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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207186

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207186

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 décembre 2022 et 31 mai 2023, M. A B, représenté par Me Hirtzlin-Pinçon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de déterminer et d'évaluer l'ensemble des préjudices qu'il a subis des suites de sa maladie professionnelle reconnue imputable au service ;

2°) de mettre à la charge de Toulouse Métropole le paiement de la somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec distraction à son conseil, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- anciennement agent titulaire au sein de Toulouse Métropole, il a été en contact avec des substances cancérogènes ayant provoqué un cancer spécifique inscrit au tableau sous le n° 15 ter ;

- cette pathologie a été reconnue imputable au service par une décision de Toulouse Métropole en date du 23 juin 2020 ;

- un avis de la commission de réforme du 5 juin 2020 a fixé le taux d'IPP à 20%, avec consolidation de son état au 5 septembre 2016, avec rémission complète ;

- l'utilité de l'expertise est de déterminer les préjudices causés par cette maladie contractée en service.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, Toulouse Métropole, représentée par Me Carrère, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la réduction du champ de l'expertise comme exposé dans son mémoire ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le paiement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant a exercé ses fonctions en son sein du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2016 ;

- il a présenté une déclaration de maladie professionnelle en date du 30 mars 2017, au titre d'une pathologie diagnostiquée le 16 février 2016 ;

- M. B a obtenu une allocation temporaire d'invalidité (ATI) au taux rémunéré de 20% avec prise d'effet au 5 septembre 2016, date de la consolidation ;

- il a bénéficié d'une mutation au sein de la commune de Toulouse ayant entrainé sa radiation des effectifs de Toulouse Métropole à compter du 1er septembre 2021 ;

- il ne fait pas état d'un quelconque préjudice en lien direct avec sa maladie ;

- l'expertise est inutile pour une situation de fait établie ou suffisamment connue au vu des pièces et éléments recueillis ;

- cette demande d'expertise intervient près de six ans après la consolidation de sa maladie professionnelle ;

- il a fait l'objet de trois expertises auprès de médecins agréés permettant de se prononcer sur l'ampleur de la pathologie et ses conséquences passées, actuelles et futures ;

- si une expertise venait à être menée, elle serait réduite à la seule détermination des préjudices sur la base de la responsabilité sans faute, autres que les préjudices patrimoniaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Tout agent public, victime d'un accident ou d'une maladie reconnue comme imputable au service, est en droit d'obtenir de la personne publique qui l'emploie soit, en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire à la rente viagère d'invalidité ou à l'allocation temporaire d'invalidité à laquelle il peut prétendre, destinée à réparer ses préjudices personnels ainsi que, le cas échéant, ses préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux indemnisés par cette rente ou cette allocation, soit, dans le cas où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité, la réparation intégrale de l'ensemble de son préjudice.

3. M. B a contracté une maladie professionnelle, ayant été reconnue imputable au service par une décision de Toulouse Métropole en date du 23 juin 2020. Dans la perspective d'une éventuelle action indemnitaire, M. B demande la désignation d'un expert aux fins de déterminer précisément les préjudices en lien avec cette maladie. Par suite, sa demande présente un caractère utile au sens des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, alors même que le requérant aurait déjà été examiné par des praticiens agréés, dès lors que le montant exact et actuel de l'indemnisation des préjudices à laquelle il est susceptible de prétendre n'a pas été définitivement établi. Il y a lieu, par suite, et alors qu'il n'est pas démontré que toute action au fond serait irrecevable, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

4. Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative qu'il n'appartient pas au juge des référés de réserver les dépens. Ainsi, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais d'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. A B, d'une part, et Toulouse Métropole, d'autre part.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner M. A B et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la maladie professionnelle diagnostiquée le 16 février 2016, en distinguant en particulier les souffrances physiques ou morales et les préjudices esthétiques ou d'agrément et, en y distinguant la part éventuellement imputable à son état de santé antérieur ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige opposant M. A B à son administration.

Article 3 : Le docteur D C, domicilié 7 chemin de la Plaire du Travet à Castres (81100), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Toulouse Métropole et au docteur D C, expert.

Fait à Toulouse, le 3 août 2023.

Le juge des référés,

T. SORIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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