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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301315

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301315

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301315
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2023, la commune de Toulouse, représentée par Me Banel, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à M. B G, à M. A C et à tous autres occupants sans titre de libérer le logement de fonction situé 1 rue David Elbaz à Toulouse dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de l'autoriser, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier et le concours de la force publique, et à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels des occupants sans titre en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et péril des intéressés ;

3°) de mettre à la charge des occupants sans titre la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose que :

-la juridiction administrative est compétente pour statuer sur le litige dès lors que le logement en cause appartient au domaine public communal et qu'aucun des occupants ne dispose d'un titre l'autorisant à occuper les lieux ;

-la condition tenant à l'urgence et à l'utilité de la mesure sollicitée est satisfaite dès lors que l'occupation en cause nuit gravement au fonctionnement normal du service public de l'éducation et crée un danger pour la sécurité des jeunes enfants, qui ont la qualité d'usagers, ceux-ci étant en contact direct avec les occupants illégaux et leurs animaux lorsqu'ils jouent sur l'aire de jeux enherbée sur laquelle est situé un cabanon ;

-l'occupation en cause porte atteinte à la sécurité, la salubrité et la santé des jeunes enfants de l'école maternelle et primaire dès lors qu'elle génère un amas de déchets, de gravats, de tôles, de débris de parpaings et d'appareils électroniques et la présence de poubelles pleines à proximité immédiate des aires de jeux et dans le cabanon de l'aire de jeux ;

-la présence de chiens, dont certains particulièrement agressifs, divaguant sur le site en cause est de nature à porter atteinte à la tranquillité et la salubrité des lieux du fait notamment de leurs déjections ;

-un incendie est survenu dans le logement illégalement occupé le 19 janvier 2023, la présence des occupants sur le site en étant la cause directe, et cet incendie a menacé gravement la sécurité des jeunes écoliers, du personnel enseignant et des occupants sans titre eux-mêmes ;

-l'absence de gestion des déchets et la présence de débris et d'objets inappropriés voire électriques, non sécurisés, crée un risque pour la santé et la sécurité des occupants illégaux eux-mêmes ;

-l'occupation en cause fait obstacle à la réalisation de travaux de réhabilitation de l'établissement scolaire devant débuter en avril 2023 et se terminer en août 2025.

Par des mémoires en défense enregistrés le 3 avril 2023 et le 5 avril 2023, M. D F, représenté par Me Laspalles, demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'un délai d'un mois lui soit accordé pour quitter les lieux, et demande que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de la commune de Toulouse cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il fait valoir que :

-le juge administratif est incompétent pour statuer sur le litige dès lors que l'immeuble en cause n'est plus affecté à un service public depuis plusieurs années, qu'il n'est pas davantage établi qu'il serait affecté à l'exécution d'une mission de service public, que le critère de l'aménagement indispensable n'apparait pas satisfait en l'espèce, enfin qu'il n'est pas affecté à l'usage direct du public ;

-a minima, il convient de retenir l'existence d'une contestation sérieuse s'agissant de la nature juridique de l'immeuble occupé faisant obstacle à la mise en œuvre par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

-il occupe les lieux depuis la fin du mois d'août 2022, n'a commis aucune effraction dans la mesure où les lieux, vacants, étaient ouverts ;

-selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, le prononcé d'une mesure d'expulsion ne saurait découler automatiquement du caractère irrégulier de l'occupation et il y a lieu de procéder à un contrôle de proportionnalité de la mesure au regard du droit au respect de la vie privée et familiale et du domicile ;

-il occupe les lieux depuis la fin du mois d'août 2022 et n'a commis aucune effraction, ces lieux, aujourd'hui vacants, étant ouverts lors de son arrivée ;

-il est âgé de 30 ans, il perçoit le RSA et il travaille en parallèle quelques heures dans un restaurant ;

-il a déposé une demande de logement social à l'été 2022 ;

-il est au nombre des personnes précaires et vulnérables ;

-aucune urgence n'est caractérisée ;

-les éléments complémentaires produits par la commune postérieurement à l'intervention de l'ordonnance du 22 décembre 2022 par laquelle le juge des référés a rejeté une précédente demande d'expulsion au motif que la mesure sollicitée ne présentait pas un caractère d'utilité et d'urgence, ne suffisent pas à inverser la solution alors retenue ;

-il n'est pas démontré que l'habitation en cause, qui n'est pas un établissement recevant du public, est impliquée dans les travaux projetés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 avril 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

-le rapport de M. E,

-les observations de Me Banel, représentant la commune de Toulouse, qui a repris ses écritures, en rappelant notamment que le logement, qui n'a fait l'objet d'aucun acte exprès de déclassement, appartient toujours au domaine public,

-et les observations de Me Laspalles, représentant M. F, qui a repris ses écritures en mettant particulièrement l'accent sur le fait que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les travaux de rénovation de l'école élémentaire, zone de l'ensemble scolaire dans laquelle se trouve le logement en cause, ne devraient en réalité débuter qu'en mai 2024 et en précisant que l'incendie survenu en janvier 2019 résulte d'un simple incident électrique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Toulouse est propriétaire d'un ensemble immobilier rue David Elbaz à Toulouse constituant l'ensemble scolaire Jolimont composé d'une école maternelle et d'une école élémentaire. Dans l'enceinte de cet ensemble scolaire se trouve une construction à usage d'habitation d'une surface de 90 m², destinée à l'hébergement des enseignants, aujourd'hui vacante dans l'attente de la réalisation des travaux de réhabilitation et d'extension des écoles Jolimont. Alertés par les personnels de l'école, les services de la commune ont pris acte de l'occupation illicite du logement, constatée à plusieurs reprises par huissier à l'automne 2022. Par requête enregistré au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 16 décembre 2022, la commune de Toulouse a demandé au juge des référés d'ordonner aux personnes occupant sans titre cette habitation de la libérer. Par une ordonnance n° 2207175 du 22 décembre 2022, le juge des référés a rejeté cette requête par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, estimant que la commune n'établissait pas que la demande d'expulsion sollicitée présenterait, en l'état, un caractère d'utilité et d'urgence. Pour retenir cette solution, il a relevé, d'une part, qu'en se bornant à produire un procès-verbal de constat d'huissier, daté dernièrement du 3 octobre 2022, lequel fait essentiellement état du fait que cette habitation, qui a été condamnée il y a plusieurs années, semble désormais être occupée et observe la présence d'un amas de tôles et de parpaings au pied de la terrasse de cette habitation, la commune n'établissait pas de manière suffisamment probante son allégation selon laquelle la présence de ces occupants et les nuisances que cette occupation génère préjudicient gravement au fonctionnement normal du service public de l'éducation et portent atteinte à la sécurité, la salubrité et la santé des jeunes enfants usagers de cet établissement scolaire, d'autre part, qu'elle n'établissait pas davantage les risques qu'encourraient pour eux-mêmes les occupants du logement en cause, et il a enfin pris en considération le fait que les travaux de réhabilitation de l'établissement scolaire ne débuteront qu'en avril 2023. Par une nouvelle requête, enregistrée le 10 mars 2023, la commune de Toulouse a saisi le juge des référés de la même demande, présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Cette requête a été notifiée à l'occupant actuel des lieux, M. F.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L .1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ". Aux termes de l'article L. 2141-1 de ce code : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif à compter de l'acte administratif constatant son déclassement ". Les personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 de ce code sont l'Etat, les collectivités territoriales et leurs groupements, ainsi que les établissements publics.

4. Lorsqu'un tribunal administratif est saisi d'une demande tendant à l'expulsion d'un occupant d'une dépendance appartenant à une personne publique, il lui incombe, pour déterminer si la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur ces conclusions, de vérifier que cette dépendance relève du domaine public à la date à laquelle il statue. Il lui appartient de rechercher si cette dépendance a été incorporée au domaine public, en vertu des règles applicables à la date de l'incorporation, et, si tel est le cas, de vérifier, en outre, qu'à la date à laquelle il se prononce, aucune disposition législative ou, au vu des éléments qui lui sont soumis, aucune décision prise par l'autorité compétente n'a procédé à son déclassement.

5. Par ailleurs, en l'absence de toute disposition en ce sens, l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2006, du code général de la propriété des personnes publiques n'a pu, par elle-même, avoir pour effet d'entraîner le déclassement de dépendances qui appartenaient antérieurement au domaine public, soit les biens directement affectés au service public ou affectés au service public et spécialement aménagés en vue de celui-ci et qui, depuis le 1er juillet 2006, ne rempliraient plus les conditions désormais fixées par son article L. 2111-1.

6. En l'espèce, il ressort des pièces versées dans l'instance que l'habitation en cause, dont il est constant qu'elle a été utilisée il y a quelques années pour le logement des instituteurs affectés au sein du groupe scolaire Jolimont, qui est un établissement public local d'enseignement, jouxte les installations scolaires et peut être regardée comme se situant dans l'enceinte de cet ensemble scolaire, ce alors même qu'elle en est séparée notamment par une haie végétale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette construction aurait été édifiée postérieurement au 1er juillet 2006, date d'entrée en vigueur du code général de la propriété des personnes publiques et elle constitue donc une dépendance du domaine public, la circonstance, invoquée par M. F, selon laquelle cette habitation ne serait aujourd'hui plus affectée à un service public ou à l'exécution d'une mission de service public ou encore qu'elle n'est pas affectée à l'usage direct du public n'étant pas de nature à lui retirer ce caractère en l'absence de tout acte prononçant son déclassement. Eu égard à ce qui a été dit au point 5 ci-dessus, M. F ne peut utilement invoquer le fait que cette habitation ne satisferait pas au critère de l'aménagement indispensable. En tout état de cause, ladite habitation n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifiée de dépendance du domaine public. Par suite, le présent litige ressortit à la compétence de la juridiction administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

8. Lorsqu'il est saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

9. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, l'habitation en litige n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifiée de dépendance du domaine public. M. F ne peut dès lors valablement soutenir qu'existerait une contestation sérieuse faisant obstacle à la mise en œuvre, par le juge des référés, des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

10. En deuxième lieu, pour demander au juge des référés d'ordonner l'expulsion des personnes occupant le logement situé 1 rue David Elbaz sans disposer d'un titre les y autorisant, la commune de Toulouse fait valoir, outre les éléments mentionnés au point 1 ci-dessus que le juge des référés, dans son ordonnance du 22 décembre 2022, a estimé insuffisants pour caractériser la condition d'urgence et d'utilité à laquelle est subordonné le prononcé d'une telle mesure, de nouveaux arguments tenant, pour le premier, à ce que l'occupation ne se limite pas au logement proprement dit mais s'étend bien au-delà, dans les espaces réservés au temps de jeux et d'éducation des enfants, la commune précisant que les occupants ont entreposé des couvertures et matelas dans le cabanon situé au niveau de l'aire de jeux enherbée et qu'ils évoluent librement avec leurs animaux au mépris des règles élémentaires de sécurité. Cependant, cette allégation n'est pas établie par les pièces qu'elle produit dans l'instance, et en particulier le procès-verbal de constat d'huissier auquel renvoie ses écritures.

11. La commune de Toulouse invoque ensuite la plainte d'un parent d'élève adressée par courriel concernant la présence continue d'une caravane stationnée devant la sortie de l'école " avec un chien très agressif à l'intérieur ". Toutefois, il n'est pas établi que ce signalement, qui date du 6 décembre 2022, soit en relation directe avec l'occupation illicite de l'habitation située dans l'enceinte du groupe scolaire Jolimont et qu'il serait encore d'actualité à la date de la présente ordonnance. La commune expose par ailleurs, sans davantage l'établir, que les occupants illégaux interpellent les jeunes enfants scolarisés dans l'école et l'allégation contenue dans le courriel du 6 décembre 2022 du même parent d'élève selon laquelle " ces personnes commencent à prendre des photos des enfants lors des récréations " n'est corroborée par aucune autre pièce du dossier, M. F affirmant d'une part sans être démenti qu'il ne possède aucune caravane ni n'est accompagné d'un animal et contestant d'autre part avoir pris des photos des enfants. L'allégation selon laquelle des chiens divaguent en liberté sur le site et portent atteinte à la tranquillité et à l'hygiène et à la salubrité des lieux du fait des déjections canines et des parasites n'est pas plus établie par les pièces versées dans l'instance.

12. La commune de Toulouse soutient également que les occupants illégaux se rapprochent, de manière de plus en plus insistante et agressive, du personnel enseignant, relayant un courriel de la directrice du centre de loisirs associé à l'école (CLAE) adressé le 12 janvier 2023 au directeur de l'école élémentaire Jolimont aux termes duquel celle-ci signale que l'un des occupants du logement s'est présenté à l'accueil, en colère, à propos du bris d'une vitre qu'il attribuait visiblement aux enfants, la directrice du CLAE précisant que ces occupants " se permettent de plus en plus d'entrer en contact avec nous et que le ton commence à être de plus en plus vindicatif ". A le supposer même établi, cet incident n'apparaît pas d'une gravité suffisante qui permettrait, à lui seul, de caractériser l'urgence et l'utilité justifiant qu'il soit fait droit à la mesure d'expulsion sollicitée.

13. Il ressort enfin des pièces versées dans l'instance qu'en date du 19 janvier 2023, un incendie s'est déclaré dans le logement illégalement occupé. Selon le rapport établi par le directeur adjoint du CLAE présent au moment des faits, celui-ci s'est rendu sur les lieux après avoir constaté que de la fumée épaisse blanche et noire s'échappait de la maison et les occupants, qui se trouvaient alors à l'extérieur de ce bâtiment, l'ont informé qu'ils avaient appelé les pompiers. Le rapport indique que l'intervention du service d'incendie et de secours a duré un peu plus d'une heure. Si lors de l'audience, le conseil de M. F a indiqué que cet incendie résultait d'un incident électrique, cette circonstance révèle en réalité que cette habitation, qui n'était plus occupée depuis plusieurs années, dont les accès étaient condamnés et dont il ne ressort pas des pièces versées dans l'instance que les installations électriques seraient aux normes ni que ce local serait équipé d'un détecteur d'incendie, présente un risque important pour la sécurité de ses occupants. La probabilité d'une réitération d'un incendie dans ces locaux du fait de son occupation dans les conditions actuelles n'étant par ailleurs pas nulle, la condition d'urgence et d'utilité requise par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit dès lors être regardée comme étant satisfaite.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à M. B G, à M. A C et à tous autres occupants sans titre, y compris M. F, de libérer l'habitation située 1 rue David Elbaz à Toulouse, ce dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai. La commune de Toulouse est autorisée, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier, et à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels des occupants sans titre en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et périls des intéressés.

Sur les conclusions tendant à ce que le juge des référés accorde le concours de la force publique :

15. Il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser la commune de Toulouse à demander à l'Etat le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance. Ces conclusions doivent dès lors être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des défendeurs dans la présente instance la somme que la commune de Toulouse demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par l'avocat de M. F soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. B G, à M. A C et à tous autres occupants sans titre, y compris M. F, de libérer l'habitation située 1 rue David Elbaz à Toulouse, ce dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de M. B G, de M. A C et de tous autres occupants sans titre, y compris M. F, s'il n'est pas justifié de l'exécution de la présente ordonnance dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : La commune de Toulouse est autorisée, une fois l'expulsion rendue exécutoire à l'échéance du délai fixé à l'article 2 de la présente ordonnance, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier, et à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels des occupants sans titre en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et périls des intéressés.

Article 5 : Le surplus de la requête de la commune de Toulouse est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par Me Laspalles au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Toulouse, à M. B G, à M. A C, à M. D F et à Me Laspalles.

Fait à Toulouse, le 17 avril 2023.

Le juge des référés,

B. E

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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