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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301370

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301370
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP BASTIDE-MARTIN-GOURVAT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de Mme B... contestant son imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu pour 2017, relative à une indemnité de licenciement de 112 488,29 euros perçue suite à un protocole transactionnel. La requérante soutenait que son licenciement étant sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité était exonérée en application du 1° de l'article 80 duodecies du code général des impôts. Le tribunal a rejeté la demande de décharge, considérant que le protocole transactionnel ne remettait pas en cause la cause réelle et sérieuse du licenciement, et a également écarté la demande subsidiaire de réduction, jugeant que l'indemnité était imposable comme traitement et salaire. La solution retenue est le rejet de la requête, fondée sur les articles 79 et 80 duodecies du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 14 mars 2023 et 4 mars 2024, Mme A... B..., représentée par Me Bastide, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2017 et, à titre subsidiaire, la réduction de ces impositions supplémentaires ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- à titre principal, elle est fondée à demander la décharge des impositions supplémentaires litigieuses dès lors que son licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse, contrairement à ce qu’a estimé l’administration qui s’est fondée sur les seuls termes du protocole transactionnel ; en application du 1° du 1 de l’article 80 duodecies du code général des impôts tel qu’interprété par la jurisprudence constitutionnelle et administrative, l’indemnité de licenciement d’un montant de 112 488,29 euros qu’elle a perçue n’est pas imposable à l’impôt sur le revenu ;
- à titre subsidiaire, si son licenciement était regardé comme ayant été prononcé pour une cause réelle et sérieuse, elle est fondée à demander la réduction des impositions litigieuses dès lors que la fraction de l’indemnité de licenciement d’un montant de 60 000 euros allouée à titre de dommages et intérêts en réparation de ses préjudices moral, personnel, professionnel et matériel et financier, qui n’a pas pour objet la réparation d’une perte de revenu résultant de son licenciement, n’est pas imposable à l’impôt sur le revenu et, qu’en tout état de cause, en application des dispositions du 6° du 1 du même article, l’indemnité de licenciement perçue est exonérée d’impôt sur le revenu à hauteur de 101 047,42 euros de sorte que l’insuffisance déclarative qui pourrait lui être reprochée s’élève au montant de 11 440,87 euros et non à celui retenu par l’administration de 22 592 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques d’Occitanie et du département de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.

Par une ordonnance du 28 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2024 en application de l’article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cyril Luc, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Stéphanie Douteaud, rapporteure publique.




Considérant ce qui suit :

Après la notification le 14 novembre 2016 de son licenciement, Mme B... a signé le 6 mars 2017 un protocole transactionnel par lequel son employeur, Toulouse Métropole Habitat, s’engageait à lui verser une indemnité et en exécution duquel elle a perçu la somme de 112 488,29 euros. Par proposition de rectification du 25 juillet 2019, l’administration l’a informée qu’elle envisageait de l’assujettir, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2017 à raison de la réintégration à sa base imposable, dans la catégorie des traitements et salaires, d’une fraction de l’indemnité de licenciement perçue. En réponse aux observations de la contribuable, la rectification proposée a été maintenue par décision du 9 décembre 2019. Les cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2017 ont été mise en recouvrement le 30 octobre 2020 pour un montant, en droits et pénalités, de 5 775 euros. Par décision du 4 janvier 2021, l’administration a rejeté sa réclamation tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires. Par décisions des 27 avril 2021 et 22 décembre 2022, le conciliateur fiscal puis le Médiateur de Bercy ont respectivement confirmé cette rectification. Par décision du 24 janvier 2023, l’administration a rejeté la nouvelle réclamation présentée par la contribuable. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal, à titre principal, la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2017 et, à titre subsidiaire, la réduction de ces impositions supplémentaires.
Sur les conclusions à fin de décharge et de réduction :
Aux termes de l’article 79 du code général des impôts, « Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. / (…). » Aux termes de l’article 80 duodecies de ce code, dans sa rédaction applicable au litige, « 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. / Ne constituent pas une rémunération imposable : / 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3, L. 1235-3-1 et L. 1235-11 à L. 1235-13 du code du travail ; / (…). » Aux termes de l’article L. 1235-3 code du travail, dans sa rédaction applicable au litige, « Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis. / Si l'une ou l'autre des parties refuse, le juge octroie une indemnité au salarié. Cette indemnité, à la charge de l'employeur, ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois. Elle est due sans préjudice, le cas échéant, de l'indemnité de licenciement prévue à l'article L. 1234-9. »
Il résulte de la réserve d’interprétation énoncée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2013-340 QPC du 20 septembre 2013 statuant sur la conformité à la Constitution du 1 de l’article 80 duodecies du code général des impôts, que les dispositions de cet article, qui définissent les indemnités versées à l’occasion de la rupture du contrat de travail bénéficiant, en raison de leur nature, d’une exonération totale ou partielle d’impôt sur le revenu, ne sauraient, sans instituer une différence de traitement sans rapport avec l’objet de la loi, conduire à ce que le bénéfice de l’exonération varie selon que l’indemnité a été allouée en vertu d’un jugement, d’une sentence arbitrale ou d’une transaction et qu’en particulier, en cas de transaction, il appartient à l’administration et, lorsqu’il est saisi, au juge de l’impôt, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction.
Pour déterminer si une indemnité versée en exécution d'une transaction conclue à l'occasion de la rupture d'un contrat de travail est imposable, il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, de rechercher la qualification à donner aux sommes qui font l'objet de la transaction. Ces dernières ne sont susceptibles d'être regardées comme des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnées à l'article L. 1235-3 du code du travail que s'il résulte de l'instruction que la rupture des relations de travail est assimilable à un tel licenciement. Dans ce cas, les indemnités, accordées au titre d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse, sont exonérées d'imposition. La détermination par le juge de la nature des indemnités se fait au vu de l'instruction et conformément à la jurisprudence établie du juge du travail. Les dispositions de l’article R. 194‑1 du livre des procédures fiscales, ne sont alors pas applicables au contribuable.
Enfin, il appartient à l’administration et, lorsqu’il est saisi, au juge de l’impôt, au vu de l’instruction, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction, en recherchant notamment si elles ont entendu couvrir, au-delà des indemnités accordées au titre du licenciement, la réparation de préjudices distincts, afin de déterminer dans quelle proportion ces sommes sont susceptibles d’être exonérées.

Il résulte de l’instruction que Mme B... a été recrutée le 2 mai 1995 par l’Office public d’aménagement et de construction de Toulouse, devenu Toulouse Métropole Habitat, en qualité de chargée de communication. Puis, par voie d’avenant conclu le 1er janvier 2001, elle a été nommée au poste d’adjointe au directeur des ressources humaines et responsable des moyens généraux auprès de la direction des ressources humaines. Après un entretien préalable de licenciement qui s’est tenu le 13 octobre 2016, une lettre de licenciement, motivé par son insuffisance professionnelle, lui a été notifiée le 14 novembre 2016, faisant état de « manquements constatés au titre de [sa] fonction support de la direction générale dans la gestion avec les représentants du personnel », de « l’absence de communication en temps et en heures des informations essentielles en amont des réunions et plus généralement l’absence d’accès efficient aux informations nécessaires à leur réflexion », de « l’absence de consultation préalable du CHSCT sur des dossiers impliquant la transmission de l’avis du CHSCT au CE en amont de la consultation », de « la consultation du CE a un stade inapproprié puis que consécutif à des prises de décisions définitives », de « l’existence de consultations obligatoires privées de leur effet utile eu égard à leur caractère anormalement tardif », de « l’absence de conformité juridique au Forfait Annuel Jours et du régime d’astreinte appliqué au sein de TMH », de « l’absence de prise en considération des contraintes inhérentes à [son statut] au regard de la législation relative à la réglementation relative à la durée du travail » et de « manquements inhérents aux problématiques d’hygiène et de sécurité », traduisant un « décalage majeure entre la réalité [de ses prestations] et les attentes légitimes inhérentes à l’exercice de ses fonctions ». Mme B... ayant à la suite de la réception de cette lettre contesté ces griefs et le motif de son licenciement auprès de son directeur général et exprimé l’intention de saisir la juridiction prud’hommale de Toulouse, un protocole transactionnel a été conclu le 6 mars 2017 entre l’intéressée et son employeur, aux termes duquel l’employeur s’engage à lui verser une indemnité destinée à réparer les conséquences financières de la rupture de son contrat de travail et les préjudices moral, personnel, professionnel, matériel et financier consécutif à son licenciement, en contrepartie notamment de sa renonciation à contester le cessation de son contrat de travail.
Pour mettre à la charge de Mme B... les cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu litigieuses, l’administration a réintégré à sa base imposable, dans la catégorie des traitements et salaires, une fraction de l’indemnité de licenciement qu’elle a perçue au cours de l’année 2017, qu’elle a estimé versée au titre d’un licenciement non dépourvu d’une cause réelle et sérieuse.
Toutefois, il ne résulte pas de l’instruction, que, alors qu’elle occupait depuis 16 ans le poste d’adjointe au directeur des ressources humaines et de responsable des moyens généraux auprès de la direction des ressources humaines, un avertissement ou une remarque lui aurait été adressé pour lui signaler un quelconque dysfonctionnement ou manquement dans l’exercice de ses fonctions, ses performances professionnelles et son mode de fonctionnement. Au contraire, il ressort en particulier du compte-rendu d’entretien pour l’année 2014 produit à l’instance, que, lors des évaluation professionnelles pour les années 2011, 2012 et 2013, les appréciations « Très satisfaisante 2 » et « Exceptionnelle » lui ont été respectivement attribuées, et il ressort de ce compte-rendu que si le niveau d’appréciation retenu n’a pas été renseigné, les termes de son évaluation professionnelle pour l’année 2014 laisse raisonnablement à penser que l’appréciation portée serait tout aussi honorable et similaire à celles dont il a fait l’objet au cours des années précédentes. Il résulte également de l’instruction que quelques mois avant son entretien préalable de licenciement, elle a été informée, par lettre du 8 décembre 2015, que lui était allouée une prime exceptionnelle pour la remercier et la récompenser de la qualité de son travail et son implication au cours de l’année 2015. Son employeur a également établi le 5 avril 2017 une lettre de recommandation attestant que durant tout le temps passé au sein de l’établissement, Mme B... a su faire preuve de nombreuses compétences nécessaires à l’établissement de ses fonctions et au management de ses équipes et qu’elle a toujours fait preuve d’esprit d’entreprises, d’implication et de motivation. Dans ces conditions, les griefs exprimés dans la lettre du 14 novembre 2016 notifiant à Mme B... son licenciement pour insuffisance professionnelle, repris dans l’exposé des arguments des parties figurant dans le préambule du protocole transactionnel du 6 mars 2017 pour caractériser le motif de son licenciement, ne sont corroborés par aucun élément. L’intéressée a d’ailleurs contesté sérieusement, auprès du directeur général, les griefs retenus à son encontre et le motif de son licenciement, en opposant notamment, comme l’expose le préambule du protocole transactionnel, qu’aucun reproche ne lui a jamais été fait concernant la qualité de l’exécution de ses missions. Si la requérante a reconnu l’acquittement définitif de l’intégralité de ses droits acquis ou éventuels se rattachant ou susceptibles de se rattacher à l’exécution de son contrat de travail ou des conditions ou conséquences de la rupture dudit contrat, l’article 4 du protocole transactionnel mentionne expressément que la position défendue par son ancien employeur, notamment au titre du licenciement prononcé à son encontre, est désapprouvée.
Dans ces conditions, en l’absence de toute autre précision permettant de justifier de l’exactitude des griefs reprochés à la requérante et compte tenu de la contradiction relevée entre, d’une part, ces griefs et, d’autre part, ses évaluations professionnelles et l’allocation d’une prime exceptionnelle pour services rendus, le bien-fondé du motif de l’insuffisance professionnelle reprochée à celle-ci ne peut être considéré comme avéré et la rupture des relations de travail doit ainsi être regardée en l’espèce comme assimilable à un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Si l’administration relève que l’article 1er du protocole stipule que « Les Parties reconnaissent que le contrat à durée déterminée a été définitivement rompu pour cause réelle et sérieuse (…) », cette circonstance est sans incidence à cet égard, dès lors que la qualification donnée par les parties elles-mêmes au licenciement ne la lie pas, ni même le juge de l’impôt, alors au surplus, ainsi qu’il a été dit au point précédent, que la requérante désapprouve le motif retenu par son employeur pour prononcer son licenciement.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... est fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2017.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :


Article 1er : Mme B... est déchargée, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2017.
Article 2 : L’Etat versera à Mme B... une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au directeur régional des finances publiques d’Occitanie et du département de la Haute-Garonne et à Me Bastide.

Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Arquié, présidente,
M. Luc, premier conseiller,
Mme Mérard, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.



Le rapporteur,




Cyril LUC

La présidente,




Céline ARQUIÉ


La greffière,




Stella BALTIMORE


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme ;
La greffière en chef,

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