mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300672 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DE BOYER MONTÉGUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2023, M. A B, représenté par Me de Boyer Montegut, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me de Boyer Montegut de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, directement au requérant sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru tenu de refuser le titre de séjour sollicité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 19 décembre 1991, déclare être entré en France en juin 2014, sans toutefois en apporter la preuve. Le 25 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", au titre de l'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 23 mai 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. Il résulte des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction, en particulier en ce qui concerne la situation professionnelle et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de la décision attaquée, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de M. B, ainsi qu'il vient d'être dit, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. "
6. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que, dans le cadre d'une autorisation de travail sollicitée par un étranger titulaire d'une des cartes de séjour mentionnées, l'emploi proposé doit être en adéquation avec les diplômes et l'expérience du demandeur. De plus, il est constant que M. B ne dispose d'aucune carte de séjour. Enfin et surtout, la décision attaquée n'est pas relative à la délivrance d'une autorisation de travail et n'est pas prise pour l'application des dispositions de l'article R. 5221-20 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui manque également en droit et en fait, est inopérant et ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
9. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
10. En l'espèce, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a examiné la possibilité de délivrer à M. B, qui ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité, un titre de séjour sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, à supposer qu'il soit soulevé, manque en fait.
11. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a travaillé en France comme peintre et ouvrier d'exécution de janvier à décembre 2020, puis de février à avril 2021, et que la société Adm Nisma lui a offert une promesse d'embauche le 17 juin 2021 comme agent d'entretien en bâtiment, tout en sollicitant pour lui une autorisation de travail comme ouvrier-peintre. Au vu de cette expérience de quinze mois sur des tâches peu qualifiées, et de l'absence de diplômes ainsi que de toute autre circonstance professionnelle spécifique, alors au demeurant qu'il se trouvait en situation irrégulière, c'est sans commettre d'erreur de fait que le préfet a considéré que l'intéressé ne détenait par une qualification, une expérience particulière et significative ou même un diplôme de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. D'autre part, si M. B soutient résider en France depuis 2014, en tout état de cause de manière irrégulière, toutefois les seuls justificatifs qu'il verse au dossier, à savoir une facture d'une enseigne commerciale et une réservation d'hôtel de courte durée pour l'année 2014, une facture d'achat de téléphone pour l'année 2015, un certificat médical pour l'année 2016, une ordonnance pour l'année 2017, ainsi qu'un assurance habitation, des contrats de téléphone et de banque et une déclaration d'impôts pour l'année 2019 ne sauraient établir, à eux seuls, sa présence habituelle sur le territoire national entre 2014 et 2019. En outre, M. B, célibataire et sans charge de famille, se prévaut seulement de la présence en France de son frère, compatriote titulaire d'un titre de séjour, et de son activité professionnelle entre janvier 2020 et avril 2021, ce qui ne suffit pas à démontrer l'existence de liens personnels et affectifs, ni une insertion sociale et professionnelle de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale que le préfet a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par le préfet de la Haute-Garonne à M. B n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
13. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 11, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille en France. En outre, il ne soutient pas ne plus disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Maroc, où il a vécu au moins jusqu'à ses 23 ans. Enfin, il n'allègue pas l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle de peintre-ouvrier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément circonstancié à l'appui de sa requête, M. B ne saurait soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 23 mai 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le rapporteur,
S. HECHT
Le président,
T. SORINLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026