et sans lui prescrire les soins nécessaires ;

- elle doit aussi être engagée sur le fondement du 2ème alinéa de cet article dès lors qu'il a contracté une infection lors de son hospitalisation ;

- il n'y a pas lieu d'appliquer un taux de perte de chance de 30 % ;

- il est fondé à solliciter les sommes de :

o 568,26 euros au titre des frais de déplacement de son épouse,

o 270 euros au titre des frais d'hospitalisation,

o 1 500 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels,

o 146 303 euros au titre de l'assistance par tierce personne,

o 775 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total et 9 662,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel,

o 5 000 euros au titre des souffrances endurées,

o 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire,

o 3 000 euros au titre du préjudice sexuel,

o 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par deux mémoires enregistrés le 28 octobre 2022 et le 19 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, représentée par Me Rastoul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 11 086,06 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification de son premier mémoire ;

2°) de mettre à la charge de la société hospitalière d'assurances mutuelles la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa créance se décompose ainsi :

o frais hospitaliers : 29 232,50 euros,

o frais médicaux : 3 693,09 euros,

o frais pharmaceutiques : 1 836,63 euros,

o frais d'appareillage : 115,02 euros,

o frais de transport : 2 157,78 euros,

o franchises : - 27,50 euros ;

- il convient de déduire de ces sommes la somme de 25 867,46 euros ainsi que la somme de 1 114 euros d'indemnité de gestion, déjà versées par la SHAM.

Par deux mémoires en défense enregistré le 23 décembre 2022 et le 7 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentés par Me Cara, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener la demande indemnitaire du requérant à de plus justes proportions ;

3°) de mettre à la charge du requérant la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, il convient d'appliquer un taux de perte de chance de 30 % et de limiter l'indemnisation aux montants suivants :

o 170,48 euros au titre des frais divers,

o 450 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels,

o 1 720,12 euros au titre des déficits fonctionnels temporaires et permanent,

o 1 500 euros au titre des souffrances endurées,

o 600 euros au titre du préjudice esthétique,

- le préjudice tiré de l'assistance par tierce personne n'est pas en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier ;

- la réalité du préjudice sexuel n'est pas établie ;

- la CPAM du Tarn n'est pas fondée à solliciter sa condamnation dès lors qu'une somme de 25 867,46 euros, au titre des frais et débours, et une somme de 1 114 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, lui ont déjà été versées.

La clôture d'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience dès lors que l'instruction, dont la clôture avait été reportée au 11 octobre 2024, a été rouverte par la communication, le 15 octobre 2024, des pièces produites par M. B et de celles produites par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Tarn en réponse à la mesure d'instruction diligentée le 1er octobre 2024, enregistrées respectivement le 3 et le 8 octobre 2024.

Vu :

- l'ordonnance n° 2006589 du 28 mai 2021, par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a, sur la requête de M. B, ordonné une expertise médicale en vue de décrire et d'examiner les préjudices subis par le requérant du fait de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Toulouse lors de son hospitalisation du 2 au 16 août 2017 ;

- le rapport d'expertise du 17 décembre 2021, enregistré le 20 décembre 2021 au greffe du tribunal ;

- l'ordonnance du 1er février 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au Dr E à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Préaud,

- les conclusions de Mme Florence Nègre - Le Guillou, rapporteure publique,

- les observations de M. B et de Me Montazeau, substituant Me Cara et représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 25 juillet 1952 et souffrant depuis 1993 d'une syringomyélie, a été pris en charge par les services de l'hôpital Pierre-Paul Riquet du centre hospitalier universitaire de Toulouse du 2 au 16 août 2017, à la suite d'un accident alors qu'il circulait en handibike. Lors de cette hospitalisation, il a développé une escarre, au niveau sacrococcygien, qui s'est ensuite infectée. Par la présente requête, il demande la condamnation du centre hospitalier universitaire de Toulouse à lui verser la somme de 169 578,76 euros en réparation des préjudices ayant résulté pour lui de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la SHAM :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () " Et aux termes de son article R. 421-5 : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "

3. Le principe de sécurité juridique implique que le destinataire d'une décision administrative individuelle, qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable, doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.

4. Le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la SHAM soutiennent que la requête présentée par M. B est tardive dès lors qu'il leur a adressé une demande indemnitaire préalable par courrier du 22 avril 2022 à laquelle il a été répondu le 20 juin 2022. Toutefois, la proposition d'indemnisation faite le 20 juin 2022 ne comporte, en tout état de cause, pas la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal le 22 septembre 2022 et tendant à l'indemnisation de ses préjudices, n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la SHAM doit être écartée.

Sur la recevabilité du mémoire en défense du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de la SHAM enregistré le 7 février 2023 :

5. La circonstance que le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la SHAM ont produit un mémoire en défense postérieurement à la clôture initiale d'instruction, qui a été rouverte pour que ce mémoire soit communiqué aux parties, n'est pas de nature à le rendre irrecevable. Il n'y a dès lors pas lieu de l'écarter des débats.

Sur la responsabilité du centre hospitalier :

6. D'une part, aux termes du 1er alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

7. M. B soutient que l'apparition d'une escarre lors de son hospitalisation à l'hôpital Pierre-Paul Riquet est due à une défaillance dans l'organisation et le fonctionnement du service ainsi qu'à une prise en charge médicale non adaptée à son handicap. En effet la syringomyélie dont il souffre entraîne une insensibilité et une quasi-paraplégie des membres inférieurs à partir du nombril. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 17 décembre 2021, que le handicap de M. B n'a pas été suffisamment pris en compte pour les soins qui lui ont été prodigués dans le cadre de son hospitalisation du 2 au 16 août 2017, ce qui a conduit à l'apparition d'une escarre sacrée. En particulier, M. B n'a pas bénéficié de soins de kinésithérapie, ni d'un lit approprié à sa paraplégie pour la quasi-totalité de la période postérieure à son hospitalisation dans le service des soins intensifs, ni d'un suivi adapté de son transit intestinal. Il n'a pas non plus disposé d'un plan de soins de l'escarre sacrée à sa sortie de l'établissement, l'escarre, dont il ne pouvait avoir connaissance du fait de son handicap, ne lui ayant au demeurant pas été signalée. Ces manquements constituent des fautes dans l'organisation et le fonctionnement du service hospitalier qui, s'agissant de l'absence d'indications médicales relatives à l'escarre, ne sont pas contestées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse. Il résulte en outre de l'instruction que ces manquements ont été à l'origine de l'apparition de l'escarre sacrée puis de sa surinfection. La responsabilité du centre hospitalier universitaire de Toulouse est donc engagée du fait de ces manquements fautifs.

8. D'autre part, aux termes du 2ème alinéa du II de ce même article : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. " Il résulte de ce texte que doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

9. M. B soutient que l'infection de son escarre constitue une infection nosocomiale. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire du 17 décembre 2021, qu'une escarre est apparue chez M. B lors de son hospitalisation du 2 au 16 août 2017 et que cette escarre s'est infectée à sa sortie de l'hôpital au point de nécessiter une nouvelle hospitalisation à compter du 31 août 2017 dans le service des maladies infectieuses du centre hospitalier de Cahors. Cette infection est ainsi survenue au décours de la prise en charge de M. B par l'hôpital Pierre-Paul Riquet. Le centre hospitalier universitaire de Toulouse, qui ne conteste d'ailleurs pas l'existence d'une infection nosocomiale au sens du deuxième alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique précité, n'allègue pas que cette infection proviendrait d'une cause étrangère. Sa responsabilité doit ainsi également être engagée, sans faute, à ce titre.

Sur la perte de chance :

10. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier ou une infection nosocomiale a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement ou de cette infection, et qui doit être intégralement réparé, n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

11. Il résulte du rapport du docteur D, établi le 10 février 2020 à la demande de la SHAM, qu'une prise en charge adaptée à la paraplégie de M. B " aurait très bien pu conduire au développement de l'escarre sacrée ". Il évalue la perte de chance de M. B de ne pas développer l'escarre à 75 %. Si l'expert judiciaire évalue cette perte de chance à 30 %, il indique également que l'observance de " règles simples concernant l'attention minimale due aux patients " aurait permis d'éviter l'apparition de l'escarre. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la surinfection de l'escarre ne serait pas advenue en cas de signalement et de plan de suivi à la sortie de l'hôpital. Ainsi, il y a lieu de fixer à 75 % le taux de perte de chance d'éviter l'apparition de l'escarre.

12. En revanche, l'infection de l'escarre sacrée est à l'origine directe et certaine des préjudices de M. B. Il n'y a dès lors pas lieu d'appliquer un taux de perte de chance s'agissant de l'infection nosocomiale.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'indemnisation, par le centre hospitalier universitaire de Toulouse, de ses préjudices en tenant compte d'un taux de perte de chance de 100 %, s'agissant de l'infection nosocomiale, appliqué au taux de perte de chance de 75 % d'éviter l'escarre, soit l'indemnisation de 75 % de ses préjudices.

Sur les préjudices :

14. Il résulte de l'instruction, eu égard d'une part au rapport d'expertise du 17 décembre 2021 et d'autre part, malgré les observations de M. B lors de l'audience, à l'absence de production dans la présente instance d'éléments de nature à établir l'existence d'une récidive de l'escarre, que la date de consolidation de l'état de santé de M. B peut être fixée au 18 décembre 2018.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux frais divers :

15. M. B demande l'indemnisation des frais de déplacement de son épouse pour lui rendre visite lors de son hospitalisation du 30 août au 13 septembre 2017 au secteur des maladies infectieuses du centre hospitalier de Cahors, à hauteur de 568,26 euros. Il résulte de l'instruction que M. B y a été hospitalisé du 31 août au 14 septembre 2017. Toutefois, le requérant n'établit pas la fréquence des visites de son épouse au cours de cette hospitalisation. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B au titre des frais de déplacement de son épouse en l'évaluant à la somme de 400 euros, soit 300 euros après application du taux de perte de chance.

Quant aux pertes de gains professionnels actuels :

16. M. B sollicite la somme de 1 500 euros au titre de l'indemnisation d'une perte de revenus, constituée par l'impossibilité de réaliser une prestation de traduction. Il produit pour en justifier un document daté du 20 mars 2018 rédigé en langue allemande comportant l'indication " 1 500 € ". Toutefois, alors que l'expert judiciaire ne s'est pas prononcé sur l'impossibilité pour M. B d'effectuer cette prestation, il résulte de l'expertise rendue à la demande du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de la SHAM que " la surveillance de l'évolution de l'escarre cutanée permettait d'envisager d'effectuer ce travail ". Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser M. B au titre de la perte de gains professionnels.

Quant aux frais d'hospitalisation :

17. M. B sollicite la somme de 270 euros au titre de son hospitalisation du 30 août 2017 au 13 septembre 2017. Il résulte toutefois de l'attestation d'imputabilité et de l'état de créance produits par la CPAM du Tarn que ce séjour hospitalier a été pris en charge par l'assurance maladie. M. B n'établit pas qu'il aurait supporté des frais laissés à sa charge. Par suite, il n'y a pas lieu de l'indemniser au titre des frais d'hospitalisation.

Quant à l'assistance par tierce personne :

18. M. B sollicite la somme de 146 303 euros au titre de l'indemnisation de l'assistance par tierce personne pour les périodes du 16 au 30 août 2017 et du 14 septembre 2017 au 19 décembre 2018, à raison de douze heures d'aide active par jour à un taux horaire de 13 euros et de douze heures d'aide passive par jour à un taux horaire de 11 euros. S'il fait valoir que le plan de soins de son hospitalisation à domicile prévoyait la " maintenance de la TPN (thérapie par pression négative) en général tous les 2 à 3 jours ou bien en urgence lors des cas de fèces infiltrée sous le pansement " et que le plan de soins des infirmières libérales prévoyait un " changement de pansement une fois par jour ", l'assistance nécessaire à la réalisation de ses soins est prise en charge par l'assurance maladie. Par ailleurs, une indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne ne saurait être accordée pour la surveillance de M. B par son épouse. En revanche, le plan de soins des infirmières libérales précisait également qu' " en cas de souillure, c'est Martine (son épouse) qui changeait le pansement ". Ainsi, il y a lieu d'indemniser M. B au titre de l'assistance par tierce personne à raison de deux heures par jour du 14 septembre 2017 au 18 décembre 2018. En appliquant un taux horaires de 20 euros par jour et en tenant compte des congés payés, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser la somme de 15 610,85 euros après application du taux de perte de chance de 75 %.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

19. M. B sollicite la somme de 775 euros au titre de l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire total et la somme de 9 662,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que M. B a subi un déficit fonctionnel de classe III, soit de 50 %, pour la période du 17 au 30 août 2017, avant d'être hospitalisé du 31 août au 14 septembre 2017 pour traiter l'infection de son escarre. Il résulte également de l'instruction que si l'expert judiciaire a retenu un déficit fonctionnel de classe IV, soit de 75 %, pour la période du 1er septembre 2017 au 18 décembre 2018, cette période comprend en réalité la période du 1er septembre au 14 septembre 2017 durant laquelle M. B a subi un déficit total. En revanche, si l'expert judiciaire a retenu un déficit fonctionnel total pour la période du 2 au 16 août 2017, cette période concerne la prise en charge médicale de M. B à la suite de son accident. Cette période d'hospitalisation n'est donc en lien ni avec les fautes commises par l'établissement de santé ni avec l'infection nosocomiale survenue au décours de cette hospitalisation. Il sera ainsi fait une juste évaluation du préjudice subi par M. B en le fixant à la somme de 140 euros pour la période du 17 août au 30 août 2017, à la somme de 300 euros pour la période du 31 août au 14 septembre 2017 et à la somme de 6 810 euros pour la période du 15 septembre 2017 au 18 décembre 2018, soit la somme totale de 7 250 euros. Après application du taux de perte de chance de 75 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser à M. B la somme de 5 437,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire.

Quant aux souffrances endurées :

20. Les souffrances endurées par M. B avant consolidation ont été évaluées par l'expert judiciaire à 3,5 sur 7, compte tenu du retentissement important de l'escarre sur l'état de santé physique et psychologique du requérant. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice à ce titre en le fixant à la somme de 5 000 euros. Après application du taux de perte de chance de 75 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser à M. B la somme de 3 750 euros à ce titre.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

21. Le préjudice esthétique de M. B avant consolidation a été évalué par l'expert judiciaire à 1,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice à ce titre en le fixant à la somme de 1 500 euros. Après application du taux de perte de chance de 75 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser à M. B la somme de 1 125 euros à ce titre.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant au préjudice sexuel :

22. M. B demande la somme de 3 000 euros au titre de son préjudice sexuel. L'expert judiciaire a estimé que ce poste de préjudice était " à considérer " mais ne l'a pas évalué. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. B en le fixant à la somme de 1 000 euros. Après application du taux de perte de chance de 75 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser à M. B la somme de 750 euros à ce titre.

Quant au préjudice esthétique permanent :

23. Le préjudice esthétique de M. B après consolidation a été évalué par l'expert judicaire à 1 sur 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice du requérant à ce titre en le fixant à la somme de 1 000 euros. Après application du taux de perte de chance de 75 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser à M. B la somme de 750 euros à ce titre.

24. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la SHAM doivent être solidairement condamnés à verser à M. B la somme de 27 723,35 euros.

Sur les droits de la CPAM du Tarn :

25. Il résulte de la notification définitive des débours de la CPAM du Tarn et de l'attestation d'imputabilité établie le 7 octobre 2024 par le médecin conseil de la caisse que la CPAM du Tarn a engagé pour le compte de M. B des frais d'hospitalisation, des frais médicaux, des frais pharmaceutiques, des frais d'appareillage et des frais de transport d'un montant total de 36 953,52 euros. Il résulte tant des écritures du centre hospitalier que des écritures de la CPAM qu'une somme de 25 867,46 euros a déjà été versée à la CPAM, au titre de ses débours, par la société hospitalière d'assurances mutuelles. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner la SHAM à verser à la CPAM du Tarn la somme de 11 086,06 euros.

Sur les intérêts :

26. La CPAM du Tarn a droit aux intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son premier mémoire au greffe du tribunal, soit le 28 octobre 2022.

Sur les dépens :

27. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de la SHAM la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu de mettre à la charge de la SHAM la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Tarn en application de ces mêmes dispositions. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme sollicitée par le centre hospitalier et la SHAM sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser à M. B la somme de 27 723,35 euros.

Article 2 : La société hospitalière d'assurances mutuelles est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn la somme de 11 086,06 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2022.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La société hospitalière d'assurances mutuelles versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la société hospitalière d'assurance mutuelles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn.

Copie en sera adressée au docteur E, expert.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Péan, conseillère,

Mme Préaud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

L. PRÉAUD La présidente,

C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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