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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300059

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300059

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300059
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1) d'annuler le titre exécutoire émis le 15 décembre 2022 par le département de Tarn-et-Garonne pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 9 134,55 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

3) de mettre à la charge du département de Tarn-et-Garonne la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Me Desfarges, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu puisque le titre contesté a très certainement été émis malgré le recours formé contre la décision initiale par Mme C ;

- l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales a été méconnu en l'absence de production du bordereau de titre de recette dûment signé ;

- le titre attaqué n'est pas motivé en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- elle a informé de bonne foi la CAF du Tarn-et-Garonne et le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de sa situation personnelle et professionnelle ; Mme C s'est renseignée auprès de la CAF de Tarn-et-Garonne pour obtenir des informations sur les modalités de déclaration de sa rente accident du travail ; il lui a été répondu qu'en raison de la catégorie, il ne lui fallait pas déclarer cette ressource ; il en va de même sur sa demande d'informations sur les modalités de déclaration des loyers perçus ; aucune information ne lui a été donnée suite à ses demandes ;

- les dispositifs d'aides sociales sont d'une complexité telle que même les agents de la CAF sont susceptibles de commettre des erreurs et de délivrer des informations erronées aux usagers.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le département de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 juin 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu le rapport de M. D et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C bénéficiait du RSA en complément de ses revenus d'activité non salariée. À l'issue d'un contrôle de situation menée par la CAF de Tarn-et-Garonne, il a été constaté que Mme C avait omis de déclarer à la CAF une rente accident du travail versée par la mutualité sociale agricole (MSA) depuis 1996 ainsi que la perception de loyers. La prise en compte des revenus non déclarés sur la période de décembre 2018 à mai 2021 a généré un indu de RSA d'un montant de 9 134,55 euros. La CAF a alors procédé à la régularisation du dossier allocataire de Mme C et lui a notifié par courrier du 22 juin 2021 un indu global de prestations d'un montant de 9 185,55 euros. La CAF a également indiqué à Mme C que la suspicion de fraude ayant été retenue, son dossier serait prochainement examiné par la commission départementale des fraudes au RSA. Mme C a alors formé simultanément le 28 juin 2021 un recours adressé à la CAF contre cette décision et demandé une remise de dette. Par décision du 23 août 2021, le président du conseil départemental a rejeté la demande de remise de dette et a confirmé la décision de la CAF du 22 juin 2021. La paierie départementale a adressé à Mme C le titre exécutoire attaqué, émis le 15 décembre 2022 pour le recouvrement de l'indu en litige.

Sur l'étendue du litige :

2. Mme C a demandé son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle. Toutefois, par décision du 21 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur la régularité du titre exécutoire :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. () Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. () " Enfin, aux termes de l'article 2234 du code civil : " La prescription ne court pas ou est suspendue contre celui qui est dans l'impossibilité d'agir par suite d'un empêchement résultant de la loi, de la convention ou de la force majeure ".

5. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, citées au point 2, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, cité au point 4. Dans ce cas, la prescription ne court pas ou est suspendue contre le département, qui est dans l'impossibilité d'agir par suite d'un empêchement résultant de la loi, au sens de l'article 2234 du code civil, cité au point 4.

6. Le titre exécutoire contesté a été émis le 15 décembre 2022 pour le recouvrement d'un indu de RSA pour la période de décembre 2018 à mai 2021, alors que Mme C avait formé un recours préalable obligatoire à l'encontre de cet indu et introduit, sous le n° 2202608 un recours contentieux à l'encontre du rejet de son recours par décision du 23 août 2021. Le jugement de ce recours contentieux est intervenu le 3 mai 2023. Par suite, le département de Tarn-et-Garonne ne pouvait émettre, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le titre de recettes en litige qui doit donc, pour ce motif, être annulé.

7. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. () Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ().

8. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

9. L'ampliation de l'avis de sommes à payer reçue par Mme C porte le nom de M. Michel Weill, président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne et n'est pas signé. Le bordereau de titre de recettes produit par le département de Tarn-et-Garonne a été signé électroniquement par M. A, chef du service de comptabilité, bénéficiant d'une délégation de signature du président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne, M. Michel Weill. Dès lors que le nom de M. A ne figure pas sur l'ampliation reçue par Mme C, cette dernière est fondée à soutenir que l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales a été méconnu et, pour ce second motif, à demander l'annulation du titre attaqué.

10. Il résulte de ce qui précède que, pour ces motifs, le titre exécutoire émis le 15 décembre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin de décharge :

11. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

12. Par jugement définitif n° 2107524-2202608-2203085 du 3 mai 2022, ce tribunal a rejeté les recours de Mme C dirigés notamment contre l'indu en litige et confirmé son bien-fondé. Mme C n'est, par suite, pas fondée à demander à être déchargée de l'obligation de payer la somme en litige.

Sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice des frais du procès :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'avis de sommes à payer émis le 15 décembre 2022 est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à Me Desfarges et au département de Tarn-et-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Alain DLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2300059

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