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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206705

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206705

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206705
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL BIROT - RAVAUT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. C B, représenté par la Scp Carcy Gillet, aux écritures de Me Gillet, demande au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise médicale aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour lui de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 2 avril 2021 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Il soutient que :

- en raison d'une suspicion d'un accident ischémique transitoire vertébro-brasilaire, il a été adressé par son médecin traitant le 6 janvier 2021 au centre hospitalier universitaire de Toulouse où les examens médicaux pratiqués ont mis en évidence un méningiome fronto-pariétal droit, sachant qu'eu égard à la grosseur de ce méningiome, il a été opéré le 2 avril 2021 par le docteur G, neurochirurgien à l'hôpital Pierre Paul Riquet, pour l'exérèse du méningiome, ce praticien lui ayant indiqué qu'il avait été obligé de laisser une petite partie du méningiome accroché à la veine sagittale dans la mesure où il était impossible de la retirer, étant précisé qu'il a été atteint en post opératoire d'une hémiparésie gauche à prédominance brachiale avec une très discrète atteinte de l'hémiface gauche, ce déficit ayant par la suite évolué favorablement du fait de ses séances de kinésithérapie ;

- alors qu'il a été admis pour sa rééducation le 9 avril 2021 à la clinique Monie de Villefranche de Lauragais, sa cicatrice demeurant très rouge et suintant sur toute sa longueur une semaine après son admission, il a été admis le 19 avril 2021 à l'hôpital Pierre Paul Riquet pour le contrôle de cette cicatrice, sachant qu'une infection de sa cicatrice rolandique droite avec une collection sous-cutanée a été diagnostiquée, le docteur G ayant alors procédé le 20 avril 2021 à une reprise chirurgicale avec drainage de la collection sous-cutanée et le prélèvement bactériologique effectué à cette occasion a mis en évidence la présence d'un staphylocoque méti-S, étant précisé qu'à la suite d'une concertation pluridisciplinaire et au vu des constatations per opératoires, ce praticien a effectué une reprise chirurgicale le 22 avril 2021 pour l'ablation du volet de craniotomie ;

- toutefois, à la suite de cette craniotomie, il a constaté une aggravation de son hémiplégie avec une perte de la pince tri digitale de la main gauche et une aggravation de la marche, l'aggravation de son hémiplégie étant due au syndrome du trépané provoqué par la différence entre la pression intracrânienne et la pression atmosphérique, étant ajouté qu'à la suite d'une IRM pratiquée le 19 août 2021, une hernie sous volet a été diagnostiquée et qu'une cranioplastie prothétique de la voûte crânienne a été réalisée le 21 octobre 2021 ;

- alors qu'il présente actuellement une hémiparésie gauche limitant ses activités quotidiennes et nécessitant l'aide d'une canne pour se déplacer, qu'il a besoin de l'aide de son entourage pour les actes de la vie quotidienne et qu'il n'a pu reprendre son activité professionnelle de menuisier, il a été expertisé à la demande de son assureur protection juridique, la Maif, par les docteurs Millan et F dont les rapports démontrent que l'hémiparésie gauche est la conséquence directe de la craniotomie effectuée le 22 avril 2021, celle-ci étant elle-même la conséquence directe de l'infection du site opératoire où l'exérèse du méningiome a été effectuée le 2 avril 2021 ;

- dans ces conditions et alors que son assureur a présenté le 4 mai 2022 une demande de décision préalable au centre hospitalier universitaire de Toulouse, lequel a rejeté cette demande indemnitaire le 28 septembre 2022, il est dès lors fondé à solliciter la mise en œuvre d'une expertise afin de déterminer l'étendue des préjudices qu'il a subis consécutivement à l'infection nosocomiale acquise à la suite de l'intervention du 2 avril 2021, étant en outre précisé que le docteur F estime que son taux d'IPP, lors de sa consolidation, ne saurait être inférieur à 50%.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par la Selarl Montazeau et Cara, aux écritures de Me Cara, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il conteste sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et qui sera confiée à un collège d'experts spécialisés en neurochirurgie et infectiologie exerçant en dehors des départements limitrophes de la Haute-Garonne ;

2°) à ce que la mission des experts soit complétée selon les termes de son mémoire et que le collège d'experts missionné décrive l'état de santé de M. B avant et après son hospitalisation dans ses services et dépose un pré-rapport ;

3°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance aux experts afin que ceux-ci puissent en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire et éviter toute contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, représentée par la Scp Vpng, aux écritures de Me Noy, déclare s'en remettre à justice sur la demande d'expertise et sollicite que ses droits soient réservés dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise, tout en précisant qu'elle ne sera pas en mesure de produire le détail des frais et débours en relation avec les faits fondant la demande d'expertise tant que le rapport d'expertise ne sera pas déposé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la Selarl Birot-Ravaut et Associés, aux écritures de Me Ravaut, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée et demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. La demande d'expertise présentée par M. B entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse à fin d'injonction :

3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint aux parties de communiquer aux autres parties les documents nécessaires qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien-fondé de leurs prétentions et celles du centre hospitalier universitaire de Toulouse tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale du requérant de produire sa créance doivent être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'Oniam tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. C B, d'une part, et le centre hospitalier universitaire de Toulouse et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), d'autre part, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner M. C B et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire l'état de santé de M. C B antérieurement à l'intervention chirurgicale subie le 2 avril 2021 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge lors de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 2 avril 2021 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse et lors des soins ultérieurs dans cet établissement ;

- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises à l'occasion des investigations, diagnostics, interventions et soins divers dont il a fait l'objet à cette occasion et s'il a reçu toute l'information nécessaire pour recueillir son consentement éclairé ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;

- d'indiquer si, à son avis, l'infection dont M. C B a été victime a présenté ou non le caractère d'une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l'origine, la nature, les conditions de sa survenue et dans lesquelles elle a été contractée puis prise en charge, en indiquant la part qui lui est imputable dans ce préjudice ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. C B d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. C B et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. C B en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : Le docteur D E, domicilié hôpital neurologique GHE Hospices civils de Lyon 59 boulevard Pinel 69677 Bron Cedex, est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne et au docteur D E, expert.

Fait à Toulouse, le 21 février 2023

Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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