mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206536 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL BERTHIAUD ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 24 février 2023, le syndicat mixte départemental d'élimination des déchets du Lot (Syded), représenté par la SARL Boissy Avocats Associés, demande au juge des référés de :
1°) désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, avec pour mission de déterminer les causes et conséquences du défaut de performance du process de tri du centre de tri de Catus, de déterminer les responsabilités encourues et les préjudices, d'identifier une solution technique et de chiffrer les travaux de reprise nécessaires ;
2°) dire que l'expert déposera un pré-rapport ;
3°) réserver les dépens ;
4°) rejeter les conclusions de la société Bellegraaf Recycling Machinery, à l'exception de celle propre à désigner un expert spécialisé dans les domaines de l'ingénierie mécanique et des procédés de fabrication industrielle.
Il soutient que :
- il a conclu un marché de maîtrise d'œuvre de construction du process du centre de tri de Catus ;
- durant les essais du 12 octobre 2020 au 16 octobre 2020, la société Indiggo, maître d'œuvre de l'opération de travaux, a proposé de refuser la réception des ouvrages du fait d'un défaut de performance ;
- la requête porte uniquement sur les défauts dans la construction du process de tri ;
- une rencontre entre les parties le 8 décembre 2020 est restée infructueuse ;
- la société Bellegraaf Holding Appingedam B.V a saisi le tribunal administratif aux fins de prononcer la réception judiciaire des travaux ;
- l'ouvrage est impropre à sa destination et nécessite la mise en place de moyens humains et matériels non prévus ;
- ces dysfonctionnements entrainent une perte de recettes ;
- l'utilité de la mesure se justifie au regard d'une potentielle action en responsabilité ;
- elle est fondée à mettre en cause la société Bellegraaf Recycling Machinery, partie au litige comme le précise le tribunal administratif, par ordonnance du 10 avril 2020 sur la requête n° 1803558 ;
- la mise en production du centre de tri ne fait pas échec à une demande d'expertise sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs et de la garantie contractuelle des constructeurs en l'absence de réception des travaux ;
- la société Bellegraaf Recycling Machinery n'est pas fondée à se prévaloir des variations constatées lors de tests pour s'opposer à la demande d'expertise en raison d'un écart de 8% répondant au seuil des 10% prévu à l'article 2.5 du CCTP.
Par un mémoire et une lettre, enregistrés le 12 décembre 2022 et le 20 avril 2023, la SAS Apave Sudeurope, représentée par Me Berthiaud, conclut :
1°) au rejet de la requête à son contradictoire ;
2°) à ce qu'il soit mis à la charge du Syded du Lot le paiement de la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit constaté de ce qu'elle forme les plus expresses réserves de recevabilité, de responsabilité et de garantie.
Elle fait valoir que les missions qui lui ont été confiées, en sa qualité de contrôleur technique, n'ont pas de lien avec les performances du process, conformément aux dispositions de l'article L. 125-1 du code de la construction et de l'habitation.
Par des mémoires, enregistrés le 23 janvier 2023 et le 11 avril 2023, la société de droit néerlandais Bollegraaf Recycling Machinery, représentée par l'AARPI Baker et Mckenzie, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit complétée, comme exposé dans ses conclusions, par la désignation d'un expert spécialisé dans les domaines de l'ingénierie mécanique et des procédés de fabrication industrielle.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas partie au marché conclu entre Bollegraaf Holding Appingedam B.V. et le Syded du Lot ;
- le centre de Catus est utilisé en production industrielle depuis le mois de décembre 2019 et n'est pas impropre à sa destination ;
- la question posée est de savoir si la marge de variation acceptable de 10%, prévue par le CCTP, s'applique à la moyenne des tonnages enregistrés ou bien à chacun des tonnages relatifs aux matériaux identifiés. Cette question est juridique et non technique et ne relève pas du champ de l'expertise ;
- la composition du flux entrant n'est pas conforme aux spécifications contractuelles du CCTP ;
- seul l'acte d'engagement peut faire foi pour déterminer le titulaire d'un marché public ;
- le requérant a attendu près de trois ans pour solliciter une expertise auprès du tribunal ;
- les moyens invoqués par le requérant portant sur l'article 2.2.5 du CCTP doivent être écartés ;
- les moyens soulevés par le requérant propres à la mesure de l'écart de 8% qu'il fait valoir doivent être écartés ;
- des variations excessives de la part de certaines catégories de matériaux ont un impact sur le bon fonctionnement du centre de tri.
Par un mémoire, enregistré le 29 mars 2023, la SA Covea Risks, la SAS Inddigo, ainsi que les intervenants, la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et la SA MMA IARD, représentées par la SELARL CAD Avocats, concluent :
1°) à la mise hors de cause de la SA Covea Risks ;
2°) à ce qu'il soit donné acte de l'intervention volontaire de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et de la SA MMA IARD;
3°) de donner acte de ce qu'elles ne s'opposent pas à la demande d'expertise formulée en requête.
Elles font valoir que la SA Covea Risks a été radiée le 19 avril 2013 de sa qualité d'assureur de la SAS Indiggo au profit de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et de la SA MMA IARD.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 1er septembre 2023 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. La demande d'expertise présentée par le Syded du Lot a pour objet de déterminer les causes et conséquences du défaut de performance du process de tri du centre de tri de Catus, de déterminer les responsabilités encourues et les préjudices, d'identifier une solution technique et de chiffrer les travaux de reprise nécessaires . Cette demande a été explicitement introduite en vue de l'engagement prochain d'une action en responsabilité. Le requérant soutient que l'origine des défauts semble provenir d'une malfaçon dans le cadre de la construction du process du centre de tri de Catus. En outre, en l'état de l'instruction, cette demande porte bien sur la détermination de faits pouvant éclairer le juge du fond et non sur la résolution de questions de droit. Par suite, les conclusions de la requête aux fins de désigner un expert judiciaire apparaissent utiles. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 4 de la présente ordonnance.
Sur la mise hors de cause de la SAS Apave Sudeurope et de la SA Covea Risks et sur l'intervention volontaire de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et la SA MMA IARD :
4. D'une part, la SAS Apave Sudeurope soutient que son intervention aux mesures d'expertise n'est pas utile du fait que les missions qui lui ont été confiées, en sa qualité de contrôleur technique, n'ont pas de lien avec les performances du process. D'autre part, il est soutenu que la SA Covea Risks n'a plus qualité d'assureur de la SAS Indiggo au profit de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et la SA MMA IARD.
5. En premier lieu, le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages, conformément aux dispositions de l'article L. 125-1 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, la mesure d'expertise sollicitée est une simple mesure d'instruction et la participation aux mesures d'expertise ne présume en rien des responsabilités encourues dans le cadre d'un potentiel recours en responsabilité. Dès lors, la participation de la SAS Apave Sudeurope, en sa qualité de contrôleur technique, apparait utile afin d'éclairer l'expert dans le cadre de sa mission. Il y a lieu, par conséquent, de rejeter sa demande de mise hors de cause.
6. En deuxième lieu, il y a lieu de mettre hors de cause la SA Covea Risks et d'admettre l'intervention volontaire de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et de la SA MMA IARD en leur qualité d'assureurs de la SAS Indiggo.
Sur la mise en cause de la société Bollegraaf Recycling Machinery :
7. La société de droit néerlandais Bollegraaf Recycling Machinery soutient qu'elle n'est pas partie au marché conclu entre Bollegraaf Holding Appingedam B.V. et le Syded du Lot et que, par suite, sa participation à l'expertise ne saurait être utile. Toutefois, il ressort de l'avis d'attribution du marché relatif aux travaux de construction du process du nouveau centre de tri des déchets recyclables de Catus, " section V : Attribution du marché ", qu'elle est désignée en qualité de titulaire de ce marché. Par suite, sa participation à la mesure d'expertise, laquelle ne préjuge pas de sa responsabilité, apparait utile afin d'éclairer l'expert dans le cadre du déroulement des opérations d'expertise. Par suite, il y a lieu de rejeter sa demande de mise hors de cause.
Sur les dépens :
8. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par la présidente du tribunal, dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La SA Covea Risks est mise hors de cause.
Article 2 : L'intervention volontaire de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et de la SA MMA IARD est admise.
Article 3 : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre le Syded du Lot, la SAS Indiggo, la SAS Apave Sudeurope et la société Bollegraaf Recycling Machinery, en présence de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et la SA MMA IARD.
Article 4 : L'expert aura pour mission de :
- se rendre sur les lieux, au centre de tri de Catus ;
- se faire communiquer et de prendre connaissance de l'ensemble des pièces du marché de conception et de réhabilitation dudit bâtiment ;
- décrire les désordres qui affectent le process de tri ;
- rechercher l'origine et les causes de ces désordres et de fournir toutes indications permettant d'apprécier l'étendue des responsabilités en cause, en précisant notamment si les causes des désordres relèvent de la phase de conception et/ou de la phase de réalisation et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
- décrire les travaux propres à remédier aux désordres et d'en chiffrer le coût ;
- fournir, plus généralement, tous éléments permettant d'apprécier et de chiffrer les préjudices de toute nature allégués par le Syded du Lot et résultant de ces désordres ;
- plus généralement, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal.
Article 5 : M. B A, domicilié 182, impasse d'Enroux à Labarthe-sur-Lèze (31860), est désigné pour procéder à l'expertise.
Article 6: Préalablement à toute opération, l'expert procédera aux déclarations prévues à l'article R. 621-3. Si l'expert n'a pas prêté serment lors de son inscription initiale sur le tableau établi par la cour administrative d'appel du ressort ou lors de son inscription sur l'une des listes prévues par la loi n° 71-498 du 29 juin 1971, il prêtera par écrit le serment prévu par l'article R. 221-15-1.
Article 7 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 8 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 9 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du Tribunal, qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément aux articles R. 621-11 et suivants du code de justice administrative.
Article 10 : Le surplus des conclusions en défense est rejeté.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée au Syded du Lot, à la société de droit néerlandais Bollegraaf Recycling Machinery, à la société Indiggo, à la SA Covea Risks, à la SAS Apave Sudeurope, à la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles, à la SA MMA IARD et à M. B A, expert.
Fait à Toulouse, le 18 octobre 2023
La vice-présidente, juge des référés,
Sylvie CHERRIER
La République mandate et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026