mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206930 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | KASSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022 et des mémoires enregistrés les 14 mars 2024 et 30 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Olivier Kassi, demande au tribunal :
1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2) de recevoir son opposition à la contrainte émise le 19 octobre 2022 par Pôle emploi Occitanie, signifiée le 16 novembre 2022 par acte d'huissier, aux fins de recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 13 364,60 euros pour la période de novembre 2019 à décembre 2021, auquel s'ajoutent 129,43 euros de droit proportionnel, 71,73 euros de frais d'acte et 5,49 euros de frais d'exécution de l'étude ;
3) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle Pôle emploi Occitanie lui a notifié un indu d'ASS d'un montant 13 359,58 euros pour la période de novembre 2019 à décembre 2021, ensemble la décision du 22 juin 2022 par laquelle Pôle emploi a rejeté son recours administratif préalable tendant à la remise de sa dette et confirmé le bien-fondé de l'indu ;
4) de la décharger de l'obligation de payer les sommes en litige ;
5) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise de sa dette ;
6) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 3 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, en contrepartie de la renonciation de Me Kassi au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ; elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle dans le délai de recours contentieux, ce qui l'a prorogé ;
- la contrainte attaquée est entachée d'incompétence, faute pour son signataire d'établir qu'il bénéficiait d'une délégation régulière de signature ;
- Pôle emploi a commis une erreur manifeste d'appréciation ; elle est de bonne foi et dans l'incapacité de pouvoir rembourser le montant de l'indu ; elle a tenté une première fois de communiquer à Pôle emploi les statuts de sa société, mais le fichier était trop volumineux ; elle les a de nouveau transmis de façon fractionnée en février 2022, avec un extrait Kbis et les procès-verbaux des dernières assemblées générales ; le 1er mars 2022, Pôle emploi l'a maintenue sur la liste des demandeurs d'emploi ; le trop-perçu n'est pas justifié, puisque Pôle emploi a dès le départ été informé de la création de sa société dirigée de façon bénévole jusqu'en février 2023 ; elle a informé Pôle emploi, dès le 20 mai 2018, d'une démarche tendant au bénéfice de l'ACCRE ;
- la contrainte litigieuse est entachée d'une erreur de droit ; elle pouvait cumuler son statut de présidente de société avec l'ASS dès lors qu'elle n'a perçu aucun revenu au titre de son activité de présidente ;
- elle est dans une situation économique précaire ; elle ne perçoit que le revenu de solidarité active et a deux enfants à charge.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 mars 2023 et 12 avril 2024 et une pièce enregistrée le 30 avril 2024, Pôle emploi Occitanie, devenu France Travail Occitanie au 1er janvier 2024, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à titre infiniment subsidiaire, à l'irrecevabilité des conclusions à fin de remise de dette.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable ; la contrainte litigieuse est régulière ; la décision de refus de remise de dette n'est pas un acte administratif susceptible de recours ;
- l'indu est fondé ; la requérante ne pouvait plus cumuler son activité non salariée avec l'ASS à compter de novembre 2019 ; elle n'a pas déclaré son activité non salariée lors des actualisations mensuelles de sa situation ;
- l'absence de rémunération de la requérante n'est pas une condition suffisante pour écarter la qualification d'activité professionnelle ;
- la requérante ne peut être regardée comme étant de bonne foi dès lors qu'elle n'a pas déclaré mensuellement son activité non salariée ;
- France Travail a découvert, par les pièces produites par Mme B le 14 mars 2024, que l'URSSAF avait accordé l'aide à la création ou à la reprise d'entreprise (ACCRE) le 19 juin 2018 ; France Travail a régularisé le dossier le 25 mars 2024 dès lors que les bénéficiaires de l'ACCRE peuvent recevoir une aide financière ACCRE-ASS d'un montant équivalent à l'ASS à taux plein pendant une durée de douze mois à compter de la date de la création de l'entreprise ; le montant de la créance a ainsi été ramené de 13 359,58 euros à 11 623,64 euros au titre du maintien intégral de l'ARE entre le 12 février 2019 et le 4 juillet 2019, puis du maintien de l'ASS du 5 juillet 2019 au 12 février 2020 ;
- depuis le 1er février 2023, Mme B perçoit une rémunération en tant que dirigeante de la SASU ; elle perçoit d'ailleurs la prime d'activité.
Un mémoire a été enregistré pour France Travail Occitanie le 14 mai 2024 et n'a pas été communiqué.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. E et les observations de Me Kassi pour Mme B, qui persiste dans ses écritures, soulève un nouveau moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées et indique qu'il n'y a pas eu d'activité avant 2020, puis celles de Mme B qui précise être salariée de la crèche à hauteur de 750 euros, que la société a dégagé 9 000 euros de bénéfice en 2023, que la première société est entrée en activité en 2019 après avoir été créée en 2018, que le foyer est composé d'un adulte et deux enfants et qu'elle perçoit également mensuellement 1 100 euros de la CAF, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Le président a relevé d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, l'irrecevabilité du nouveau moyen de droit tiré du défaut de motivation, soulevé à la barre, qui ne pouvait être invoqué que jusqu'à la veille de l'audience, aux termes de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
La parole a été rendue à Me Kassi, qui retire son moyen tiré du défaut de motivation.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B s'est inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi le 28 juin 2017. Après avoir épuisé ses droits à l'aide au retour à l'emploi (ARE), elle a bénéficié d'une ouverture de droits à l'ASS à compter du 5 juillet 2019. Le 18 juin 2018, Mme B a créé une société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) d'exploitation et de gestion de crèche qui est entrée en activité le 12 février 2019 et dont elle a pris la présidence. A la suite de la transmission, le 24 février 2022, des justificatifs de l'activité non salariée de la requérante, Pôle emploi a régularisé sa situation et constaté qu'elle n'avait pas déclaré son activité non salariée sur la période de novembre 2019 à décembre 2021. Par un courrier du 8 mars 2022, Pôle emploi Occitanie a notifié à la requérante un indu d'ASS d'un montant de 13 359,58 euros pour la période de novembre 2019 à décembre 2021. Par un courrier du 23 mars 2022, Mme B conteste le bien-fondé de l'indu et demande à Pôle emploi une remise de sa dette. Par courrier du 22 juin 2022, Pôle emploi notifie à la requérante le rejet de sa demande de remise de dette et confirme le bien-fondé de l'indu. Par courrier du 12 juillet 2022, Pôle emploi a notifié à Mme B une mise en demeure de payer l'indu d'ASS. En l'absence de paiement de la part de la requérante, Pôle emploi a émis une contrainte signifiée par acte d'huissier le 16 novembre 2022. Par la présente, la requérante forme opposition à cette contrainte et demande au tribunal d'annuler les décisions de Pôle emploi du 8 mars et du 22 juin 2022.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. / () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision initiale de Pôle emploi en date du 8 mars 2022 doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 22 juin 2022 qui s'y est substituée.
4. Il résulte en outre de l'instruction que France Travail a régularisé partiellement la situation de Mme B à la suite de la réception de documents établissant qu'elle était bénéficiaire de l'ACCRE ; l'indu en litige a ainsi été ramené à la somme de 11 623,64 euros au titre du maintien intégral de l'ARE entre le 12 février 2019 et le 4 juillet 2019, puis du maintien de l'ASS du 5 juillet 2019 au 12 février 2020. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de la somme de 1 735,94 euros.
5. Ainsi qu'il a été précisé au point précédent, France Travail a pris une nouvelle décision régularisant les droits de Mme B à l'ASS et ramenant l'indu à la somme de 11 623,64 euros qui s'est implicitement mais nécessairement substituée à la décision du 22 juin 2022. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision de Pôle emploi du 22 juin 2022 ont perdu leur objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur l'opposition à la contrainte :
6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de solidarité spécifique, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité :
7. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 5312-19 du code du travail : " Le directeur général () peut déléguer sa signature aux personnels placés sous son autorité. () ". Aux termes de l'article R. 5312-25 du même code : " Sous l'autorité du directeur général, le directeur régional () peut déléguer sa signature aux personnels placés sous son autorité. Il peut déléguer ses pouvoirs dans le cadre fixé par une délibération du conseil d'administration. ".
8. Pour s'opposer à la régularité de la contrainte, Mme B soutient que l'acte contesté est entaché d'incompétence. Toutefois, il résulte de l'instruction que par une décision n° 2022-54 régulièrement publiée au bulletin officiel de Pôle emploi le 10 octobre 2022, M. C D, directeur de la plateforme contentieux Occitanie, a reçu délégation de signature du directeur régional de Pôle emploi, C Lemerle, à l'effet de notifier ou faire signifier une contrainte en vue de recouvrer les prestations en trop versées par Pôle emploi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
9. Aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources. ". Aux termes de l'article L. 5425-8 du même code : " Tout demandeur d'emploi peut exercer une activité bénévole. / Cette activité ne peut s'accomplir chez un précédent employeur, ni se substituer à un emploi salarié, et doit rester compatible avec l'obligation de recherche d'emploi. / L'exercice d'une activité bénévole n'est pas considéré comme un motif légitime pour écarter l'application des dispositions prévues par l'article L. 5426-2. " Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail en vigueur : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. / Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période. ". Aux termes de l'article R. 5141-1 du même code : " Les aides destinées aux personnes qui créent ou reprennent une entreprise, ou qui entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée, prévues au présent chapitre, comprennent : () 3° Le versement par l'État, aux bénéficiaires des exonérations prévues au 1°, effectué conformément aux dispositions de l'article L. 5141-3. Pour les personnes admises au bénéfice de ces exonérations au cours de leur période d'indemnisation au titre de l'allocation d'assurance, le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique prévue à l'article L. 5423-1 est maintenu jusqu'au terme du bénéfice de ces exonérations ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 5141-28 du même code : " L'aide de l'État prévue à l'article L. 5141-3 est attribuée pour une durée d'un an à compter de la date de création ou de reprise d'une entreprise. "
10. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle aurait dû continuer à bénéficier de l'ASS au-delà de la période de cumul dès lors qu'elle devait être regardée comme exerçant une activité bénévole en l'absence de revenus perçus au titre de sa fonction de présidente de la SASU. Toutefois, la circonstance que l'intéressée ne percevrait aucun revenu pour son activité de présidente de sa société n'est pas de nature à la faire regarder comme n'ayant pas exercé une activité non salariée au sens de l'article R. 5425-2 du code du travail. En effet, les activités bénévoles au sens de l'article L. 5425-8 du code du travail ne visent que les activités à finalité d'intérêt général et non lucratives, ce qui ne peut être le cas de l'activité de président d'une société, même non rémunérée. En outre, il n'est pas établi que la société de Mme B, qui n'a pas été mise en sommeil, n'aurait pas eu d'activité effective alors qu'à la barre, Mme B indique que sa société est entrée en activité dès 2019. Par suite, ce moyen manque en droit et en fait.
11. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié de l'ACCRE qui lui a été accordée le 19 juin 2018, à compter de la date de la création de son entreprise. A réception de cette information, France Travail a régularisé la situation de Mme B et ouvert un droit au maintien intégral de l'ARE entre le 12 février 2019, date de la création de l'entreprise, et le 4 juillet 2019, puis au maintien de l'ASS du 5 juillet 2019 au 12 février 2020, soit le terme de la période d'un an prévu par les dispositions précitées au point 8 de l'article R. 5141-28 du code du travail. Cette régularisation intervenue le 25 mars 2024, ainsi qu'il a été dit au point 4, a eu pour effet de ramener l'indu en litige à la somme de 11 623,64 euros. Mme B ne critique pas l'application qui a été faite de ces dispositions. Dans ces conditions, Mme B, qui a bénéficié de l'ASS à compter du 5 juillet 2019, ne pouvait plus prétendre à son bénéfice à compter du 12 février 2020. Par suite, c'est à bon droit que France Travail a, par sa régularisation du 25 mars 2024, maintenu un indu d'ASS à la charge de Mme B d'un montant de 11 623,64 euros.
12. Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. / Ils portent également à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation susceptibles d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi. ". Aux termes de l'article R. 5411-7 du même code : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures. ".
13. Pour contester la contrainte litigieuse, Mme B soutient qu'elle a informé Pôle emploi et l'administration fiscale de la création de sa société et de sa fonction de présidente de ladite société. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B, qui ne conteste pas avoir été informée de ses obligations déclaratives par un courrier de Pôle emploi en date du 16 juillet 2019, n'a jamais déclaré son activité de présidente de sa société sur son espace personnel. De plus, il résulte de l'instruction que la requérante n'a informé Pôle emploi de la création de sa société et de son absence de rémunération qu'au cours d'un entretien en date du 23 décembre 2020 alors que ladite société est entrée en activité le 13 février 2019. Si elle établit avoir informé Pôle emploi, par courriel du 20 mai 2018, qu'elle était en train de constituer son dossier pour la création de sa société à la CCI et a sollicité un historique de sa situation pour constituer sa demande du bénéfice de l'ACCRE, elle n'établit pas avoir transmis à Pôle emploi le résultat de ses démarches. Il résulte également de l'instruction que Mme B a été informée à plusieurs reprises, depuis décembre 2020, de la nécessité de transmettre à Pôle emploi les justificatifs d'immatriculation de sa société, ce qu'elle n'a fait qu'en février 2022. A cet égard, elle n'établit pas avoir tenté de transmettre une première fois, sans succès en raison de leur volume, les statuts de sa société à Pôle emploi. Mme B n'a, enfin, informé Pôle emploi qu'elle avait bénéficié de l'ACCRE que dans son mémoire du 14 mars 2024, entraînant une régularisation de ses droits intervenue le 25 mars 2024. Dans ces conditions, Pôle emploi était dans l'impossibilité de connaître, durant la période de constitution de l'indu, la situation professionnelle exacte de Mme B.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que, l'indu d'ASS ramené à la somme de 11 623,64 euros étant fondé, l'opposition à contrainte formée par Mme B doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 11 623,64 euros.
Sur la demande de remise de dette :
15. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1. ".
16. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation de solidarité spécifique, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
17. Pour solliciter la remise de sa dette, Mme B fait valoir que l'indu d'ASS ne lui est pas imputable et qu'elle se trouve dans une situation économique précaire. Toutefois, comme il a été dit au point 13, la requérante a omis d'actualiser sa situation professionnelle et notamment de déclarer les revenus tirés de son activité non salariée, même nuls, ainsi que de communiquer les justificatifs d'immatriculation de la société malgré les informations et demandes qu'elle avait reçues en ce sens, qui n'ont abouti qu'en février 2022, après blocage du versement de l'ASS en janvier 2022, dès lors que l'intéressée n'avait toujours pas transmis les justificatifs demandés. Dans ces conditions, la requérante ne pouvait de bonne foi, compte tenu de l'information qu'elle ne conteste pas avoir reçue sur ses droits et obligations, ignorer devoir régulièrement actualiser sa situation et transmettre à Pôle emploi les justificatifs de l'immatriculation de sa société dont l'absence d'activité n'est pas établie. En outre, il résulte de l'instruction que Mme B, outre sa fonction de présidente de la SASU B, est désormais salariée, qu'elle perçoit la prime d'activité, et qu'elle est en outre associée unique de la SCI B Grenade, propriétaire d'un bien immobilier à Grenade, associé à 99 % au sein de la SCI B sise à son ancien domicile, et enfin associé égalitaire à 50 % de la SAS Navarro-Adjir dont l'activité est une micro-crèche sise à Beauzelle. Si Mme B indique à la barre percevoir mensuellement 750 euros de salaire, le bulletin de salaire produit par Pôle emploi fait état d'un salaire net de 800 euros. L'intéressée, qui a deux enfants à charge, indique également percevoir 1 100 euros d'aides de la CAF. Toutefois, elle n'apporte aucune précision sur ses charges. Dans ces conditions et en tout état de cause, il n'y a pas lieu d'accorder une remise de dette à Mme B, qui n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait rembourser l'indu mis à sa charge.
18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander à ce qu'une remise de sa dette lui soit accordée.
Sur les frais du litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme B ou son conseil sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur l'opposition à contrainte à hauteur de la somme de 1 735,94 euros.
Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B dirigées contre la décision de Pôle emploi du 22 juin 2022.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Pôle emploi Occitanie et au ministre en charge du travail.
Copie en sera adressée à Me Olivier Kassi.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
Le magistrat désigné
Alain E La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026