mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2207399 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | SCP CANTIER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Cloris Ortholan, demande au tribunal :
1) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 27018 émis et rendu exécutoire le 15 septembre 2022, par lequel le département de la Haute-Garonne poursuit le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 2 916,50 euros pour la période d'avril 2017 à juillet 2018 (INK 004) ;
2) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le payeur départemental de la Haute-Garonne a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de ce titre exécutoire le 24 octobre 2022 ;
3) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de ce titre exécutoire le 25 octobre 2022 ;
4) de le décharger de l'obligation de payer la somme en litige ;
5) de condamner le département de la Haute-Garonne à verser à son conseil la somme de 2 000 euros sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'avis de sommes à payer est insuffisamment motivé ; il ne comporte pas l'exposé des bases de la liquidation de la créance et les éléments de calcul de la somme réclamée ;
- l'avis de sommes à payer est dépourvu de bien-fondé ; ses attestations médicales justifient de sa présence en France en 2017, 2018 et 2019 ; il a été hospitalisé à plusieurs reprises à la clinique Pasteur à Toulouse en 2017, 2018 et 2019.
- l'illégalité de l'avis de sommes à payer emporte pour conséquence de rendre irrégulières les décisions implicites du payeur départemental de la Haute-Garonne et du président du conseil départemental de la Haute-Garonne.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'avis de sommes à payer est suffisamment motivé ; l'avis de sommes à payer fait référence à la décision du 11 mars 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne a notifié au requérant l'indu de RSA INK 004 ; cette décision indique les causes de la constitution de l'indu et la période concernée ; M. A ne peut ignorer la cause de la constitution de l'indu dès lors qu'il a transmis une copie de son passeport aux services de la CAF afin de justifier les dates de ses séjours à l'étranger ;
- l'indu est fondé ; le requérant a régulièrement séjourné à l'étranger entre 2017 et 2018 pour une durée supérieure à trois mois sur une année civile ou de date à date ; le requérant a séjourné à l'étranger du 12 avril au 5 juillet 2017, du 14 octobre au 25 décembre 2017, du 20 janvier au 14 février 2018, du 12 au 20 mai 2018 et du 13 juillet au 18 septembre 2018 ;
- la paierie départementale n'est pas compétente pour répondre au recours gracieux qui lui a été adressé le 24 octobre 2022 ;
- la décision implicite du président du conseil départemental à laquelle s'est substituée une décision explicite de la même autorité en date du 9 janvier 2023 est fondée ; le requérant a commis de fausses déclarations ; l'indu de RSA est fondé.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 juillet 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. D et les observations de Mme C pour le département de la Haute-Garonne, qui persiste dans ses écritures et indique que les périodes de plus de trois mois de résidence hors de France ne sont pas éligibles au RSA, de même que les mois civils de présence en France incomplets, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est bénéficiaire du RSA depuis le mois de novembre 2013. A la suite d'un contrôle diligenté par les services de la CAF en janvier 2020, il a été constaté que M. A avait omis de déclarer avoir séjourné régulièrement à l'étranger entre 2017 et 2018 pour une durée supérieure à trois mois sur une année civile ou de date à date. Suite à la régularisation de ses droits, la CAF de la Haute-Garonne a notifié au requérant, par un courrier en date du 11 mars 2020, un indu de RSA d'un montant de 4 931,44 euros pour la période d'avril 2017 à décembre 2019 dont le solde s'établit à 2 916,50 euros à la suite de retenues sur prestations. Le 15 septembre 2022, le département a émis un avis de sommes à payer à l'encontre de M. A aux fins de recouvrement du solde de l'indu de RSA d'un montant de 2 916,50 euros. Par deux recours préalables des 24 et 25 octobre 2022, le requérant a sollicité la suspension des procédures de recouvrement de l'indu auprès de la paierie départementale de la Haute-Garonne et du président du conseil départemental de la Haute-Garonne. Par une décision du 9 janvier 2023 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil départemental sur le recours du requérant, cette même autorité a explicitement rejeté la demande de M. A. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 15 septembre 2022 ainsi que les deux décisions implicites de rejet, nées du silence gardé par la pairie départementale de la Haute-Garonne et par le président du conseil départemental sur ses recours des 24 et 25 octobre 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge, une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil départemental sur son recours gracieux en date du 25 octobre 2022 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet en date du 9 janvier 2023 qui s'y est substituée.
Sur les conclusions dirigées contre l'avis de sommes à payer émis le 15 septembre 2022 :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision remettant en cause des paiements déjà effectués et ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de l'avis de sommes à payer :
4. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ainsi, tout titre exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint au titre exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
5. Il résulte notamment des mentions portées sur l'avis de sommes à payer en litige, que, pour justifier de sa créance, le département de la Haute-Garonne a porté la mention " 8317708 INDUS RSA INK 004 04/17 07/18 ", qui précise ainsi la nature de l'indu et sa période. Le département de la Haute-Garonne fait valoir que M. A avait été par ailleurs préalablement rendu destinataire d'un courrier, auquel le titre attaqué fait implicitement mais nécessairement référence, en date du 11 mars 2020 de la CAF de la Haute-Garonne, mettant à sa charge l'indu de RSA référencé INK 004 d'un montant total de 4 931,44 euros. Le département de la Haute-Garonne fait également valoir que le requérant ne pouvait ignorer avoir fait l'objet d'un contrôle de situation dès lors qu'il a transmis son passeport aux services de la CAF afin de révéler ses périodes de séjours à l'étranger. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du titre attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de RSA INK 004 :
6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. " Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "
7. Pour contester le bien-fondé de l'indu de RSA mis à sa charge, M. A fait valoir qu'il résidait en France en 2017, 2018 et 2019. Toutefois, il résulte du rapport d'enquête établi le 30 janvier 2020 par un agent assermenté de la CAF, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a accompli plusieurs séjours à l'étranger du 12 avril au 5 mai 2017, du 14 octobre au 25 décembre 2017, du 20 janvier au 14 février 2018, du 12 au 25 mai 2018 et du 13 juillet au 18 septembre 2018. M. A a donc a donc accompli plusieurs séjours hors de France dont la durée totale excède trois mois pour l'année 2017 et pour l'année 2018. Au surplus, les attestations médicales produites par le requérant ne contredisent pas les constatations faites par le contrôleur assermenté de la CAF dès lors qu'elles font état de consultations médicales et d'hospitalisations en France à des dates comprises en dehors de celles retenues par la CAF au titre des séjours de M. A hors du territoire national. Dans ces conditions, l'indu de RSA INK004 mis à la charge de M. A pour la période d'avril 2017 à juillet 2018 est fondé.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 15 septembre 2022 doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Haute-Garonne en date du 9 janvier 2023 et de la décision implicite du payeur départemental de la Haute-Garonne et celles à fin de décharge de l'obligation de payer la somme en litige.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de frais de procès :
9. Le département de la Haute-Garonne n'étant pas la partie perdante, les conclusions de M. A tendant au bénéfice des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au payeur départemental de la Haute-Garonne et au département de la Haute-Garonne.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne et à Me Cloris Ortholan.
Rendue publique par la mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Alain DLa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
Le greffier en chef,
No 2207399
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026