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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301403

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301403

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301403
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Toulouse concerne l’opposition formée par Mme A à une contrainte émise par la CAF de Tarn-et-Garonne pour le recouvrement d’un indu d’allocation de logement familiale de 1 765 euros. Le tribunal, statuant en juge unique, a rejeté la requête de Mme A, estimant que l’indu était fondé sur la prise en compte de ses revenus non déclarés de travailleuse indépendante, conformément aux articles L. 821-1, L. 823-1 et R. 823-12 du code de la construction et de l’habitation. La solution retenue valide la contrainte, condamnant Mme A à verser la somme due ainsi que les frais de signification.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, Mme B A forme opposition à la contrainte en date du 22 février 2023 émise par le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Tarn-et-Garonne relative à un indu d'allocation de logement familiale de 1 765 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 31 mai 2021.

Elle soutient que :

- pendant la période du 1er janvier 2021 au 31 mai 2021, elle a réglé l'intégralité de son loyer à son propriétaire sans déduction du montant de l'APL ;

- le propriétaire de son logement a perçu directement de la CAF le montant de l'allocation de logement familiale sans qu'elle en soit informée ; le propriétaire a reconnu avoir perçu l'intégralité du loyer ainsi que le montant de l'allocation de logement familiale sur la période.

Par un mémoire enregistré le 21 juin 2024, la CAF de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 1 765 euros outre 73,80 euros de frais de signification.

Elle soutient :

- Mme A n'avait déclaré aucune ressource à la CAF ; suite à un échange avec le service des impôts la CAF a constaté que Mme A était travailleuse indépendante depuis le 1er janvier 2018 ;

- la prise en compte de cette information dans le calcul des droits du foyer de l'allocataire a fait apparaître qu'elle avait perçu à tort l'allocation de logement familiale entre janvier et mai 2021 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a obtenu l'ouverture d'un droit à l'aide au logement en 2014 pour le logement qu'elle occupait avec son concubin et ses deux enfants. Suite à un échange avec le service des impôts, la CAF a constaté que l'intéressée avait bénéficié de revenus en 2019 au titre d'une activité de travailleur indépendant dont la CAF n'avait pas connaissance. Après avoir régularisé sa situation, la CAF a notifié le 22 novembre 2021 à Mme A un indu d'allocation de logement familiale de 1 765 euros pour la période allant du 1er janvier 2021 au 31 mai 2021. En l'absence de remboursement, une mise en demeure a été envoyée le 13 avril 2022 puis une contrainte a été signifiée le 22 février 2023. Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, Mme A a formé opposition à la contrainte.

Sur l'opposition à la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement :

a) L'allocation de logement familiale () ". Aux termes de l'article L. 822-5 du même code : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, () ". Aux termes de l'article R. 823-12 du même code : " Les aides personnelles au logement cessent d'être dues à partir du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. () ". Aux termes de l'article L. 832-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'aide personnalisée au logement est versée : 1° En cas de location, au bailleur du logement ; () ". Aux termes de l'article L. 832-2 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque l'aide personnalisée au logement est versée au bailleur ou à l'établissement habilité à cette fin, elle est déduite, par les soins de celui qui reçoit le versement, du montant du loyer et des dépenses accessoires de logement ou de celui des charges de remboursement. Cette déduction doit être portée à la connaissance du bénéficiaire, locataire ou propriétaire du logement. La part de l'aide qui excède le montant du loyer et des charges récupérables est versée à l'allocataire. ".

3. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. () ".

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. S'il n'est pas contesté que la requérante n'avait pas le droit au bénéfice de l'allocation de logement familiale entre janvier 2021 et mai 2021, il résulte de l'instruction que cette aide a été versée directement au propriétaire de son logement, sans qu'elle soit déduite de son loyer de 670 euros, ainsi qu'en atteste le propriétaire. Dès lors, si l'indu de 1 765 euros notifié par la CAF de Tarn-et-Garonne dans sa décision du 22 novembre 2021 est fondé, Mme A n'en est pas redevable et cet indu doit être mis à la charge du propriétaire. Il en résulte que Mme A est fondée à s'opposer à la contrainte en date du 22 février 2023 qui lui a été décernée par le directeur de la CAF de Tarn-et-Garonne.

Sur les demandes reconventionnelles de la CAF de Tarn-et-Garonne :

6. Dès lors que l'opposition à la contrainte du 22 février 2023 formée par Mme A est reçue, les conclusions de la CAF de Tarn-et-Garonne tendant à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 1 765 euros outre 73,80 euros de frais de signification doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte d'un montant de 1 765 euros émise le 22 février 2023 est annulée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de Tarn-et-Garonne sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales de Tarn-et-Garonne et au ministre en charge du logement.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné

AlainCxLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre du logement, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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