mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206115 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RIEU-CASTAING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2022, Mme D A, représentée par Me Rieu-Castaing, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- le principe d'indépendance des procédures est injuste et contraire à la Constitution ainsi qu'aux articles 5, 9 et 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors que les pièces de procédure et les avis de mise en recouvrement ont été adressés à Mme D C alors qu'elle se nomme Mme D A ;
- les pièces de procédure et les avis de mise en recouvrement ne lui sont jamais parvenus par voie postale ;
- la procédure d'imposition est entachée d'un vice substantiel, dès lors que la réclamation préalable présentée par son conseil par voie électronique le 19 février 2019 était recevable ;
- malgré ses demandes répétées, l'administration fiscale ne lui a pas communiqué les recoupements externes qu'elle a réalisés dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Laurim ;
- l'administration fiscale a méconnu le principe du débat oral et contradictoire ;
- l'administration fiscale a privé la SARL Laurim d'une garantie fondamentale, dès lors que les conséquences fiscales professionnelles du contrôle au débit de la SARL Laurim ont été mis en recouvrement alors que le conseil de la société avait demandé la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- les avis de mise en recouvrement relatifs à l'année 2015 sont entachés de nullité dès lors qu'ils ne comportent pas la date de la proposition de rectification ;
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
- le bénéfice industriel et commercial réalisé par la SCI Saint-Simon au titre de l'exercice 2014 était de 62 097 euros et la quote-part de Mme A s'élevait à 51 745,43 euros, élément qui justifie un dégrèvement au profit de Mme A pour l'année 2014 d'un montant de 61 305 euros en droits au titre de l'impôt sur le revenu, de 916 euros en droits au titre de la contribution sur les hauts revenus, de 3 733,26 euros au titre des intérêts de retards et de 6 222 euros au titre de la majoration de 10 %, et ainsi le rétablissement de son déficit foncier pour l'année 2015 ;
- les sommes perçues au titre de l'exercice 2015 par Mme A en qualité d'associée de la SARL Media Loc ne constituent pas des revenus distribués au sens du c de l'article 111 du code général des impôts dès lors qu'il s'agit de remboursements de son compte courant d'associé à la suite de la vente de ses parts sociales dans la société le 28 septembre 2015 ;
- les sommes perçues au titre de l'exercice 2015 par Mme A en qualité d'associée de la SARL Laurim ne constituent pas des revenus distribués, dès lors d'une part que l'inscription de ces sommes à son compte courant d'associé est le résultat d'une erreur de l'ancien comptable de la société et, d'autre part, qu'elle n'a pas appréhendé lesdites sommes ;
- les sommes mises en recouvrement au titre de l'impôt sur les sociétés relatif à l'année 2015 portent sur deux créances différentes sans les détailler, méconnaissant ainsi la doctrine fiscale référence BOI-REC-PREA-10-10-20 du 18 février 2019 ;
- Mme A ne s'est pas personnellement enrichie ;
- l'administration fiscale n'a pas fait une exacte application de la doctrine fiscale n° BOI-CTX-DG-20-20 publiée au BOFIP le 2 août 2019 en matière de charge de la preuve s'agissant d'une procédure de vérification contradictoire menée sur le fondement de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration fiscale a méconnu la doctrine n° BOI-CTX-DG-20-20-40 publiée au BOFIP le 12/09/2012 ;
En ce qui concerne les intérêts de retard et les pénalités :
- les intérêts de retard ne sont pas fondés :
- les majorations de 10 % et 40 % prononcées sur le fondement respectivement de l'article 1758 A du code général des impôts et du a de l'article 1729 du même code ne sont pas motivées.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin de décharge des impositions supplémentaires objets des avis d'imposition des 30 avril 2018 et 30 septembre 2019 issues des rehaussements relatifs à la vérification des SCI Gatello et de la SARL Media Loc sont irrecevables pour cause de tardiveté ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Laurim, dont la gérante et l'unique associée est Mme A, a fait l'objet d'une vérification générale de comptabilité portant sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, qui a donné lieu à une proposition de rectification en date du 13 décembre 2018. Tirant les conséquences des rectifications proposées, l'administration fiscale a informé Mme A, par une proposition de rectification du même jour, de son intention de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2015, résultant de dettes non justifiées issues, d'une part d'un à-nouveau non justifié d'un montant de 210 015 euros figurant au 1er janvier 2015 au crédit de son compte courant d'associé dans la SARL Laurim et, d'autre part, des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé dans la SARL Laurim (533 040 euros), qualifiées de revenus distribués sur le fondement du c de l'article 111 et du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ainsi que des rehaussements de bénéfice (35 253 euros) et des produits exceptionnels (70 000 euros), qualifiés de revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 et de l'article 110 du code général des impôts, imposables entre ses mains en qualité de revenus de capitaux mobiliers. Par une décision du 22 juillet 2019, prise en réponse aux observations présentées par Mme A le 19 février 2019, l'administration fiscale a abandonné le rehaussement envisagé au titre des dettes non justifiées issues des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé dans la SARL Laurim, à hauteur de 92 020 euros. Pour le surplus, elle a maintenu les rectifications envisagées. Sa réclamation préalable du 8 juin 2021 ayant été rejetée par une décision du 3 octobre 2022, par la présente requête, Mme A demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires demeurant en litige d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 199-1 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. () ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. () ".
3. Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2015 résultent des seules constatations opérées lors des vérifications de comptabilité dont ont fait l'objet les SCI Gatello, SARL Media Loc et SARL Laurim, dont Mme A est gérante et associée, et que l'administration fiscale, par une décision du 29 juillet 2019, a rejeté les réclamations préalables présentées les 12 septembre et 10 octobre 2018 par la contribuable à l'encontre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2013 à 2015, consécutivement aux contrôles des SCI Gatello, La Forge et Saint-Simon et de la SARL Media Loc. Il résulte également de l'instruction, notamment des enveloppes et avis de réception correspondants et de la copie d'écran du suivi informatique des plis, que cette décision de rejet de réclamation préalable a été adressée à la requérante à son adresse exacte, puis retournée à l'administration le 19 août 2019, faute d'avoir été retiré dans le délai imparti, après que ce pli a été présenté le 1er août 2019 à son domicile et qu'elle a été avisée de sa mise en instance. Par ailleurs, cette même décision a été adressée au cabinet de son conseil auprès duquel elle avait, dans ses réclamations, déclaré élire domicile, puis retournée à l'administration faute d'avoir été retirée dans le délai imparti, après que ce pli a été présenté le 1er août 2019 et qu'il a été avisé de sa mise en instance. Ainsi, la décision du 29 juillet 2019, qui mentionne les voies et délais de recours, doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à la contribuable le 1er août 2019. Dans ces conditions, les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge de Mme A au titre de l'année 2015, résultant des constatations opérées lors des vérifications de comptabilité dont ont fait l'objet la SCI Gatello et la SARL Media Loc, présentées le 19 octobre 2002, soit après l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
4. En premier lieu, Mme A ayant la faculté de contester, à l'occasion du présent litige, tant la régularité de la procédure dont elle a fait l'objet que le bien-fondé de l'imposition mise à sa charge, le moyen tiré de ce qu'elle serait privée du droit de se défendre tel que garanti par les dispositions combinées des articles 9 et 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen doit être écarté. En outre, l'administration fiscale n'étant pas dispensée de justifier du bien-fondé des rectifications auxquelles elle procède, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen doit également être écarté.
5. En deuxième lieu, en vertu du principe d'indépendance des procédures d'imposition, Mme A, dont les impositions personnelles ont été rehaussées à partir de constatations faites par l'administration fiscale au cours de la vérification de comptabilité de la SARL Laurim dont elle est la gérante, ne peut utilement se prévaloir de moyens relatifs à la procédure d'imposition suivie à l'encontre de cette société. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du débat oral et contradictoire, s'agissant tant du principal que des pénalités, de l'absence de communication par l'administration des recoupements externes qu'elle a réalisés, et de la privation d'une garantie fondamentale, du fait de la mise en recouvrement des rectifications alors que la SARL Laurim avait sollicité la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui se rapportent à la procédure de vérification dont a fait l'objet la SARL Laurim, doivent être écartés comme inopérants.
6. En troisième lieu, Mme A soutient que les pièces de procédure et les avis d'imposition lui ont été adressés au nom de D C, alors qu'elle est divorcée de M. C depuis plusieurs années et porte désormais le nom de A. Elle ne contredit toutefois pas l'administration fiscale lorsque celle-ci soutient que les déclarations de revenus télédéclarées remplies par la requérante depuis son divorce sont établies au nom de Mme C. Au surplus, à supposer que les documents en cause aient comporté une erreur de patronyme, cette erreur n'est pas de nature à entacher la procédure d'imposition d'irrégularité dès lors qu'elle n'a privé la requérante, qui les a reçus puisqu'elle les produit elle-même à l'instance, d'aucune garantie et n'a eu aucune influence sur les décisions prises par la suite par l'administration fiscale. Par suite, les moyens tirés de l'absence de réception des pièces de procédure et avis d'imposition et de l'établissement de ces documents à une identité inexacte doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, si Mme A soutient que la procédure d'imposition est entachée d'un vice substantiel, dès lors que la réclamation préalable présentée par son conseil par voie électronique le 19 février 2019 était recevable, il résulte toutefois de l'instruction que malgré le non-respect par la requérante des exigences de forme s'attachant à la présentation d'observations par le contribuable, l'administration fiscale a tenu compte de ces observations et y a répondu le 22 juillet 2019 en faisant partiellement droit aux moyens qu'elle avait développés. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
8. En cinquième et dernier lieu, Mme A soutient que les avis de mise en recouvrement des impositions supplémentaires litigieuses ont été établis en méconnaissance des dispositions des articles L. 256 et R. 256 du livre des procédures fiscales. Il résulte toutefois de l'instruction que les impositions supplémentaires litigieuses ont été recouvrées par voie de rôle, l'administration ayant adressé à Mme A des avis d'imposition et non des avis de mise en recouvrement. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions. Par ailleurs, dans le cadre d'un contentieux d'assiette, les irrégularités dont sont, le cas échéant, entachés les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans incidence sur la régularité de la procédure et le bien-fondé de l'imposition. Par suite, Le moyen tiré de ce que les avis d'imposition qui lui ont été adressés sont irréguliers doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
S'agissant de la charge de la preuve :
Quant à l'application de la loi fiscale :
9. Comme il a été dit précédemment, les impositions supplémentaires en litige résultent des constatations opérées lors des vérifications de comptabilité de la SCI Gatello, des la SARL Media Loc et de la SARL Laurim. Contrairement à ce que soutient Mme A, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification, que l'administration fiscale aurait procédé à un renversement de la charge de la preuve. Par suite, le moyen de la méconnaissance par l'administration des règles relatives à la charge de la preuve doit être écarté.
Quant à l'interprétation de la loi fiscale :
10. Mme A ne peut utilement invoquer l'interprétation administrative de la loi fiscale, notamment le BOI-CTX-DG-20-20 publiée au BOFIP le 2 août 2019 et le BOI-CTX-DG-20-20-40 publiée au BOFIP le 12 septembre 2012, dès lors qu'il ne ressort pas de ces instructions une lecture de la loi fiscale différente de celle exposée ci-dessus en ce qui concerne les règles de charge de la preuve.
S'agissant des éléments de fait et de contestation relatifs au contrôle de la SCI Saint-Simon :
11. Mme A soutient que le déficit foncier qu'elle avait initialement déclaré au titre de l'année 2015 doit être rétabli, dès lors qu'au titre de l'exercice 2014 le bénéfice industriel et commercial réalisé par la SCI Saint-Simon était de 62 097 euros et sa quote-part de 51 745,43 euros, éléments qui justifiaient un dégrèvement à son profit pour l'année 2014 d'un montant de 61 305 euros en droits au titre de l'impôt sur le revenu, de 916 euros en droits au titre de la contribution sur les hauts revenus, de 3 733,26 euros au titre des intérêts de retards et de 6 222 euros au titre de la majoration de 10 %. Il résulte toutefois de l'instruction que la proposition de rectification du 13 décembre 2018 ne fonde pas les impositions supplémentaires contestées dans le cadre de la présente instance sur une annulation d'un déficit foncier déclaré au titre des parts détenues par Mme A dans la SCI Saint-Simon. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
S'agissant des revenus de capitaux mobiliers :
12. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. " D'autre part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. " Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé, qui sont, sauf convention contraire, à tout moment disponibles pour le titulaire du compte, constituent, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, des revenus distribués, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes, que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu, ou bien avoir été dans l'impossibilité de procéder, en droit ou en fait, au prélèvement de la somme créditée sur son compte. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve que les sommes qu'elle regarde comme distribuées ont été effectivement appréhendées par les associés. Les sommes à retenir pour l'assiette de l'impôt sur le revenu s'entendent de toutes celles qui ont été mises à disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte courant sur lequel l'intéressé a opéré ou aurait pu opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre de l'année en cause.
13. En l'absence d'éléments probants relatifs à leur origine, l'administration fiscale a imposé entre les mains de Mme A, en tant que revenus de capitaux mobiliers, au titre de l'année 2015, les sommes respectives de 105 253 euros et de 451 030 euros - après dégrèvement partiel par décision du 22 juillet 2019, en réponse aux observations présentées par Mme A - correspondant, d'une part à des rehaussements de bénéfice et de produits exceptionnels et, d'autre part, à des sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé de l'intéressée dans la SARL Laurim, dettes non justifiées dans la comptabilité de cette SARL, qualifiés de revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et du 1° du 1 de ce même article. Elle a par ailleurs qualifié de revenus distribués sur le même fondement, imposables comme revenus de capitaux mobiliers entre les mains de Mme A, la somme de 210 015 euros inscrite au 1er janvier 2015 en à nouveau au crédit de son compte courant d'associé dans cette même société.
14. Pour contester la qualification de revenus distribués retenue par l'administration, Mme A soutient tout d'abord que l'inscription des sommes litigieuses au crédit du son compte courant d'associé dans la SARL Laurim, dont elle ne remet sérieusement pas en cause la matérialité, est due à une erreur de l'ancien comptable de cette société qui a omis de retracer dans les comptabilités intra-groupe des mouvements de trésorerie intervenus entre la SARL Laurim et les sociétés ABI TT et ABI TT 34 dans le cadre d'une convention de trésorerie. Toutefois, Mme A ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la convention de trésorerie qu'elle a produite dans le cadre de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SARL Laurim, en date du 5 janvier 2015, a été signée entre, d'une part la société Laubing et, d'autre part, les sociétés Laurim, ABI TT et ABI TT 34, les trois dernières donnant mandat à la première pour gérer la trésorerie du groupe. Or, aucune des sommes inscrites au compte courant d'associé de Mme A dans la SARL Laurim ne concerne la société Laubing. Dans ces conditions, cette convention de trésorerie n'est pas de nature à justifier de l'origine des sommes litigieuses. Enfin, à supposer qu'une erreur du comptable soit établie, Mme A demeure seule responsable, en sa qualité de gérante de cette société, des anomalies affectant la comptabilité de la société.
15. Si Mme A soutient ensuite qu'elle n'a pas appréhendé les sommes en litige figurant au crédit de son compte courant d'associé dans la SARL Laurim, elle ne contredit pas l'administration fiscale lorsque celle-ci indique qu'elle était la gérante et l'associée unique de la SARL Laurim, qu'elle signait les contrats de la société, dirigeait les chantiers, disposait seule du pouvoir de gérer l'unique compte bancaire de la société, n'a pas déclaré le bénéfice imposable de la société et a opéré une confusion totale entre son patrimoine personnel et le patrimoine social de la société. En se bornant à soutenir qu'elle n'a pas pu appréhender une somme aussi importante, Mme A ne démontre pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, que les sommes en cause étaient indisponibles en droit ou en fait ou bien qu'il existait une contrepartie pour la société Laurim.
16. En second lieu, en se bornant à soutenir qu'elle ne s'est pas enrichie et que l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve de son enrichissement personnel, Mme A ne conteste pas utilement le bien-fondé des impositions litigieuses. Par suite, ce moyen doit être écarté.
17. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré ces sommes, qui s'analysent en des revenus distribués au sens du 2° du 1de l'article 109 du code général des impôts, dans la base d'imposition de Mme A à l'impôt sur le revenu de 2015 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, et en a tiré les conséquences en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales.
En ce qui concerne les intérêts de retard et pénalités :
18. En premier lieu, si Mme A indique contester les intérêts de retard afférents aux droits et pénalités contestés, elle ne développe aucun moyen au soutien de ces conclusions. Par suite, celles-ci ne peuvent qu'être rejetées.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. () ". Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. "
20. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 13 décembre 2018 n'énonce pas les circonstances de fait ayant conduit au prononcé de la majoration de 10 % en application des dispositions précitées de l'article 1758 A du code général des impôts, qui ne figurent que dans le tableau des conséquences financières. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces majorations doit être accueilli.
21. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. "
22. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 13 décembre 2018, que celle-ci énonce les considérations de faits sur lesquelles se fonde l'application aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus, de la majoration de 40 % prévue aux dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts. En outre, la régularité de la motivation ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, de sorte que Mme A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de son moyen tiré de l'insuffisance de motivation, de la circonstance que l'administration fiscale ne démontrerait pas qu'elle a effectivement appréhendé les revenus distribués. Dans ces conditions, l'administration fiscale satisfait à l'exigence de motivation posée par l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la majoration de 40 % pour manquement délibéré ne peut qu'être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la décharge de la majoration de 10 % prononcée sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du livre des procédures fiscales font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie essentiellement perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est déchargée de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2015.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026