mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2207310 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | PIERSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 21 décembre 2022, 30 janvier 2024 et 5 avril 2024, M C B, représenté par Me Deniau, demande au tribunal :
1) de condamner le conseil départemental de la Haute-Garonne à lui verser les sommes de 7 550 euros en réparation du préjudice financier qu'il a subi et 2 500 euros en réparation de son préjudice moral, assorties des intérêts à taux légal et de leur capitalisation à compter du 10 octobre 2022 ;
2) de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a rendu une décision illégale lui causant un préjudice qu'il convient d'indemniser ;
- le département de la Haute-Garonne n'a pas satisfait à son obligation d'instruction de la demande et notamment d'informations quant aux ressources des obligés alimentaires de Mme B, sa mère, décédée le 9 avril 2015, et a donc entaché sa décision d'une illégalité ;
- l'instruction prétendument réalisée par le département de la Haute-Garonne est irrégulière ; la cour d'appel de Toulouse a constaté qu'aucune instruction véritable de la demande d'aide sociale n'a été effectuée ; les fiches produites par le département sont anonymes ce qui ne permet d'établir un lien de parenté entre Mme B et les prétendus obligés alimentaires ; la demande de Mme B a été enregistrée le 3 juin 2014, date du début de l'instruction, or quatre fiches ont été signées avant le début de l'instruction qui est dès lors irrégulière ; les montants mentionnés dans la fiche de synthèse diffèrent de ceux figurant dans les fiches de renseignements ; la dernière fiche de renseignement a été signée le 12 juin 2014, ce qui permettait au département de prendre position avant le décès de Mme B ;
- les ressources retenues correspondent à l'année 2013, or la décision de rejet intervenue le 4 février 2016 aurait dû prendre en compte les revenus 2014 et 2015 ; cette décision devait prendre en compte le montant de la dette et non le coût mensuel de l'hébergement ;
- les documents transmis ne permettent pas d'établir une instruction suffisante et sérieuse de la demande d'aide sociale ;
- les ressources de M. B ne lui permettaient pas de régler l'intégralité de la dette ;
- la dette s'élève aujourd'hui à environ 13 000 euros ; M. B a réglé 7 550 euros ; ce préjudice résulte directement de l'illégalité commise ; il a également subi un préjudice moral à hauteur de 2 500 euros.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 14 décembre 2023, 4 et 9 avril 2024, le département de la Haute-Garonne, représenté par Me Pierson, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le département a parfaitement instruit la demande de Mme B et s'est rapproché de tous les obligés alimentaires qu'il a été en mesure d'identifier ; l'aide susceptible d'être apportée par les obligés alimentaires a été déterminée conformément à l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- l'instruction du dossier réalisée avec le département a révélé que les ressources des obligés alimentaires cumulées avec celles de Mme B étaient suffisantes pour prendre en charge son hébergement ; s'agissant d'une personne non bénéficiaire d'une aide sociale à l'hébergement, le coût mensuel moyen de prise en charge au sein de l'EHPAD " Tour Tottier " s'élevait à 1 735,88 euros, soit 51,17 euros par jour plus 5,90 euros dû par chaque résident au titre de la dépendance ; une personne titulaire de l'aide sociale à l'hébergement bénéficie d'un tarif " aide sociale " au sein de l'EHPAD dont le coût mensuel était ramené à une somme de 1 556,42 euros ; Mme B percevait une retraite d'un montant total de 986 euros par mois ; déduction faite du montant règlementaire correspondant à 10 % des ressources du bénéficiaire (hors allocation logement) ainsi que des frais de 77,28 euros afférents aux cotisations de la mutuelle santé, les ressources que Mme B pouvait consacrer à son hébergement s'élevaient donc à la somme de 810,12 euros ; par conséquent, le reste à charge au titre des frais d'hébergement de Mme B était de 925,76 euros au tarif " plein " et de 746,30 euros au tarif appliqué par l'EHPAD aux bénéficiaires de l'aide sociale ; il est apparu que les ressources cumulées des 14 personnes tenues à une obligation alimentaire permettaient d'envisager une participation des coobligés à hauteur de 2 488 euros par mois, ce qui est très largement suffisant pour prendre en charge l'hébergement de Mme B et ce peu importe que l'EHPAD applique un tarif aide sociale ou non ;
- l'instruction a été régulièrement menée ainsi que l'établit l'entier dossier produit et la demande d'aide sociale de Mme B date du 14 avril 2014.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. La mère de M. B, Mme A B, était hébergée à la résidence Les Jardins de la Tour Tottier, située 9 route de Pechbonnieu à Castelginest (Haute-Garonne) à compter du 7 février 2014. Mme B, par courrier en date du 14 avril 2014, a formé une demande d'aide sociale à l'hébergement. L'intéressée est décédée durant l'instruction de sa demande le 9 avril 2015. Par décision en date du 4 février 2016, le département de la Haute-Garonne a rejeté la demande formée par Mme B. M. B a formé un recours contre cette décision par courrier en date du 7 mars 2016 en indiquant ne pas être en mesure de s'acquitter des frais d'hébergement de Mme B. Le recours de M. B a été rejeté par une décision du 7 juin 2016. M. B a saisi la commission départementale d'aide sociale de Toulouse qui a rejeté sa demande par une décision en date du 27 novembre 2017. M. B a interjeté appel de cette décision devant la commission centrale d'aide sociale de la Haute-Garonne. Par un arrêt en date du 20 novembre 2020, la cour d'appel de Toulouse a fait droit à la demande de M. B. Le département de la Haute-Garonne a formé un pourvoi en cassation et aux termes d'un arrêt en date du 2 juin 2022, la Cour de cassation a cassé et annulé l'arrêt de la cour d'appel au motif de l'incompétence des juridictions de l'ordre judiciaire pour connaître de ce contentieux. M. B a alors formé le 6 octobre 2022 une demande indemnitaire préalable. Cette demande indemnitaire a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 7 décembre 2022 eu égard aux ressources dont disposaient les obligés alimentaires de Mme B. Par la présente, M. B demande l'indemnisation de ses préjudices en raison de l'illégalité de la décision initiale du président du conseil départemental de la Haute-Garonne.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sous réserve de l'article L. 252-1, les demandes d'admission au bénéfice de l'aide sociale, à l'exception de celles concernant l'aide sociale à l'enfance, sont déposées au centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, à la mairie de résidence de l'intéressé. Les demandes donnent lieu à l'établissement d'un dossier par les soins du centre communal ou intercommunal d'action sociale. Celui-ci peut utiliser à cet effet des visiteurs-enquêteurs. Les demandes sont ensuite transmises, dans le mois de leur dépôt, au représentant de l'Etat ou au président du conseil départemental qui les instruit avec l'avis du centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, du maire et celui du conseil municipal, lorsque le maire ou le centre communal ou intercommunal d'action sociale a demandé la consultation de cette assemblée ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. Les enfants qui ont été retirés de leur milieu familial par décision judiciaire durant une période d'au moins trente-six mois cumulés au cours des douze premières années de leur vie sont, sous réserve d'une décision contraire du juge aux affaires familiales, dispensés de droit de fournir cette aide. Cette dispense s'étend aux descendants des enfants susvisés. La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. La décision fait également l'objet d'une révision lorsque les débiteurs d'aliments ont été condamnés à verser des arrérages supérieurs à ceux qu'elle avait prévus ". Aux termes de l'article R. 131-2 du même code : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. / Le jour d'entrée mentionné au deuxième alinéa s'entend, pour les pensionnaires payants, du jour où l'intéressé, faute de ressources suffisantes, n'est plus en mesure de s'acquitter de ses frais de séjour. "
3. Il résulte des dispositions précitées que le département, saisi d'une demande d'aide sociale à l'hébergement, instruit cette demande notamment en recherchant les obligés alimentaires et en identifiant leurs capacités contributives. M. B affirme que le département de la Haute-Garonne a commis une faute en ne réalisant aucune instruction de la demande formée par Mme B. Il indique également qu'aucune décision n'a été prise antérieurement au décès de Mme B. Toutefois, il résulte de l'instruction que le département a identifié quatorze personnes tenues à l'obligation alimentaire envers Mme B. Sur les quatorze personnes concernées, le département a pu retrouver l'adresse et déterminer les ressources de sept obligés alimentaires. En conséquence, le département a bien instruit la demande d'aide sociale formée par Mme B ainsi qu'il l'établit par la production de l'entier dossier de l'instruction. En outre, la circonstance que le délai d'instruction de la demande a conduit à une décision prise après le décès de Mme B est sans incidence sur la légalité de cette décision. Le coût mensuel moyen de prise en charge au sein de l'EHPAD " Tour Tottier " s'élevait à 1 735,88 euros. Mme B percevait une retraite d'un montant total de 986 euros par mois. Après déduction du montant règlementaire correspondant à 10 % des ressources du bénéficiaire ainsi que des frais de mutuelle de 77,28 euros, les ressources que Mme B pouvait consacrer à son hébergement s'élevaient à la somme de 810,12 euros par mois. Par conséquent, le reste à charge au titre des frais d'hébergement de Mme B était de 925,76 euros. Or, les ressources cumulées de sept des quatorze personnes tenues à une obligation alimentaire permettaient d'envisager une participation des coobligés à hauteur de 2 488 euros par mois, soit une somme très supérieure au reste à charge de Mme B. Si M. B fait valoir que l'anonymisation des fiches des obligés alimentaires, à l'exception de la sienne, ne permet pas de s'assurer du lien de parenté entre les obligés alimentaires, il ne conteste pas sérieusement leur qualité et leur nombre et n'apporte aucun élément permettant de considérer que le département de la Haute-Garonne n'aurait pas correctement instruit la demande qui lui était soumise, instruction dont la durée est justifiée par la nécessité d'identifier et retrouver les différents obligés alimentaires. Il résulte de l'instruction que, à la date du 17 décembre 2015, une fiche de synthèse a été éditée faisant état d'une participation des obligés alimentaires à hauteur de 2 488 euros et conduisant ainsi au rejet de la demande de Mme B. Les fiches individuelles produites par le département de la Haute-Garonne précisent, pour la première reçue au CCAS de Toulouse le 3 juillet 2014, pour l'année 2013, un revenu net imposable de 18 175 euros et un revenu déclaré de 20 193 euros et un salaire mensuel de 1 422 euros ; elle a été signée le 12 juin 2014. La deuxième fiche mentionne un revenu mensuel de 1 540 euros et a été signée le 18 avril 2014. La troisième fiche produite, celle de M. B, mentionne un revenu mensuel du foyer de 2 881 euros pour un couple avec un enfant collégien et a été signée le 12 juin 2014. La quatrième fiche, signée le 24 avril 2014, mentionne 16 698 euros de pensions retraite et allocations diverses et un montant d'impôt sur le revenu de 2 047 euros. La cinquième fiche signée le 15 mai 2014 mentionne un revenu mensuel 2013 de 1584,52 euros. La dernière fiche, qui comporte un avis d'impôt sur le revenu 2013 établi en 2014 fait état de revenus industriels et commerciaux pour le déclarant 1 de 91 785 euros et de salaires à hauteur 26 506 euros pour le déclarant 2, ainsi que de revenus de capitaux mobiliers imposables de 44 232 euros soit un revenu brut global après abattement de 163 603 euros par an et 13 633,40 euros par mois. Si les sommes mentionnées sur la feuille de synthèse diffèrent ponctuellement de celles mentionnées sur les fiches individuelles, en tout état de cause, cette seule circonstance ne permet ni de conclure à une absence d'instruction de la part des services départementaux, ni à une erreur de fait ou d'appréciation sur la capacité des obligés alimentaires à assumer le reste à charge des frais d'hébergement de Mme B. Contrairement à ce qui est soutenu, l'aide sociale à l'hébergement étant, le cas échéant, attribuée à compter de la date d'entrée de l'intéressée dans l'établissement ou de la première quinzaine suivant la date de la demande en vertu de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, le département de la Haute-Garonne n'avait pas à prendre en compte le solde de la dette des frais d'hébergement de Mme B ni à prendre compte les revenus 2014 ou 2015, alors au demeurant qu'il n'est pas soutenu qu'il y aurait eu un écart de nature à remettre en cause la participation des obligés alimentaires aux frais d'hébergement de Mme B entre les ressources de ces obligés en 2013, 2014 et 2015. Enfin, la circonstance que les ressources du seul requérant ne lui permettent pas de régler l'intégralité de la dette est sans incidence sur la légalité de la décision de refus d'admission à l'aide sociale, laquelle n'est pas fondée sur les seules ressources du requérant. Par suite, c'est à bon droit que le département, qui a instruit la demande de Mme B, contrairement à ce qui est soutenu, a décidé que les ressources des obligés alimentaires cumulées avec celles de Mme B étaient suffisantes pour prendre en charge son hébergement. C'est donc sans commettre de faute que, par sa décision du 7 juin 2016, il a rejeté la demande d'aide sociale à l'hébergement de Mme B.
4. En l'absence d'illégalité fautive commise par le département de la Haute-Garonne, la demande indemnitaire de M. B doit être rejetée.
Sur la demande de frais du procès :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 500 euros demandée par M. B à ce titre.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au département de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le magistrat désigné,
AlainDx La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026