mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300905 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CLABAUT-BAGHDASARIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 28 décembre 2023, la société civile immobilière (SCI) Gusmerveilles, représentée par Me Baghdasarian, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 décembre 2022 de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne portant refus d'octroi d'une subvention d'investissement pour la création de deux micro-crèches, l'une sur le territoire de la commune de Montaigut-sur-Save, l'autre sur le territoire de la commune de Cépet ;
2°) d'enjoindre à la CAF de la Haute-Garonne de lui verser les subventions sollicitées, ou, à tout le moins, de réexaminer ses demandes ;
3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision relative à Montaigut-sur-Save :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de la circulaire n° 2021-009 du 2 juin 2021, qui sont opposables en vertu des articles L. 312-2 et R. 312-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision relative à Cépet :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est contradictoire avec la décision relative à Montaigut-sur-Save, ce qui démontre que les deux décisions attaquées ont été dictées par l'arbitraire.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, la CAF de la Haute Garonne, représentée par Me Laurent, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Gusmerveilles la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la circulaire n° 2021-009 du 2 juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- les observations de Mme A, représentant la SCI Gusmerveilles,
- et les observations de Me Santou, substituant Me Laurent, représentant la CAF de la Haute-Garonne.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Gusmerveilles a déposé auprès de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne deux demandes de subventions d'investissement pour la création de deux micro-crèches, l'une sur le territoire de la commune de Montaigut-sur-Save, l'autre sur le territoire de la commune de Cépet. La CAF de la Haute-Garonne a rejeté la première de ces demandes par une décision du 25 février 2022, après avis défavorable de la commission des aides financières collectives du 5 juillet 2021, confirmée le 14 décembre 2022 sur recours gracieux, après un nouvel avis défavorable de cette commission du 19 octobre 2022. La seconde demande a été rejetée par une décision du 13 décembre 2022, après avis défavorable de la commission des aides financières collectives du 7 juillet 2022. Par la présente requête, la SCI Gusmerveilles demande au tribunal d'annuler les deux décisions du 14 décembre 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. La requête de la SCI Gusmerveilles doit dès lors être regardée comme dirigée, tant contre la décision du 14 décembre 2022 ayant rejeté son recours gracieux en date du 23 juillet 2022, que contre celle du 25 février 2022 ayant rejeté sa demande d'aide financière relative au projet de création d'une micro-crèche à Montaigut-sur-Save.
Sur la légalité de la décision de refus d'octroi de subvention pour la création d'une micro-crèche à Montaigut-sur-Save :
3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".
4. L'attribution d'une subvention ne constituant pas un droit pour les personnes remplissant les conditions légales pour l'obtenir, aucune des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration relative à la motivation des actes administratifs n'impose la motivation de la décision attaquée, qui refuse la subvention sollicitée par la SCI Gusmerveilles. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, dans le cas où un texte prévoit l'attribution d'un avantage sans avoir défini l'ensemble des conditions permettant de déterminer à qui l'attribuer parmi ceux qui sont en droit d'y prétendre, l'autorité compétente peut, alors qu'elle ne dispose pas en la matière du pouvoir réglementaire, encadrer l'action de l'administration, dans le but d'en assurer la cohérence, en déterminant, par la voie de lignes directrices, sans édicter aucune condition nouvelle, des critères permettant de mettre en œuvre le texte en cause, sous réserve de motifs d'intérêt général conduisant à y déroger et de l'appréciation particulière de chaque situation. Dans ce cas, la personne en droit de prétendre à l'avantage en cause peut se prévaloir, devant le juge administratif, de telles lignes directrices si elles ont été publiées. En revanche, il en va autrement dans le cas où l'administration peut légalement accorder une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit. S'il est loisible, dans ce dernier cas, à l'autorité compétente de définir des orientations générales pour l'octroi de ce type de mesures, l'intéressé ne saurait se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif.
6. Il ressort des pièces du dossier que les énonciations de la circulaire de la caisse nationale d'allocations familiales du 2 juin 2021 relative aux conditions de mise en œuvre du plan d'investissement pour l'accueil du jeune enfant constituent seulement des orientations générales adressées par la direction des politiques familiales et sociales aux directeurs et agents comptables des caisses d'allocations familiales départementales pour les éclairer dans la mise en œuvre de l'octroi des financements émanant du fonds national d'action sociale, ces autorités administratives disposant d'un pouvoir discrétionnaire pour octroyer une aide financière au bénéfice de laquelle la personne intéressée ne peut faire valoir aucun droit. Cette circulaire ne comporte ainsi pas de lignes directrices dont les intéressés pourraient utilement se prévaloir devant le juge et ne comporte pas davantage une interprétation du droit positif ou d'une règle qu'ils pourraient invoquer sur le fondement des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la SCI Gusmerveilles ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire.
7. En troisième et dernier lieu, le refus d'accorder une aide financière pour le projet de Montaigut-sur-Save tient à ce que ce projet se situe dans un secteur territorial non adapté au regard de l'offre de service existante dès lors, d'une part que ce projet se situe à moins d'un kilomètre d'un autre projet de micro-crèche envisagé à Saint-Paul-sur-Save, l'ouverture de ces deux structures générant un total de cinquante places disponibles dans un rayon de trois kilomètres alors qu'une offre est déjà proposée par la crèche située à Bretx et, d'autre part, que l'ouverture de ces deux structures aurait un impact sur l'employabilité des assistantes maternelles de la communauté de commune des Hauts-Tolosans ainsi que sur la fréquentation de la crèche de Cadours, passée de dix-sept à vingt-cinq places en 2019 et située au nord du territoire, voire de la crèche de Mérenvielle. La CAF a donc conclu que la réalisation de ces deux projets serait de nature à générer un déséquilibre dans le maillage territorial, en concentrant l'offre de ce service accueil collectif dans l'ouest de la communauté de communes, au détriment de l'Est. La société requérante se borne à faire valoir que ce déséquilibre dans le maillage territorial de l'offre petite enfance qui résulterait de la création d'une nouvelle micro-crèche à Montaigut-sur-Save n'est pas établi, et ce d'autant que cette commune se situe dans la partie Est de la communauté de communes et que la commune de Cadours n'est pas située dans la même aire géographique que les communes de Montaigut-sur-Save et Saint-Paul-sur-Save. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les trois communes de Bretx, Montaigut-sur-Save et Saint-Paul-sur-Save, sont très proches les unes des autres et situées au Sud-Est du territoire de la communauté de communes, et que la commune de Cadours est située à moins de 17 kilomètres de Montaigut-sur-Save. Par ailleurs, si la SCI Gusmerveilles soutient que la décision attaquée a en réalité été prise pour des raisons politiques, la simple mention dans la décision du 25 février 2022 de la circonstance, parmi d'autres, que la communauté de communes des Hauts-Tolosans a indiqué ne pas soutenir le type de projet présenté par la société requérante dans le secteur concerné ne suffit pas à l'établir. Au demeurant, la CAF de la Haute-Garonne était en droit de prendre en compte, dans son appréciation, la circonstance qu'une communauté de communes, compétente en matière de petite enfance, ne soutenait pas le projet en cause. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 février 2022 portant refus d'octroi d'une subvention d'investissement et de la décision du 14 décembre 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision par la société requérante doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision de refus d'octroi de subvention pour la création d'une micro-crèche à Cépet :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
10. En deuxième lieu, la décision du 14 décembre 2022 relative au projet de création d'une micro-crèche à Cépet est autonome de celles des 25 juillet et 14 décembre 2022 se rapportant au projet de création d'une micro-crèche à Montaigut-sur-Save. Par suite, le moyen tiré de la contradiction des motifs entre les deux refus qui ont été opposés à la société requérante par la CAF de la Haute-Garonne doit être écarté.
11. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser d'attribuer à la SCI Gusmerveilles la subvention d'investissement sollicitée, la CAF de la Haute-Garonne s'est fondée sur ce que son projet de création d'une micro-crèche à Cépet n'était pas éligible au plan d'investissement pour l'accueil des jeunes enfants au motif que le territoire d'implantation présentait un taux de couverture " petite enfance " de 59,6 % et qu'il ne remplissait donc pas la condition posée par la circulaire du 2 juin 2021 exigeant un taux de couverture inférieur au taux national de 58 %. D'une part, si la société requérante entend contester ce motif, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, si elle fait valoir que la communauté de communes du Frontonnais s'était déclarée favorable à son projet, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juillet 2022 portant refus d'octroi d'une subvention d'investissement doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par la SCI Gusmerveilles doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF de la Haute-Garonne, qui n'est pas la parte perdante à la présente instance, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit
aux conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Gusmerveilles est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Gusmerveilles et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026