jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300720 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A E et Mme D G, représentés par la Selarl Kerdoncuff Avocats, aux écritures de Me Kerdoncuff, demandent au juge des référés, es qualité de représentants légaux de leur fille I E G, née le 30 octobre 2007 :
1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale de type Anadoc, qui sera confiée à un expert judiciaire inscrit sur les listes de la cour d'appel de Bordeaux, aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour l'enfant I E G de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 17 novembre 2020 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse ;
2°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir leurs observations ;
3°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix.
Ils soutiennent que :
- leur fille, I E G, ayant présenté au début de l'été 2020 des douleurs au genou gauche et les examens médicaux réalisés ayant mis en évidence un ostéosarcome du tibia gauche, pathologie tumorale maligne, elle a été prise en charge au centre hospitalier universitaire de Bordeaux pour le traitement préopératoire de son cancer puis hospitalisée le 16 novembre 2020 au centre hospitalier universitaire de Toulouse où a été réalisée le 17 novembre suivant une exérèse de l'ostéosarcome avec pose d'une prothèse de reconstruction ;
- les suites opératoires ont été marquées par l'apparition d'oedèmes au niveau des deux jambes et d'une fièvre à compter du 19 novembre causés par une infection à Cellulosimicrobium Cellulans ainsi qu'un déficit des releveurs du pied gauche, étant précisé qu'un électromyogramme réalisé le 2 mars 2022 a constaté une atteinte sensitive à type d'abolition du nerf saphène interne, fibulaire superficiel, plantaire et une forte réduction pour le nerf sural, une atteinte motrice du nerf fibulaire, tibiale postérieure ainsi qu'une réinnervation très pauvre dans le jumeau, une réinnervation plus riche dans le jambier antérieur et le long péronier latéral gauche, pas de réinnervation dans l'extenseur propre du gros orteil tout comme dans les fléchisseurs du gros orteil ;
- si, dans le cadre d'une garantie contractuelle, I E G a été examinée par les docteurs Faivre et Béguerie, ceux-ci ont conclu à l'existence d'un accident médical et ont notamment retenu que l'atteinte permanente à son intégrité physique et psychique ne sera pas inférieure à 20 % ;
- alors qu'ils considèrent que leur fille a été victime d'un accident médical au cours de l'intervention du 17 novembre 2020 et d'une infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation au centre hospitalier universitaire de Toulouse, responsables des troubles qu'elle présente à ce jour, ils sont fondés, dans ces conditions, à solliciter la mise en œuvre d'une expertise afin de déterminer la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Toulouse ainsi que l'ampleur du préjudice corporel de leur fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse et la société hospitalière d'assurances mutuelle devenue Relyens Mutual Insurance, représentés par la Selarl Montazeau et Cara, aux écritures de Me Cara, concluent :
1°) à ce qu'il soit donné acte de ce que le centre hospitalier universitaire de Toulouse conteste sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés des requérants et qui sera confiée à un collège d'experts spécialistes en oncologie pédiatrique et infectiologie ;
2°) à ce que la mission des experts soit complétée selon les termes de son mémoire et que le collège d'experts missionné décrive l'état de santé de I E G avant sa prise en charge dans ses services et dépose un pré-rapport ;
3°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance aux experts afin que ceux-ci puissent en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire et éviter toute contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la Selarl Birot-Ravaut et Associés, aux écritures de Me Ravaut, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée et demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Bordeaux déclare ne pas intervenir à ce stade de la procédure mais se réserve le droit d'intervenir en cas de poursuites au fond et précise qu'elle n'est pas en mesure, en l'état actuel du dossier, de chiffrer une créance, ce qu'elle fera après dépôt du rapport d'expertise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné M. Katz pour statuer sur les demandes de référé.
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".
2. La demande d'expertise présentée par M. A E et Mme D G entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.
Sur les conclusions du requérant et du centre hospitalier universitaire de Toulouse à fin d'injonction :
3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale des requérants de produire sa créance doivent être rejetées.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que tant les conclusions des requérants que celles du centre hospitalier universitaire de Toulouse et de l'Oniam tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'avance des frais d'expertise :
5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".
6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse relatives à la prise en charge des frais d'expertise par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le concours d'un sapiteur :
7. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions des requérants tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. A E et Mme D G, d'une part, et le centre hospitalier universitaire de Toulouse, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) et la société hospitalière d'assurances mutuelle devenue Relyens Mutual Insurance, d'autre part, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de Bordeaux.
Article 2 : Un collège d'experts aura pour mission :
- d'examiner l'enfant I E G et prendre connaissance de son entier dossier médical ;
- de décrire l'état de santé de l'enfant I E G antérieurement à l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 17 novembre 2020 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse ;
- de décrire les conditions dans lesquelles l'enfant I E G a été prise en charge lors de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 17 novembre 2020 dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse ;
- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises à l'occasion des investigations, diagnostics, interventions et soins divers dont l'enfant I E G a fait l'objet à cette occasion ;
- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice subi par l'enfant I E G ;
- d'indiquer si, à son avis, l'infection dont l'enfant I E G a été victime a présenté ou non le caractère d'une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l'origine, la nature, les conditions de sa survenue et dans lesquelles elle a été contractée puis prise en charge, en indiquant la part qui lui est imputable dans ce préjudice ;
- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour l'enfant I E G d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;
- de retracer l'évolution de l'état de santé de l'enfant I E G et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;
- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par l'enfant I E G en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;
- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;
- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.
Article 3 : Madame le docteur B C, domiciliée à l'hôpital Femme-Mère-Enfant, Hospices Civils de Lyon, Groupe Hospitalier Est, 59 boulevard Pinel à Lyon Cedex (69677) et Madame le docteur F H, domiciliée Faculté de Médecine, 8 avenue Rockfeller à Lyon (69008) sont désignées pour procéder à l'expertise.
Article 4 : Les experts, qui pourront déposer un pré-rapport s'ils le jugent utile, accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 5 : Les experts notifieront leur rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposeront leur rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E et Mme D G, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la société hospitalière d'assurances mutuelle devenue Relyens Mutual Insurance, à la caisse primaire d'assurance maladie de Bordeaux et aux docteurs B C et F H, experts.
Fait à Toulouse, le 29 juin 2023
Le vice-président, juge des référés,
David KATZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026