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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207294

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207294

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207294
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 décembre 2022, 28 avril et 2 mai 2024, M. et Mme C B, représentés par Me Richard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la majoration de 40 % pour manquement délibéré appliquée aux prélèvements sociaux à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2019, pour un montant de 38 706 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve de l'élément intentionnel du manquement délibéré.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai 2023 et 30 avril 2024, le directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte du 19 mars 2019, M. B, notaire à Montauban, a, au moment de son départ à la retraite, cédé la totalité des parts sociales qu'il détenait au sein de la SCP C B, Pierre Fecelle et Sophie Aubert, Notaires Associés, pour la somme de 640 000 euros. Cette cession a généré pour M. B une plus-value professionnelle, déclarée exonérée conformément aux dispositions de l'article 151 septies A du code général des impôts, d'un montant de 562 582 euros. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales pour les années 2018 et 2019. Par une proposition de rectification du 25 juin 2021, l'administration fiscale les a informés de son intention notamment, pour l'année 2019, de réintégrer dans la base des prélèvements sociaux la somme de 562 582 euros et d'appliquer aux rectifications issues de cette réintégration la majoration de 40 % pour manquement délibéré. Les sommes issues de cette rectification ont été mises en recouvrement par un avis d'imposition du 31 janvier 2022. Leur réclamation préalable formée le 26 avril 2022 ayant été rejetée le 27 octobre 2022, M. et Mme B demandent au tribunal de les décharger de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, d'un montant de 38 706 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, il résulte des dispositions des articles 93 quater et 39 duodecies à 39 quindecies du code général des impôts dans leur rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, que les plus-values réalisées à l'occasion de l'aliénation d'éléments de l'actif immobilisé affectés à l'exercice d'une activité relevant de la catégorie des bénéfices non commerciaux sont soustraites des montants soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu pour être taxées séparément au taux unique de 12,8 %, auxquels s'ajoutent les prélèvements sociaux au titre des revenus du patrimoine. Aux termes de l'article 151 septies A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies, autres que celles mentionnées au III, réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, sont exonérées lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° L'activité doit avoir été exercée pendant au moins cinq ans ; / 2° La cession est réalisée à titre onéreux et porte sur une entreprise individuelle ou sur l'intégralité des droits ou parts détenus par un contribuable qui exerce son activité professionnelle dans le cadre d'une société ou d'un groupement dont les bénéfices sont, en application des articles 8 et 8 ter, soumis en son nom à l'impôt sur le revenu et qui sont considérés comme des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession au sens du I de l'article 151 nonies ; / 3° Le cédant cesse toute fonction dans l'entreprise individuelle cédée ou dans la société ou le groupement dont les droits ou parts sont cédés et fait valoir ses droits à la retraite, dans les deux années suivant ou précédant la cession ; / 4° Le cédant ne doit pas détenir, directement ou indirectement, plus de 50 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de l'entreprise cessionnaire ; / 5° L'entreprise individuelle cédée ou la société ou le groupement dont les droits ou parts sont cédés emploie moins de deux cent cinquante salariés et soit a réalisé un chiffre d'affaires annuel inférieur à 50 millions d'euros au cours de l'exercice, soit a un total de bilan inférieur à 43 millions d'euros ; / 6° Le capital ou les droits de vote de la société ou du groupement dont les droits ou parts sont cédés ne sont pas détenus à hauteur de 25 % ou plus par une entreprise ou par plusieurs entreprises ne répondant pas aux conditions du 5°, de manière continue au cours de l'exercice. Pour la détermination de ce pourcentage, les participations de sociétés de capital-risque, des fonds communs de placement à risques, des fonds professionnels spécialisés relevant de l'article L. 214-37 du code monétaire et financier dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance n°2013-676 du 25 juillet 2013 modifiant le cadre juridique de la gestion d'actifs, des fonds professionnels de capital investissement, des sociétés de libre partenariat, des sociétés de développement régional, des sociétés financières d'innovation et des sociétés unipersonnelles d'investissement à risque ne sont pas prises en compte à la condition qu'il n'existe pas de lien de dépendance au sens du 12 de l'article 39 entre la société ou le groupement en cause et ces dernières sociétés ou ces fonds. Cette condition s'apprécie de manière continue au cours de l'exercice. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. " Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la pénalité pour mauvaise foi a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives et que pour établir cette mauvaise foi, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, du caractère volontaire de cette omission ou insuffisance c'est-à-dire de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Cette intention se déduit notamment de la connaissance que le contribuable avait, compte tenu de ses activités et de sa qualité de professionnel, de ses obligations déclaratives et des conséquences fiscales de ses opérations.

4. Il n'est pas contesté que M. et Mme B n'ont pas reporté dans les lignes " SQD plus-values nettes à long terme " ou " 5HG plus-values à long terme exonérées départ à la retraite " la somme de 562 582 euros correspondant à la plus-value professionnelle réalisée par M. B lors de la vente, à l'occasion de son départ à la retraite, des parts qu'il détenait depuis plus de cinq ans dans l'étude dans laquelle il exerçait son activité de notaire.

5. Les requérants soutiennent que cette omission, qui est la seule relevée par l'administration fiscale dans le cadre de son contrôle, est une simple erreur de leur part, dès lors qu'ils avaient pensé que la déclaration BNC n° 2035 déposée au titre de l'année 2019 par la SCP C B, Pierre Fecelle et Sophie Aubert Notaires Associés, qui faisait mention de la cession intervenue le 19 mars 2019, permettait en tout état de cause à l'administration fiscale d'en avoir connaissance et d'effectuer le rapprochement avec leur déclaration de revenus. Ils soutiennent également que M. B, s'il possède des compétences en matière de plus-values immobilières, n'en possède pas en matière de plus-values professionnelles et que le rappel de la règlementation applicable fait au moment de la passation de l'acte de cession des parts indiquait simplement que la plus-value professionnelle réalisée était soumise aux prélèvements sociaux, sans préciser les modalités spécifiques de déclaration de cette plus-value.

6. Il résulte de l'instruction que pour retenir le caractère délibéré du manquement déclaratif de M. et Mme B, l'administration fiscale s'est fondée sur les circonstances que M. B était un professionnel du droit qui ne pouvait ignorer les règles fiscales applicables, que la réglementation fiscale applicable à la plus-value qu'il réalisait, issue des articles 39 duodecies à 39 quindecies et 151 septies A du code général des impôts, lui avait été expressément rappelée lors de l'acte de cession du 19 mars 2019, notamment que " ces dispositions fiscales permettent au cédant de bénéficier d'une exonération sur la plus-value de cessions réalisée à l'occasion de son départ à la retraite ; l'exonération ne porte pas sur les prélèvements sociaux ", qu'à cette occasion, il avait déclaré remplir les conditions attachées à cette exonération et vouloir en bénéficier, et enfin, que la réintégration des revenus ainsi non déclarés aboutissait à une imposition douze fois supérieure à celle acquittée initialement. Dans ces conditions, quand bien même un tel manquement aurait été isolé, il relevait, par sa nature, son importance et les conditions dans lesquelles il a été réalisé, d'un agissement volontaire et délibéré dans le but d'éluder l'impôt et non, comme le soutiennent les requérants, d'une erreur d'interprétation des textes ou des lignes figurant sur le formulaire de déclaration des revenus, de surcroît incompatible avec la qualité de professionnel du droit de M. B, qui ne saurait sérieusement soutenir ignorer la réglementation fiscale en matière de plus-value professionnelle, et ce alors que l'avertissement délivré lors de l'acte de cession du 19 mars 2019 émanait d'un confrère. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve de l'élément intentionnel du manquement déclaratif constaté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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