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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301816

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301816

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301816
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCellule juge unique
Avocat requérantNAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2023 et des mémoires enregistrés les 7 avril 2023, 19 juillet 2023 et 21 novembre 2023, Mme B C, représentée par Me Nakache, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision du 9 février 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, suivant l'avis de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Haute-Garonne, a rejeté sa demande de carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S) ;

2) d'enjoindre au département de la Haute-Garonne la délivrance de la carte sollicitée pour une durée d'un an ;

3) subsidiairement, d'ordonner une expertise ;

4) en tout état de cause, de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses différentes pathologies l'empêchent de porter des charges sur un trajet de plus de 20 mètres ; elle peut porter au maximum 2 kilos de charge avec le bras droit depuis qu'elle souffre d'un cancer du sein droit ; depuis 2022, elle souffre d'une tendinite à l'épaule droite et d'arthrose aux poignets associés à des douleurs violentes qui handicapent lourdement certains de ses trajets et gestes ; le médecin du travail a d'ailleurs spécifié ces particularités ; elle a également une prothèse totale de la hanche gauche ;

- vivant seule, sans aide familiale proche, avec un parking extérieur à son domicile, elle se retrouve dans l'obligation de transporter parfois des charges trop élevées par rapport aux préconisations, usant un peu plus ses articulations et augmentant ses douleurs ; par ailleurs, dans le cadre de son travail, elle peut être amenée à porter du matériel informatique et des documents papiers ;

- dans le respect des préconisations du médecin du travail, une place de stationnement le plus près possible est donc nécessaire ;

- elle a besoin d'être assistée dans ses déplacements ;

- sa santé physique dépend de l'attribution de la CMI-S ;

- une nouvelle demande a été formée le 1er août 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le certificat médical produit à l'appui de la demande de Mme C fait état de déficiences psychiques, gynécologiques et motrices n'entraînant aucune difficulté pour la marche ; aucun périmètre de marche n'est indiqué ni aucune aide technique ou humaine ;

- lors de son évaluation réalisée le 7 septembre 2022, l'équipe pluridisciplinaire a pris en compte les éléments médicaux ; elle a constaté que Mme C était autonome dans la totalité des actes de la vie quotidienne, qu'elle pouvait se déplacer sans aide et que le périmètre de marche était a priori supérieur à 200 mètres ;

- il en résulte que les conditions prévues par l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles n'étaient pas réunies à la date du dépôt de son dossier le 3 mai 2022.

Un mémoire a été enregistré le 9 octobre 2023 pour le département de la Haute-Garonne et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. D a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a sollicité la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " auprès du président du conseil départemental de la Haute-Garonne le 3 mai 2022. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a confirmé la décision rendue le 13 septembre 2022 et a ainsi rejeté sa demande de CMI-S.

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " ALa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () "

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Pour demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de délivrance de la CMI-S, Mme C se borne à évoquer ses problèmes de santé, sans démontrer qu'elle ne peut se déplacer dans un périmètre de marche supérieur à 200 mètres, ni qu'elle a besoin d'une aide technique ou humaine pour ses déplacements. Si les certificats médicaux produits font état de diverses pathologies et notamment d'arthrose cervicale, le dossier de demande du bénéfice de la CMI-S du 1er août 2023 réalisé par son médecin traitant précise que la marche, le déplacement à l'intérieur ou à l'extérieur sont réalisés sans difficultés et sans aucune aide, et que seule la préhension des deux mains et la motricité fine sont réalisés avec difficultés mais sans aide humaine. Ce document ne précise pas le périmètre de marche mais indique qu'il n'y a pas de ralentissement moteur, ni besoin de pause ou d'accompagnement pour les déplacements extérieurs. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, Mme C ne peut être regardée comme établissant qu'elle remplirait au moins l'une des conditions posées par l'arrêté précité du 3 janvier 2017 et elle n'est donc pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de Mme C, et par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice de frais de procès doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C et au département de la Haute-Garonne.

Copie sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain DLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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