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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300474

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300474

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300474
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAPUELLE

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Toulouse concerne un litige de plein contentieux indemnitaire initié par M. et Mme B, propriétaires d’un bien immobilier endommagé par un glissement de terrain. Les requérants recherchaient la responsabilité in solidum du syndicat mixte de l’eau et de l’assainissement de Haute-Garonne, de son assureur AXA France IARD, de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et de la commune de Boutx, en raison de travaux publics (réseau d’eau potable, voirie) ayant aggravé les désordres. Le tribunal a rejeté l’intégralité de leurs demandes, estimant que les préjudices allégués ne présentaient pas un caractère anormal et spécial, condition nécessaire pour engager la responsabilité sans faute des personnes publiques. La solution retenue s’appuie sur les principes de la responsabilité du maître de l’ouvrage public, sans application de textes spécifiques mentionnés dans l’extrait.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, M. A B et Mme E B, représentés par Me Eichenholc, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites rejetant leurs demandes indemnitaires préalables ;

2°) de condamner in solidum le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et son assureur AXA France IARD, la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et la commune de Boutx à leur verser la somme de 147 353,06 euros, assortie des intérêts à compter du 27 septembre 2022 et de la capitalisation des intérêts ;

3°) d'enjoindre au syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne, la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et la commune de Boutx de procéder ou de faire procéder aux travaux préconisés par l'expert judiciaire ;

4°) de mettre à la charge du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne, AXA France IARD, la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et la commune de Boutx la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner in solidum au paiement des dépens.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors que les courriers des 29 mai et 3 décembre 2018 et du 22 février 2019 ne constituent pas des demandes préalables ;

- la responsabilité du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne doit être engagée pour les désordres causés à leur bien dès lors que le syndicat gère le réseau d'eau potable et qu'il a confié à la société Cassagne Electricité TP l'exécution de travaux d'aménagement le long du chemin de l'Espounille qui ont contribué à déstabiliser le terrain et que cet aménagement a été programmé sans étude géotechnique préalable dans une zone à risque de glissement ; les travaux de création d'un branchement d'alimentation en eau potable desservant la parcelle voisine constituent une emprise irrégulière ;

- la responsabilité de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, gestionnaire du chemin de l'Espounille, et de la commune de Boutx, sur le domaine public de laquelle se situe le chemin de l'Espounille, doit également être engagée pour ces désordres en raison de l'absence de mise en place d'un drainage latéral de la chaussée du chemin de l'Espounille ;

- la responsabilité de la commune de Boutx doit également être engagée en raison d'une carence du maire dans l'exercice de son pouvoir de police dès lors que ce dernier n'a pris aucune mesure de prévention alors qu'il connaissait le risque de glissement de terrain ;

- ils n'ont pas participé à la réalisation de leur dommage, contrairement à ce qu'a retenu l'expert judiciaire, dès lors que le décaissement déstabilisant le talus préexistait à l'acquisition du bien, qu'ils n'ont procédé à aucune modification du talus, que le glissement des terres s'est fait du haut vers le bas de sorte que le drain en pied de talus ne peut être à l'origine de l'éboulement ;

- les pluies des 7 et 8 mai 2018 ne caractérisent pas un cas de force majeure dès lors que le caractère exceptionnel et imprévisible n'est pas établi ;

- leurs préjudices sont anormaux et spéciaux ;

- des travaux sont nécessaires sur la chaussée et la tranchée pour prévenir tout nouveau glissement ;

- ils sont fondés à demander l'indemnisation des travaux de reprises nécessaires sur leur propriété et qui s'élèvent à 90 829,20 euros pour la réalisation d'un ouvrage de soutènement du talus, 2 000 euros au titre des travaux de drainage au pied de la façade et 2 000 euros au titre des travaux d'embellissement intérieur ;

- ils sont également fondés à solliciter la somme de 18 750 euros au titre du coût de la maîtrise d'œuvre, la somme de 7 586,34 euros au titre de la souscription d'une assurance dommage-ouvrage, la somme de 11 400 euros à parfaire au titre de leur préjudice de jouissance, la somme de 3 000 euros au titre de leur préjudice de jouissance pendant la durée des travaux, la somme de 10 000 euros au titre de leur préjudice moral et 1 787,52 euros au titre des frais d'expertise privée.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2023, le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et la compagnie d'assurance AXA France IARD, représentées par Me Thevenot, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant de l'indemnisation à laquelle ils sont susceptibles d'être condamnés à 4,5 % de ce montant ;

3°) de mettre à la charge de la partie succombant les entiers dépens ainsi que la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les requérants n'apportent pas la preuve que les travaux réalisés par la société Cassagne Electricité TP pour le compte du syndicat sont à l'origine de leur dommage ;

- la répartition des responsabilités est la suivante : 5 % pour la commune et la communauté de communauté, 15 % pour le syndicat, 40 % pour la société Cassagne Electricité TP et 40 % pour les consorts B ;

- seuls les travaux portant sur la tranchée pourront éventuellement donner lieu à injonction à l'égard du syndicat, qui n'est pas propriétaire du chemin de l'Espounille ;

- le montant de leur éventuelle condamnation s'agissant des travaux de reprise sur la propriété des requérants ne saurait excéder 5 020,75 euros ;

- le préjudice lié aux frais de souscription d'une assurance dommage-ouvrage n'est pas établi ; en tout état de cause, le montant de leur condamnation à ce titre ne pourra excéder 341,39 euros ;

- le préjudice de jouissance n'est pas établi ; en tout état de cause, s'agissant du préjudice de jouissance pendant les travaux, le montant de leur condamnation ne pourrait excéder 4,5 % du montant retenu.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2023 la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, représentée par Me Lanéelle, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et de mettre à la charge des requérants la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener le montant de l'indemnisation à de plus justes proportions et de limiter l'injonction à son égard aux seuls travaux de drainage du chemin de l'Espounille ;

3°) à titre encore plus subsidiaire, de condamner in solidum les requérants et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne à la garantir de toutes condamnations.

Elle fait valoir que :

- les désordres litigieux n'ont pas pour origine une absence de drainage latéral du chemin de l'Espounille mais les abondantes précipitations imprévisibles des 7 et 8 mai 2018 ;

- elle ne saurait être tenue à l'indemnisation de travaux de reprise affectant des ouvrages autres que le chemin de l'Espounille ;

- les préjudices autres que les travaux ne sont justifiés ni dans leur principe ni dans leur quantum ;

- les requérants doivent supporter une part du dommage dès lors qu'ils ont commis une faute en déstabilisant le pied du talus.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, la commune de Boutx, représentée par Me Lapuelle, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les conclusions à fin d'injonction dirigées contre elle, de limiter sa part de responsabilité, solidairement avec la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, à 1,5 % du coût des travaux de reprise, de maîtrise d'œuvre et d'assurance dommage-ouvrage et de rejeter les conclusions à tendant à la réparation des autres préjudices ou, à défaut, de limiter au même pourcentage sa part de responsabilité pour ces préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la partie tenue au dépens ou, à défaut, de la partie perdante, la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors qu'une demande indemnitaire préalable a été présentée le 29 mai 2018 ;

- le chemin de l'Espounille est d'intérêt communautaire et son entretien et sa gestion relèvent ainsi de la compétence de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises ;

- le lien de causalité entre l'absence de drainage latéral du chemin de l'Espounille et les désordres n'est pas établi ;

- les requérants ont commis une faute en réalisant des travaux en pied de talus qui l'ont déstabilisé ;

- l'absence de réalisation d'un réseau d'évacuation des eaux pluviales non urbaines ne caractérise pas une carence fautive dans l'exercice du pouvoir de police du maire ;

- les requérants doivent supporter la charge des travaux de consolidation de leur talus qui ne participe pas directement au maintien du chemin de l'Espounille ;

- les préjudices ne sont justifiés ni dans leur principe ni dans leur montant ;

- la demande d'injonction doit être rejetée dès lors que les préjudices ne perdurent qu'en raison de l'absence de travaux incombant aux requérants et qu'aucune faute n'est imputable à la commune ou à la communauté de communes ; par ailleurs, la communauté de communes a fait installer un bourrelet pour éviter le ruissellement des eaux sur la propriété des requérants.

Par une ordonnance du 1er août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2024.

Une mesure d'instruction a été diligentée auprès des requérants le 20 mai 2025, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Le mémoire et la pièce transmis en réponse à cette mesure d'instruction ont été communiqués aux parties le 28 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises n'était ni présente ni représentée :

- le rapport de Mme Préaud, rapporteure,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- les observations de Me Cyriaque, substituant Me Eichenholc, représentant M. et Mme B, les observations de Me Benabdelmalek, substituant Me Lapuelle, représentant la commune de Boutx, et les observations de Me Thevenot représentant le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et la société AXA France IARD.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'une maison et d'une grange rénovée à usage d'habitation, situées au lieu-dit l'Espounille à Boutx (Haute-Garonne). Par la présente requête, ils demandent la condamnation du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne (SMEA 31), de son assureur AXA France IARD, de la commune de Boutx et de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises à les indemniser des préjudices ayant résulté des désordres affectant leur propriété à la suite d'un glissement de terrain en mai 2018.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Boutx :

2. Il résulte des termes du courrier adressé par M. B à la commune de Boutx le 29 mai 2018 que ce dernier sollicitait uniquement la mairie afin de nettoyer la boue accumulée sur son terrain et de restaurer le talus endommagé par le glissement de terrain. M. B a relancé la commune par des courriers des 3 décembre 2018 et 22 février 2019, également adressés à la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises. Ce n'est que par des courriers du 27 septembre 2022, réceptionnés le 29 septembre suivant, que M. et Mme B ont présenté une demande indemnitaire préalable auprès de la commune de Boutx et de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises. En l'absence de réponse de la part de la commune de Boutx, une décision implicite de rejet est née le 29 novembre 2022. Par suite, les conclusions de M. et Mme B tendant à la condamnation de la commune, enregistrées le 26 janvier 2023, ne sont pas tardives. La circonstance selon laquelle la communauté de communes a fait savoir à M. B, par lettre du 29 mars 2019, qu'elle ne se considérait pas responsable du sinistre est sans incidence à cet égard.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de rejet des demandes indemnitaires préalables :

3. Les décisions implicites par lesquelles la commune de Boutx, la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et le SMEA 31 ont rejeté la demande indemnitaire préalable de M. et Mme B ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande et ne sont pas susceptibles de recours. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Boutx :

S'agissant de la responsabilité pour défaut d'entretien de l'ouvrage public :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

5. Le II de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales prévoit une liste de groupes de compétences dont le groupe " Création, aménagement et entretien de la voirie ". Aux termes du IV de cet article : " Lorsque l'exercice des compétences mentionnées aux I et II est subordonné à la reconnaissance de leur intérêt communautaire, cet intérêt est déterminé par le conseil de la communauté de communes à la majorité des deux tiers. / Il est défini au plus tard deux ans après l'entrée en vigueur de l'arrêté prononçant le transfert de compétence. A défaut, la communauté de communes exerce l'intégralité de la compétence transférée. () ". Selon le I de l'article L. 5211-41-3 du même code les compétences transférées, les établissements publics de coopération intercommunale, dont au moins l'un d'entre eux est à fiscalité propre, peuvent être autorisés à fusionner. Selon le troisième alinéa du III de ce même article, les compétences transférées à titre optionnel et celles transférées à titre supplémentaire par les communes aux établissements publics de coopération intercommunale existant avant la fusion sont exercées par le nouvel établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre sur l'ensemble de son périmètre ou, si l'organe délibérant de celui-ci le décide dans un délai de trois mois à compter de l'entrée en vigueur de l'arrêté décidant la fusion, font l'objet d'une restitution aux communes.

6. Par ailleurs, aux termes du XII de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République : " Sauf dispositions contraires, pour tout transfert de compétence ou délégation de compétence prévu par le code général des collectivités territoriales, la collectivité territoriale ou l'établissement public est substitué de plein droit à l'Etat, à la collectivité ou à l'établissement public dans l'ensemble de ses droits et obligations, dans toutes ses délibérations et tous ses actes. " Il résulte de ces dispositions que, sauf dispositions législatives contraires, le transfert de compétences par une collectivité territoriale à un établissement public de coopération intercommunale, effectué sur le fondement des dispositions du code général des collectivités territoriales, implique la substitution de plein droit de cet établissement à la collectivité dans l'ensemble de ses droits et obligations attachés à cette compétence, y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert.

7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire du 25 octobre 2021, qu'à la suite de fortes pluies les 7 et 8 mai 2018, un glissement de terrain s'est produit sur la propriété de M. et Mme B causant, outre une dégradation du terrain, une humidité sur le mur intérieur de la façade sud-ouest de la grange transformée à usage d'habitation. Il en résulte également que ces désordres proviennent pour partie de l'absence de drainage latéral de la chaussée du chemin de l'Espounille, qui surplombe la propriété des requérants. A ce titre, l'expert judiciaire a retenu tant la responsabilité de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises que celle de la commune de Boutx.

8. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, par une délibération du 19 décembre 2001, le conseil municipal de la commune de Boutx a donné son accord au projet de statuts de la communauté de communes du canton de Saint-Béat prévoyant que la communauté de communes exercerait, en lieu et places des communes membres, notamment la compétence " voirie " comportant la compétence " création, entretien ou aménagement de la voirie communautaire ". Il n'est pas contesté que la création de la communauté de communes du canton de Saint-Béat a été approuvée par un arrêté préfectoral du 11 janvier 2002. Il n'est pas non plus contesté que, le 1er janvier 2017, a été créée la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises fusionnant trois communautés de communes dont celle du canton de Saint-Béat. En application des dispositions précitées de l'article L. 5211-41-3 du code général des collectivités territoriales, la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises exerçait donc la compétence " création, entretien ou aménagement de la voirie communautaire " à la date du dommage en litige. D'autre part, il n'est pas contesté que, à la date du dommage litigieux, la voirie d'intérêt communautaire était définie comme " toute la voirie communale existante, indispensable aux liaisons entre les habitations, les hameaux, les communes ainsi que les places publiques et les parkings ". Il résulte de l'instruction que le chemin de l'Espounille, appartenant à la voirie communale, permet la liaison de plusieurs habitations. Il présente donc un intérêt communautaire au regard des dispositions précitées. Par conséquent, son entretien et son aménagement relèvent de la compétence de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises. Par suite, la responsabilité de la commune de Boutx ne peut être engagée en raison du défaut d'entretien du chemin de l'Espounille.

S'agissant de la responsabilité pour faute :

9. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. / () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". Et aux termes de l'article L. 2212-4 de ce code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. () ".

10. Il ne résulte pas de l'instruction que les troubles provoqués par les pluies des 7 et 8 mai 2018 auraient été d'une gravité telle que le maire aurait commis une carence fautive en s'abstenant d'exercer ses pouvoirs de police. Par suite, les requérants ne sont pas non plus fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Boutx.

En ce qui concerne la responsabilité de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises :

11. Ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent jugement, les désordres affectant la propriété de M. et Mme B proviennent pour partie de l'absence de drainage latéral de la chaussée du chemin de l'Espounille. Par suite, M. et Mme B sont fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, chargée de la gestion du chemin.

En ce qui concerne la responsabilité du syndicat :

12. Le maître de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, l'architecte et l'entrepreneur chargé des travaux, sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

13. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire du 25 octobre 2021, qu'une tranchée de quatre-vingt centimètres de profondeur et de quarante centimètres de large destinée à recevoir la conduite d'adduction d'eau potable desservant la propriété du voisin de M. et Mme B a été réalisée en 2016 et, qu'à cette occasion, le terrain a perdu son étanchéité originelle. Ces travaux ont ainsi favorisé les infiltrations lors des précipitations des 7 et 8 mai 2018. En effet, non seulement ils ont été programmés sans étude géotechnique préalable alors qu'ils ont été effectués dans une zone à risque de glissement figurant dans le plan de prévention des risques mais ils ont également été réalisés sans que soient prises les dispositions de nature à éviter les infiltrations vers la propriété des époux B. Ces travaux ont été effectués par la société Cassagne Electricité TP pour le SMEA 31. Par suite, M. et Mme B sont également fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité du SMEA 31.

En ce qui concerne la part de responsabilité de la communauté de communes et du syndicat :

14. Compte tenu de la teneur des faits exposés aux points 7 et 13 du présent jugement, il y a lieu de fixer la part de responsabilité de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises à 10 % et celle du SMEA 31 à 90 %. Si l'expert a considéré que les caractéristiques géologiques et hydrogéologique du terrain constituant le talus, à savoir son caractère très pentu, ont eu une incidence, qu'il a estimée à 10 %, dans la réalisation du dommage, l'absence de drainage de la chaussée et les travaux réalisés pour le syndicat restent les causes déterminantes du dommage.

Sur les causes exonératoires :

En ce qui concerne la force majeure :

15. L'expert judiciaire a estimé que les désordres litigieux étaient dus à 60 % aux précipitations " continues et abondantes " des 7 et 8 mai 2018. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces pluies présentaient un caractère imprévisible et irrésistible. Par suite, le cas de force majeure ne peut être retenu pour exonérer la communauté de communes et le syndicat de leur responsabilité.

En ce qui concerne le fait des victimes :

16. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que M. et Mme B ont aménagé leur terrasse et fait installer un drain en 2014, ce qui a contribué à la déstabilisation du talus situé en amont de la grange à usage d'habitation et affecté par le glissement de terrain. L'expert a estimé à 40 % la part des désordres imputable à ce remaniement du talus. Si les requérants soutiennent que l'expert s'est trompé en inscrivant ce pourcentage et qu'il a en réalité entendu retenir un pourcentage de 5 % et si le tableau dans lequel apparaît ce pourcentage est en effet erroné dès lors que le total des pourcentages qui y figurent n'atteint pas 100 %, il résulte de la combinaison du tableau indiquant la part imputable à chaque cause retenue par l'expert pour chacun des travaux de réparation envisagés, figurant au point 11 de l'expertise, et du tableau faisant état de la part d'incidence de chacune des causes retenues par l'expert, figurant au point 8 de l'expertise, que c'est bien le pourcentage de 40 % que l'expert a entendu retenir s'agissant de la part de responsabilité des époux B. Par suite, il y a lieu d'exonérer la communauté de communes et le syndicat de leur responsabilité à hauteur de 40 %.

Sur les préjudices :

17. Les dommages subis par les requérants, consistant en un glissement de terrain et des infiltrations, présentent un caractère accidentel. M. et Mme B n'ont donc pas à démontrer leur caractère grave et spécial pour en être indemnisés.

En ce qui concerne les travaux de reprise :

18. M. et Mme B sollicitent la somme de 94 829,20 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre du coût des travaux de reprise de leur terrain, dont 90 829,20 euros au titre de la réalisation d'un ouvrage de soutènement du talus, 2 000 euros au titre du drainage des eaux de ruissellement au pied de la façade et 2 000 euros au titre des travaux intérieurs " d'embellissement ". Il résulte du courrier adressé aux requérants par un cabinet d'expertise que l'évacuation des terres accumulées contre la façade de leur habitation provoquerait un nouvel effondrement du talus et un affaissement de la chaussée, dès lors que ces terres soutiennent désormais le talus et, par conséquent, la chaussée. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. et Mme B sont fondés à solliciter non seulement le coût de la reprise des infiltrations intérieures mais également le coût de la réalisation d'un ouvrage de soutènement comportant un dispositif de drainage.

En ce qui concerne le coût de la maîtrise d'œuvre :

19. M. et Mme B sollicitent la somme de 18 750 euros au titre du coût de la maîtrise d'œuvre des travaux de reprise. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, qu'une mission de maîtrise d'œuvre est nécessaire pour la réalisation des travaux de réparation. Par suite, M. et Mme B sont fondés à solliciter une indemnisation au titre du coût de la mission de maîtrise d'œuvre à hauteur de 18 750 euros, somme justifiée par la production d'un devis.

En ce qui concerne les frais d'assurance dommage-ouvrage :

20. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil. "

21. M. et Mme B sont fondés à solliciter l'indemnisation du coût de souscription d'une assurance dommages-ouvrage. En retenant le taux d'assurance de 8 %, invoqué par les requérants et qui n'est d'ailleurs pas contesté par les défendeurs, sur la somme de 94 829,20 euros correspondant aux travaux de de réparation, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à a somme de 7 586,34 euros.

En ce qui concerne les frais d'expertise privée :

22. M. et Mme B demandent l'indemnisation des frais qu'ils ont engagés afin de solliciter l'avis d'un expert sur les désordres constatés et leurs causes. Il résulte de l'instruction, en particulier de la facture du 2 décembre 2021, que ces frais s'élèvent à la somme de 1 787,52 euros TTC. Ces frais ayant été utiles à la résolution du litige, il y a lieu d'en indemniser les requérants.

En ce qui concerne le préjudice de jouissance :

23. L'expert judiciaire a retenu que " les travaux de réparation seront à l'origine d'une gêne temporaire à l'occupation de la maison ". Eu égard à l'ampleur des travaux, il sera fait une juste appréciation du préjudice de jouissance de M. et Mme B en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral :

24. M. et Mme B sollicitent la somme de 10 000 euros au titre de l'indemnisation de leur préjudice moral. La situation litigieuse s'étant constituée en 2018 et les ayant amenés à multiplier les démarches administratives et juridiques jusqu'à ce jour, il y a lieu de les indemniser de leur préjudice moral à hauteur de 2 000 euros.

25. Il résulte de ce qui précède que le montant des préjudices indemnisables des requérants s'élève à la somme de 125 953,06 euros. Par suite, M. et Mme B sont seulement fondés à solliciter une indemnisation d'un montant de 75 571,84 euros, prenant en compte l'exonération de responsabilité de 40 % en raison du fait des victimes, fixée au point 16 du présent jugement.

26. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 14 du présent jugement, concernant le partage de responsabilité entre la communauté de communes et le syndicat, il y a lieu de condamner le syndicat et son assureur à garantir la communauté de communes à hauteur de 90 % de ce montant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

28. Si l'expert judiciaire préconise de drainer latéralement le chemin de l'Espounille et de traiter la tranchée dans laquelle a été installée la conduite AEP desservant un fonds voisin, pour empêcher les eaux de ruissellement de s'infiltrer dans le talus, de tels travaux n'apparaissent pas nécessaires dès lors que les désordres litigieux ne sont pas uniquement dus à une absence de drainage de la chaussée et dès lors que le présent jugement octroie aux requérants l'indemnisation permettant de réparer le dommage par la construction d'un ouvrage de soutènement comportant un dispositif de drainage correctement dimensionné. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

29. M. et Mme B ont droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité accordée au point 25 à compter du 29 septembre 2022, date de réception de leurs demandes indemnitaires préalables par la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et par le SMEA 31.

30. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 26 janvier 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 septembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

31. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

32. Il résulte de l'instruction que, par l'ordonnance du 14 janvier 2021 prévoyant l'organisation d'une mesure d'expertise et désignant l'expert chargé de cette expertise, le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné aux époux B de consigner au greffe du tribunal la somme de 3 000 euros. Toutefois, les frais d'expertise judiciaire ne relèvent pas des dépens de l'instance devant le juge administratif mais font partie intégrante du préjudice dont le requérant peut demander réparation. Les époux B n'établissant pas avoir engagé de dépens dans le cadre de la présente instance, leur demande à ce titre doit être rejetée.

Sur les frais non compris dans les dépens :

33. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge in solidum de la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et du SMEA 31 et de son assureur AXA France IARD la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Boutx, qui n'est pas la partie perdante, sur leur fondement. Il n'y a pas non plus lieu de mettre à la charge de M. et Mme B la somme que sollicite la communauté de communes sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et son assureur AXA France IARD sont condamnés in solidum à verser à M. et Mme B la somme de 75 571,83 euros en réparation de leurs préjudices. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022. Les intérêts échus à la date du 29 septembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 : Le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et son assureur AXA France IARD sont condamnés à garantir la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises à hauteur de 90 % de la somme fixée à l'article 1er.

Article 3 : La communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et son assureur AXA France IARD sont tenus in solidum de verser la somme de 1 500 euros à M. et Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme E B, à la commune de Boutx, à la communauté de communes Pyrénées Haut Garonnaises, au syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne et à la société AXA France IARD.

Copie en sera adressée à M. C D, expert.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Péan, conseillère,

Mme Préaud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

La rapporteure,

L. PRÉAUDLa présidente,

C. VISEUR-FERRÉLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffière

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