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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301810

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301810

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301810
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B contestant le refus du département de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte mobilité inclusion portant la mention "stationnement" (CMI-S). Le juge a estimé que les éléments médicaux et l'évaluation pluridisciplinaire ne démontraient pas une réduction importante et durable de sa capacité de déplacement à pied, ni un périmètre de marche inférieur à 200 mètres, conditions requises par l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et l'arrêté du 3 janvier 2017. Les difficultés de stationnement invoquées par le requérant, liées à ses déplacements pour des soins ou visites, n'ont pas été jugées suffisantes pour caractériser un handicap de mobilité au sens des textes applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 22 juillet 2023, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 mars 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, suivant l'avis de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Haute-Garonne, a rejeté sa demande de carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S).

Il soutient que :

- il a des traitements médicamenteux lourds par rapport à ses différentes pathologies qui le fatiguent énormément et rendent ses déplacements à pied insupportables, voire impossibles ; il demeure à Fonsorbes (31) et se rend souvent à Toulouse pour des consultations médicales chez des spécialistes et également pour son épouse qui souffre de diverses pathologies (cancer, hypertension, cholestérol, diabète) ; dans les différents lieux où il doit se rendre, il n'y a pas de stationnements à proximité, hormis les places réservées aux personnes handicapées ;

- il se rend plusieurs fois par semaine à l'EHPAD " Vitalité-Sérénité ", impasse de la Charbonnière à Toulouse, pour rendre visite à sa mère, âgée de 99 ans ; dans cette impasse et le quartier, il est impossible de se garer, sauf sur des places réservées aux personnes handicapées, en raison de la proximité immédiate du rectorat ;

- il lui arrive à la demande de l'EHPAD d'accompagner sa mère chez des médecins spécialistes et il rencontre les mêmes problèmes ; sa mère se déplace avec un déambulateur ;

- il se rend chaque année en cure thermale à Dax pour des séquelles de fractures de la colonne vertébrale (D9 à D12) et des hernies discales (C6, C7), il réside en banlieue de Dax et se rend tous les jours en centre-ville pour ses soins ; il est impossible de se garer, sauf sur les places réservées aux personnes handicapées ; il se sent de plus en plus affaibli et fatigué et il a dû consulter des spécialistes.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le certificat médical produit à l'appui de la demande de M. B fait état de déficiences viscérales et auditives n'entrainant aucune difficulté pour la marche, sans besoin d'aide humaine ou technique ; par ailleurs, aucune information n'est donnée sur le périmètre de marche ;

- lors de son évaluation réalisée le 7 novembre 2022, l'équipe pluridisciplinaire a pris en compte les éléments médicaux ; elle a constaté que M. B pouvait se déplacer sans aide et que le périmètre de marche était a priori supérieur à 200 mètres ;

- il en résulte que les conditions prévues par l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles n'étaient pas réunies à la date du dépôt de son dossier le 1er août 2022.

Un mémoire a été enregistré le 9 octobre 2023 pour le département de la Haute-Garonne et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. D et les observations de M. B qui fait valoir qu'il a désormais des apnées du sommeil sévères qui entraînent une asthénie permanente et importante, que la CMI-S l'aiderait beaucoup car il doit visiter sa mère de 101 ans, une fois par semaine, le dimanche, car c'est le seul jour où il peut se garer et que, lors de ses cures thermales, il doit pouvoir se garer au centre de soins ce qui est impossible s'il ne dispose pas de la CMI-S, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " auprès du président du conseil départemental de la Haute-Garonne le 1er août 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 mars 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a confirmé la décision rendue le 15 novembre 2022 et a ainsi rejeté sa demande de CMI-S.

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " ALa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () "

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Pour demander l'annulation de la décision du 2 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de délivrance de la CMI-S, M. B se borne à évoquer ses problèmes de santé, sans démontrer qu'il ne peut se déplacer dans un périmètre de marche supérieur à 200 mètres, ni qu'il a besoin d'une aide technique ou humaine pour ses déplacements. M. B ne peut être regardé comme établissant qu'il remplirait au moins l'une des conditions posées par l'arrêté précité du 3 janvier 2017 et il n'est donc pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. M. B peut, s'il s'y croit fondé en raison de l'évolution de son état de santé, former une nouvelle demande auprès de la MDPH, accompagnée des pièces justifiant des conditions posées pour l'attribution de la CMI-S.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au département de la Haute-Garonne.

Copie sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain DLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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